Ce soir-là, quand Jésus parle à Ses amis, c’était le soir du Jeudi Saint, tout l’Amour qui L’habite envahit le temps et l’espace. Et comme l’Amour est difficile à saisir, à limiter au temps qui reste, à concentrer dans cet espace donné !
Oui, c’est bien le « soir d’Amour ». Mais comment le dire à Ses amis ? Comment tout livrer, avant qu’ils ne soient séparés par la mort, avant qu’ils ne souffrent d’une insupportable détresse ? Comment les préserver ? La Vie sera plus forte que la mort mais elle ne vaincra pas sans souffrance. Et Jésus ne veut pas la souffrance pour elle-même ! Il veut la Paix.
Mais Il sait que Sa Parole va se taire, que le silence va planer.
La Liturgie de ce Jour de Pentecôte offre à notre méditation ce Grand Soir d’Amour pour rendre Vie à la Parole de Jésus. De fait, dorénavant, le monde ne connaîtra plus jamais le silence.
Nous sommes au jour de la Fête Juive qui fait mémoire du don de la Loi à Moïse. Elle est la Fête de la Parole pour les Apôtres réunis avec Marie.
Ces derniers ont vu Jésus Ressuscité. Ils ont mangé avec Lui, touché ses plaies, Lui ont redit leur amour. Mais Jésus, désormais, a disparu à leurs yeux. Comment peuvent-ils vivre cette absence ? La communion qui les réunit n’est-elle pas leur commune souffrance, leur commune détresse à cette absence ? Si, je le crois. C’est dans ce creux de leur âme que le Seigneur peut les rejoindre dans toute Sa plénitude. Ces cœurs brisés, ces esprits accablés par la peur, sont prêts pour accueillir le Souffle qui va donner Vie à la Parole, car eux-mêmes deviendront cette Parole.
Car l’Amour est là, toujours : Il plane tout autour de nous. Il n’a jamais abandonné la Création, ni les créatures, voulues par la puissance de la Miséricorde Divine. Mais l’Amour cherche à se donner à voir, à se laisser toucher, à s’expérimenter.
Certes, nous le savons bien, le Père ne vit que dans cette relation d’Amour, et pour nous la faire connaître, le Fils s’est incarné. Aujourd’hui Le Fils est assis à la droite du Père, et tous Deux veulent que ce Souffle d’Amour qui les réunit, répande encore la Vie dont la Création a sans cesse besoin.
Voici donc, à présent, le Défenseur : Celui qui nous ouvre à la relation du Père et du Fils. Celui qui protège du repli sur nous-mêmes, qui nous donne de libérer la Parole de Jésus enfouie en nous, de La dilater, pour qu’Elle devienne audible à tous car Elle parle au cœur, et les uns et les autres se rejoignent au-delà des mots.
Il ne s’agit plus d’une Loi, sinon d’une Loi d’Amour. La Fête célébrée à Jérusalem cette année-là, est la Fête de la Vie, la Fête de la Liberté, la Fête du monde nouveau, car, dorénavant, le monde sera sans cesse habité de femmes et d‘hommes au cœur tout brûlant de l’Amour de Dieu. Ils ne pourront plus Le taire, ils L’incarneront pour vivre vraiment leur condition d’enfants de Dieu.
C’est de cela que nous parle Paul, dans le passage de sa Lettre aux Romains que nous avons entendue, en seconde lecture. La Vie de l’Esprit se vit dans notre chair ou ne se vit pas.
Elle nous donne la pleine conscience de notre misère, de notre indignité. Vivre d’Amour s’est se connaître indignes de Lui mais s’ouvrir à la confiance de l’enfant qui se sait aimé au-delà de toutes ses limites. C’est par pure miséricorde que le Don de l’Esprit d’Amour nous est fait aujourd’hui encore. Nous n’y avons aucun mérite.
Mais, aimés à ce point par le Seigneur Jésus qui nous envoie son Esprit d’Amour, à notre tour, nous ne pouvons qu’aimer Dieu et nos frères, dans un seul et même élan.

F. J-M