Abbaye Sainte-Marie-du-Désert

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                                                           Son histoireLa visiter - La vie monastique - Bhx M-J CASSANT
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Les moines de Sainte-Marie-du-Désert se souviennent de leur passé. Ils tournent leur regard vers ce petit groupe de moines qui, en décembre 1852, quittaient par obéissance leur grand monastère d'Aiguebelle et arrivaient ici démunis de tout, commençant aussitôt à mener la vie cistercienne dans une extrême mais joyeuse pauvreté. Remontant beaucoup plus loin dans le passé, ils évoquent les premiers cisterciens de 1098 qui, eux aussi, avaient quitté un monastère puissant et prospère pour planter leur tente dans la solitude, désirant simplement vivre pour Dieu seul et suivre le Christ obéissant, pauvre et humble, dans une communauté cimentée par l'amour fraternel. Plus loin encore, n'est-ce pas surtout le Christ Jésus qu'ils regardent, au temps où il parcourait les routes de Palestine et où il appelait à lui ceux qui acceptaient de tout quitter pour le suivre et vivre avec lui l'aventure du Royaume de Dieu qui commençait. Le sillon a été tracé:les moines de Sainte-Marie-du-Désert veulent le continuer ici, en terre gasconne, et dans notre temps.

Mais la vie monastique et cistercienne doit-elle se poursuivre imperturbablement sans aucun souci des hommes d'aujourd'hui ? Ce serait être infidèle au concile et même à la tradition monastique authentique. Paradoxalement, une des grandes manières d'être de son temps, c'est peut-être de le contester. La contestation n'est pas pour déplaire à la mentalité actuelle.

Certes, il n'est absolument pas question pour un moine de donner des leçons aux autres, et encore moins de se proposer en exemple. Mais, comme l'a écrit dom Pierre Miquel : " Les moines, par la vie qu'ils ont vouée, sont une tranquille contestation du monde ". Tout d'abord, dans un monde qui prétend pouvoir laisser Dieu aux oubliettes de l'histoire, Dieu désormais inutile et obstacle à l'épanouissement de l'homme, le moine consacre à Dieu sa vie et sa personne. Pour lui, Dieu est le grand présent. Dieu seul peut combler son désir d'aimer. La vocation du moine est la louange de Dieu. Suivant une heureuse expression, il passe sa vie à célébrer la fête de l'existence de Dieu. Toute sa journée sera scandée par la grande prière liturgique : depuis la prière nocturne, que les cisterciens désirent conserver fidèlement, jusqu'au Salve Regina de complies, avant le coucher. Largement, du temps libre lui sera laissé pour sa prière personnelle, tant il est vrai que la prière est la grande affaire de sa vie. Le silence lui permettra aussi de se pencher avec amour sur la Parole de Dieu, principalement sur l'enseignement du Christ, pour s'en nourrir sans cesse : c'est la "lectio divina ", selon le terme monastique. Et surtout, chaque jour, l'eucharistie réunit toute la communauté pour offrir à Dieu la parfaite louange de son fils Jésus, englobant celle des hommes.

En contestant l'athéisme envahissant, par cette part royale qu'il donne dans sa vie à la prière, le moine se trouve en accord profond avec les meilleures aspirations actuelles. L'attirance pour la prière est aussi un phénomène de ce temps. Un peu partout, se lèvent de nouvelles communautés de prière. Beaucoup également aiment trouver pendant quelques jours l'ambiance de recueillement d'un monastère. La vie de prière du moine se révèle d'une intense actualité.

Notre époque connaît de grandes revendications de liberté. On veut être maître de sa vie; d'où le rejet de l'autorité : on a parlé du rejet et même du meurtre du père. N'est-ce pas contester cette tendance que de vouloir " se soumettre à une règle et à un abbé ", c'est-à-dire à un père, comme le demande saint Benoît ? Le moine recherche, par l'obéissance, une libération intérieure. Car, souvent, la revendication de la liberté est la licence accordée à la volonté de puissance. Le moine désire être un doux et un humble, comme le Christ : " Venez vous mettre à mon école, car je suis doux et humble de coeur " (Mt 11, 28-79). L'obéissance est le chemin pour se vaincre soi-même et laisser le champ libre à la grâce.

D'ailleurs, dans l'optique de saint Benoît, la paternité n'est nullement un paternalisme. Elle cherche pour chacun l'épanouissement. C'est pourquoi la paternité de l'abbé, représentant du Christ dans le monastère, a pour but de construire une vraie communauté fraternelle. Comme l'a dit Paul Claudel : " Aussi j'ai trouvé que le meilleur moyen d'apporter le Père, c'est d'être nous-mêmes ensemble les enfants... Nous ne pouvons être frères sans que le Père soit communiqué ". C'est pourquoi la tradition cistercienne a toujours fortement insisté sur l'importance de la vie commune. On peut dire que le propre de Cîteaux a été d'unir paradoxalement la solitude et la vie commune.

Là encore, cette contestation d'une tendance moderne, mais finalement aussi vieille que les hommes, peut-être en ce temps simplement plus virulente, rejoint le désir très actuel qu'éprouvent beaucoup - et pas seulement des chrétiens - de vivre en communauté : isolés dans l'anonymat moderne, ils cherchent à retrouver une véritable communion. Mais le moine cistercien sait, par expérience, que la charité fraternelle n'est jamais acquise et qu'elle demande un combat intérieur de chaque jour. Et quel beau combat à offrir à ceux qui ont entendu l'appel de Jésus : " Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres " (Jn 13, 34; 15, 12, 17)

Cette charité fraternelle ne ferme pas la communauté sur elle-même. Sans doute, sauf exceptions, les moines cisterciens ne font pas d'apostolat hors du monastère. Mais " par l'accueil et l'hospitalité, la communauté peut partager avec d'autres le fruit de sa contemplation et de son travail ". " Nos monastères doivent pratiquer une généreuse hospitalité, sans que celle-ci. porte atteinte au caractère contemplatif de notre vie ". Ces dernières citations sont inscrites dans nos textes législatifs. Et, comme le dit saint Benoît, " les hôtes ne manquent jamais au monastère ". Les communautés monastiques ont fait, ces derniers temps, un grand effort pour répondre à cet appel, qui leur a été adressé avec insistance par les papes, Paul VI et Jean-Paul II en particulier. Tout récemment encore, l'abbaye de Sainte-Marie-du-Désert a cherché à améliorer considérablement ses locaux d'accueil.

Sans le rechercher expressément - ce qui pourrait être pharisaïque - simplement en suivant les voies tracées par leurs pères dans la vie monastique et en les adaptant à la vie actuelle, les moines sont aussi une contestation de la société de consommation, de la course au profit, de la vague d'érotisme. Là encore, des cris d'alarme s'élèvent de tous les bords. L'écologisme est d'actualité. Pour le moine, cette contestation n'est pas délibérée : elle est une conséquence du radicalisme avec lequel il veut suivre le Christ et chercher Dieu. Le moine est un pèlerin et ne s'encombre pas de bagages inutiles. Il n'a rien en propre. Saint Benoît est très sévère sur ce point et il veut extirper du coeur du moine ce " vice de la propriété ". Le moine voudrait être un pauvre.

Certes, il n'est pas un mendiant et il vit décemment; mais son style de vie est simple et frugal, et même un peu rude. Tous sont appelés à travailler pour gagner la vie de la communauté. Le moine ignore les distractions coûteuses, les gadgets qu'une publicité obsédante voudrait rendre nécessaires. Il s'efforce de vivre joyeusement son affectivité dans le célibat consacré, réservant tout son coeur à Dieu et à ses frères. Il fait un voeu de stabilité dans la communauté pour toute sa vie. Ses horizons semblent bornés : en réalité, les espaces de la charité sont grands ouverts dans son coeur.

L'histoire de Sainte-Marie-du-Désert racontée ici mène jusqu'à ce temps, qui est pour le moine l'aujourd'hui de Dieu, on pourrait dire aussi bien l'éternité de Dieu que le moine désire de toutes ses forces. Notre abbaye porte un très beau nom. Il nous rappelle la parole du prophète Osée : " je la conduirai au désert et je parlerai à Son coeur " (Os 2, 16). Ce nom, comme celui de tous les monastères cisterciens, est aussi celui de Sainte Marie. Quelquefois même, on oublie le mot " Désert ", et on dit : " Nous sommes entrés à Sainte Marie "; et cela suffit, car Marie, notre Mère, est aussi la Vierge qui écoute son Dieu. Elle est la Vierge de l'Assomption, dont la statue domine le choeur de Sainte-Marie-du-Désert : ses bras levés semblent à la fois indiquer le chemin du ciel et offrir avec elle tous ses enfants.

 

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