Dans La fête de Noël à peine terminée, l’Eglise en célébrant la sainte Famille veut nous aider en nous rappelant comment nous pouvons vivre, au sein de nos communautés religieuses et familiales, l’amour qui se manifeste dans celle de Marie, Joseph et Jésus.
Dans l’épisode évoqué par saint Luc, il s’agit du pèlerinage de toute la famille à l’occasion des douze ans de l’enfant. Ces journées de joie d’angoisse et de surprise nous disent beaucoup sur le sens de la famille et clôturent les récits de l’enfance de Jésus. Dès le chapitre suivant on voit Jésus adulte se rendre sur les rives du Jourdain à la rencontre de son cousin, Jean le baptiseur. Les versets précédents montraient les mêmes parents de Jésus, douze ans plus tôt, amenant le nouveau né au même temple pour le consacrer au Seigneur et offrir le sacrifice prescrit par la loi. Très en amont dans l’histoire sainte, il y eut Abraham, qui s’en alla, non pas dans un temple, mais sur la montagne offrir son Isaac au Seigneur, mais sans la mère, et il sera empêché de le sacrifier. Beaucoup plus tard, la première lecture raconte presque dans les mêmes termes comment « Le temps venu, Anne conçut et mit au monde un Fils et lui donna le nom de Samuel (Dieu exauce). Elcana, son mari monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice habituel. Anne, elle, n’y monta pas. » Pour Sara, Abraham et Isaac, pour Anne, Elcana et Samuel, pour Marie, Joseph et Jésus, c’est bien la même démarche : une montée au temple ou à la montagne, un geste d’offrande accompagné d’un sacrifice de substitution, de plus en plus symbolique, bélier, taureau, agneau, colombes, au point que les Pères de l’Eglise n’ont pas manqué de dire que les deux premières familles étaient comme la préfiguration de cette dernière.Qu’est-ce que tout cela vient nous dire sinon que « les enfants ne sont pas nos enfants. » Ils sont demandés, attendus, ils sont donnés, confiés, offerts. Ils s’appellent « Dieudonné, Deusdedit, Dieu exauce, Emmanuel, Dieu sauve. » Et pas seulement les enfants, mais les autres, tous les autres de la famille, comme de la communauté : les personnes sont des cadeaux, il nous faut les rendre à eux-mêmes et leur vrai demeure c’est le temple, la maison de Dieu, c’est leur propre cœur.
Pour Marie et Joseph ce ne fut pas plus facile ni à découvrir ni à accepter. « Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent ! » -« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? » Même dans les familles et les communautés les plus unies, les membres peuvent se faire souffrir, et cependant avoir un comportement fidèle à Dieu. De notre part, cela vient de ce que parents ou frères, nous avons la tentation d’exercer un droit de propriété sur les êtres, ce qui provoque une tension inévitable, c’est ainsi que l’on dit : mon mari, ma femme, mes enfants ou mes parents, ma communauté, mes frères…Et même si nous acceptons de vouloir réellement le bonheur des autres, nous acceptons mal qu’ils le trouvent malgré nous ou en dehors de nous et pourtant c’est leur vie, et la grande affaire de toute vie n’est elle pas pour chacun d’eux comme pour chacun d’entre nous d’être aux affaires de notre Père. De celui qui est à la fois la source et la fin de notre vie. De nous recevoir de lui et de découvrir ce pour quoi nous vivons, ce qu’on a appelé dans la vie spirituelle, notre vocation, ou encore, la volonté de Dieu. Cet évènement de la vie de Jésus dévoile, par défaut, comment nous pouvons réagir sans la distance nécessaire entre les personnes. Outre l’instinct de possession, nous avons besoin de dominer, d’exiger quelque chose Or nous avons remarqué que si Jésus et ses parents se posent des questions, Ils n’exigent aucune réponse. Chacun s’est dépassé, Jésus par sa soumission, Joseph et Marie par leur patience accueillante.
C’est peut-être là le secret de toute bonheur en famille. L’insertion entre nos deux récits du texte de St Jean souligne notre famille la plus vaste, la famille humaine, une famille divine : Dieu est le Père, le Fils est l’aîné d’une multitude de frères que l’Esprit rassemble dans la foi et l’amour. C’est là où le commandement de Jésus « Aimez-vous les uns les autres » dépasse celui de l’Ancien Testament « Aime ton prochain comme toi-même ». Alors les préoccupations étaient d’offrir des sacrifices, Jésus n’en parlera jamais, il n’enverra pas ses disciples au Temple offrir des sacrifices, il leur dira. « Lavez-vous les pieds les uns les autres…Soyez les serviteurs les uns des autres ».
C’est certes exigeant comme un sentier de montagne, mais c’est un long cheminement. Pour Jésus , Il s’est passé vingt ans entre ces deux évènements, vingt ans de vie silencieuse et d’attention aux affaires de son Père et de croissance, pas seulement en taille mais aussi en sagesse et en grâce, sous le regard des hommes, mais aussi de Dieu. Et ce doit bien être aussi le nôtre. Le texte de St Jean est bien à sa place avant cet évangile : Mes bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : dès maintenant nous sommes ses enfants : or voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus-Christ et nous aimer les uns les autres.

F. A-M