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Un lieu de pèlerinage (XIIè -1840) |
En
1852, lors de l'arrivée des moines, aucune route importante ne
le traverse. Seuls des chemins de terre, ravinés par les abondantes
pluies d'hiver, y donnent accès depuis les villages voisins de
Bellegarde et du Castéra, anciens " castra " romains, de Thil et
de Garac, anciens villages celtiques.
L'endroit
ne présente nullement l'aspect d'une solitude sauvage. Dès
le début du XIIIe siècle, il fut un lieu de peuplement.
Un document de 1207 le qualifie d'alleu, terme qui désigne un bien
héréditaire exempt de tout droit seigneurial. Par
une charte
datée du 2 avril 1273, Jourdain IV de l'Isle, seigneur du lieu,
et les d'Autezac, coseigneurs, concédaient aux habitants de Sainte-Marie,
des champs et des maisons, moyennant certaines redevances payées
en argent; ils leur accordaient de plus toutes les terres qu'ils pourraient
défricher, moyennant l'agrier, prélèvement de la
neuvième partie de la récolte. Cette même charte mentionne
les noms des sept chefs de famille qui acceptèrent ces coutumes
et prêtèrent serment au seigneur justicier. Celui-ci recevait
annuellement, par l'entremise de ses procureurs, l'hommage du bailli et
des deux consuls. Ainsi, dès cette époque, l'institution
consulaire fonctionnait-elle à Sainte-Marie.
Au
cours des siècles, les générations successives ont
eu à coeur d'exploiter avec opiniâtreté et endurance
les richesses de ce sol. Si bien que cette terre, jadis inculte, est devenue
fertile, propice à la culture des céréales et de
la vigne, et aux pâturages.
Disséminées
parmi les taches bigarrées des champs de blé, des prairies
et des bois, se dressaient une quinzaine de maisons d'habitation, construites
en briques ou en terre sèche et aux toits de tuiles, que dominait
le campanile d'une modeste chapelle votive consacrée à la
Sainte Vierge sous le vocable de " Sainte-Marie-de-l'Herm ", ou Sainte-Marie-du-Désert,
comme nous disons maintenant. Cette chapelle venait d'être reconstruite
en 1819, par les soins de l'abbé Lasserre, curé de Garac
et de Bellegarde, vénérable confesseur de la foi, sur l'emplacement
d'un ancien oratoire détruit à la Révolution.

A l'origine : la chapelle
D'après
la tradition, ce sanctuaire primitif remonterait aux
premières
années du XIIè siècle (11o6). En fait, nous ne connaissons
aucun document qui le mentionne avant 1200, époque à laquelle
Jourdain III de l'Isle fit un legs en sa faveur.
Il
aurait été édifié à la demande d'une
jeune fille noble des environs, Marie Desclassan, qui, après la
mort en Terre sainte de son père et de deux de ses oncles lors de la première croisade, s'était retirée en ces lieux alors
recouverts de forêts, pour y vouer sa vie à Dieu dans la
solitude et la prière. Cela se passait en 1099.
Un
an plus tôt, dans un autre coin de France, un groupe de vingt et
un moines bénédictins, sous la conduite de l'abbé
Robert, avaient quitté leur abbaye de Molesmes, au diocèse
de Langres, pour aller fonder, au Sud de Dijon,
le monastère de
Cîteaux (1098); ils désiraient y vivre d'une manière
" plus étroite ", selon les termes mêmes du " Petit Exorde
" de Cîteaux, la Règle de saint Benoît.
Cîteaux
devait très rapidement étendre ses fondations dans toute
la France et bien au-delà des frontières du Royaume. Dès
1135-1136, la Gascogne se peupla d'abbayes cisterciennes au rayonnement
très étendu, puisqu'elles essaimèrent jusqu'en Espagne
: Bonnefont, L'Escale-Dieu, Berdoues, Gimont... Leurs noms restent inscrits
dans les Annales de l'ordre; mais, détruites pour la plupart lors
de la Révolution, excepté Flaran, près de Valence-sur-Baïse,
fondée en 1151, elles ne présentent plus pour nous aujourd'hui
que des souvenirs historiques ou archéologiques. Même de
la célèbre abbaye de Grandselve, qui fonda les bastides
de Beaumont de Lomagne (1279) et de Grenade-sur-Garonne (1290), il ne
subsiste que des ruines.
Marie
Desclassan ne fut pas le témoin de ce prodigieux essor de l'ordre
cistercien. Car ayant vécu pendant quinze années dans la
pratique des plus hautes vertus et de la plus austère pénitence,
elle mourut à âge de trente-cinq ans, le 8 septembre 1117,
deux ans après la fondation de Clairvaux par saint Bernard (Bernard
de Fontaines était entré à Cîteaux en 1112).
Marie Desclassan fut inhumée auprès de la chapelle de Sainte-Marie-de-l'Herm.
Les populations d'alentour honorèrent son tombeau et la chapelle
devint dès lors le centre d'un pèlerinage.
Un
prêtre desservant y fut nommé, qui relevait de la juridiction
du curé de Saint-Damien. Ce lieu sera également érigé en
bastide, par deux chartes datées de 1241 et 1269, sous le nom
de Bellegarde, qui lui est resté.
Les
rivalités de clocher entre la paroisse et la chapelle ne surgiront
qu'en 1740, lorsque le curé vint s'établit à Bellegarde.
jusqu'alors il résidait auprès du sanctuaire de Sainte-Marie,
qui était ainsi devenu le principal centre des activités
paroissiales. On y célébrait les mariages et les enterrements;
le cimetière paroissial s'étendait autour de la chapelle,
mais les fonts baptismaux se trouvaient dans l'église de Bellegarde,
dédiée à saint Barthélemy.
Si
la guerre de Cent ans (XIV- siècle) et les guerres de Religion
(XVIe siècle), qui pourtant causèrent d'effroyables ravages
dans la région, épargnèrent, semble-t-il, la chapelle
de Sainte-Marie-de-l'Herm, celle-ci ne survécut pas à
la
tourmente révolutionnaire. Un procès-verbal des agents de
la Convention du 26 nivôse an IV (16 janvier 1796)
signalait que " la chapelle Sainte-Marie avait été détruite
par ordre du représentant ". Et un rapport du 11 nivôse an
VIII (ler janvier 18oo), signé Lézat, juge de l'administration
de Cadours, confirmait : " Cet édifice est entièrement croulé,
il n'existe que les murs; il dépend encore d'icelui quatre places
de terre ".
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On put néanmoins retirer des décombres un monument épigraphique précieux :
la pierre tombale d'un ecclésiastique, Raymond d'Autezac, datée de 1262. Raymond d'Autezac, apparenté à une riche famille du pays, était, au moment de sa mort, chapelain de Notre-Dame de la Dalbade à Toulouse, et recteur de Bellegarde ainsi que de l'annexe Sainte-Marie.
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Fut sauvée également
une magnifique statue en bois doré de Notre Dame. Oeuvre de la
première moitié du XVII siècle, elle porte gravés
sur son socle, avec son acte de naissance, les noms du donateur (Fontolives)
et de l'artiste (Fontan) : " Fontanus fecit anno 1630 liberalitate
Fontolives ". Ces deux précieux vestiges se trouvent dans l'actuelle
chapelle du pèlerinage construite entre 1884 et 1889, par
le moine architecte, le P. Nivard Fournier, pour remplacer le second oratoire
de 1819, détruit par un ouragan en 1818.
Le
pélerinage à Sainte-Marie-du-Désert se célèbre
chaque année le premier dimanche de septembre.
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