Le cycle de l’année liturgique nous donne à contempler le Père dans le Fils, réunis par une même Respiration d’Amour ; écoutant et suivant Jésus, nous approchons ainsi du Mystère infini du Dieu qui ne cesse de nous créer.
Mais jamais, comme ce soir, nous n’avons l’occasion d’approcher la nature de ce Mystère. Ce soir, sur Jésus, ruisselle, s’écoule, l’abondance de l’Amour dont le Père nous enveloppe.
Jésus, par ses blessures, réconcilie le monde prisonnier du péché avec la nature même du Créateur du monde. Et parce que la nature du Créateur du monde est l’Amour, les plaies de Jésus mettent à nue la nature de cet Amour. Un Amour qui nous veut semblable à Lui, pleins de Lui, lavés de toute souillure, libérés de tout mensonge, aimant comme nous sommes aimés.
Les blessures de la Croix mettent à nue la Miséricorde de Dieu.
Si l’Amour ne nous aimait pas jusqu’à cette extrémité, notre pauvreté ne saurait discerner quelle est la Miséricorde de Dieu.
Tout au long de son procès, Jésus aurait pu échapper à la Croix. L’intensité dramatique du récit que nous venons d’entendre réside tout entière dans la fidélité de Jésus à sa nature profonde, car, comme l’exprime saint Bernard, « en Jésus habite toute la plénitude de la Divinité, non pas sous l’ombre des figures mais corporellement ». Cette nature divine rencontre le péché de ses accusateurs, de ceux qui le bafouent, de ceux qui le condamnent, de ceux qui le torturent, de ceux qui le clouent sur la Croix et Lui transpercent le côté. C’est là tout le refus par l’humanité, de la Divinité qu’elle possède aussi en héritage.
Mais puisque Jésus possède en toute réalité cette divinité, Il ne peut qu’accomplir jusqu’au bout l’œuvre du Père. En cette heure, pour Jésus, accomplir l’œuvre du Père, c’est accepter de mourir pour réconcilier le monde avec Dieu.
Nous sommes guéris par les blessures du Christ parce que les blessures du Christ laissent couler l’onction de la Miséricorde dont Dieu ne cesse de nous combler pour nous guérir de tout péché, nous laisser respirer, et ainsi vivre de la seule Vie Véritable.
Oui, célébrer la Passion du Christ en cette « année de la Miséricorde » c’est contempler, plus que jamais, les blessures que nous infligeons à Jésus par chacune de nos infidélités à notre Baptême.
Par la Passion du Christ, nous pouvons contempler sans crainte un si profond Mystère d’Amour.
Ecoutons St Bernard le dire à la perfection : « Le secret de son cœur parait à nu par les trous percés dans son corps : le grand Mystère de la piété parait à nu ; les entrailles de Miséricorde de notre Dieu paraissent à nu. Comment ces entrailles ne paraitraient-elles pas par ces blessures ? »
Entrant dans le silence de ce jour qui s’ouvre par la Mort du Christ, notre cœur sait déjà que, par Son Sang, Jésus entreprend la mort de notre mort et que c’est là, dans la Vie, que la Croix nous introduit.

F. J-M