Depuis la Nuit de Pâques, la victoire de la Vie sur la mort se déploie comme en cercles concentriques à la surface de l’eau, à partir d’un point central. Une étendue progressive d’évènements, à partir de la Résurrection, nous atteint en secousses profondes. Depuis cette Nuit Sainte, nous recevons, Dimanche après Dimanche, de nouveaux dons.
A la veille de Sa Mort, parlant à Ses disciples, Jésus leur livre tout. Tout ce qui, dans Son Cœur, est reçu du Père auquel Il est lié dans un Amour qui culmine en ces heures tragiques. Il nous y aspire à notre tour. Le don de l’Esprit, la Fête de la Trinité, la Fête du Sacré Cœur toute proche, toutes ces fêtes nous conduisent au cœur de nous-mêmes, dans une dynamique créatrice par laquelle nous vivons vraiment, car nous sommes appelés à ne vivre que de l’Amour. Jésus quitte Ses disciples, mais ne les abandonne pas. Pour Se livrer tout entier, Il utilise des signes qui vont parler à leur mémoire, et ainsi, quand tout sera accompli, l’Esprit leur fera comprendre ce que leur mémoire avait reçu.
Melchisédech, « roi de Salem, prêtre du Dieu Très Haut », figure parfaite du roi-prêtre sera identifié par David, dans le psaume 109 entendu ce jour, à la figure à venir du « Messie-Prêtre », puis, pour l’auteur de la Lettre aux Hébreux, à la figure du « Christ, le Messie ». Pour les disciples, rassemblés autour de Jésus ce soir-là, les gestes qu’Il établit pour eux, sont sans doute, ceux de Melchisédech envers Abram. Mais la signification nouvelle que Jésus leur donne ne leur sera révélée que plus tard, quand l’Esprit leur aura tout fait comprendre.
Pour aller jusqu’au bout de l’Amour, Jésus semble chercher. Il se tourne vers la Parole de Dieu, dans le révélé qui, depuis l’aube des temps, cherche l’homme pour le ramener à Dieu. Il cherche les signes qui vont Lui permettre de se rendre Présent. Fidèle à l’Amour, Il va quitter ceux qu’Il aime, mais ne pas les laisser seuls. Seuls avec leur faiblesse d’homme, si petits devant l’absolu de l’Amour. Alors, pour ne pas les quitter, Il se fait plus petit encore : il se fait hostie. Il se fait Don suprême qui vit toujours à l’autel. Présence de l’Amour qui ne peut être que fragile, silencieuse, toute donnée, pour être assimilée, absorbée par celui qui La reçoit.
Nature divine qui rencontre notre nature humaine pour nous donner la force de poursuivre notre chemin, vers Lui, et puis avec Lui. « Faites ceci en mémoire de moi » : Moi, je me souviens toujours de toi. Moi, « Je suis avec vous, jusqu’à la fin des temps ». Toi, tu m’oublies. Toi, tu t’égares ; Moi, Je te veux, parce que Je t’aime. Alors, fais mémoire comme on se souvient d’un ami, comme on aime à repenser aux moments de sa Présence. Et la mémoire se fait Présence vivante, parce que l’Amour lui redonne souffle. Penser à la Personne aimée, c’est la rendre Présente, c’est désirer l’aimer plus que jamais.
La multiplication des pains n’est d’ailleurs, je crois, que cette manifestation d’une Présence discrète qui se donne, sans cesse ; les pains retirés du panier, sont remplacés par de nouveaux pains, comme le souvenir d’une caresse de l’aimé, comme un écho au don de l’Amour partagé. Personne ne s’est aperçu de rien ; tous ont mangé comme s’il était bien naturel de manger. Mais sommes-nous toujours conscients du bonheur qui est le nôtre quand nous sommes aimés et répondons à l’amour reçu? Quand la Paix de Jésus nous comble ? Instants fugaces, vite oubliés, dans le quotidien de l’existence, si nous ne les nourrissons pas.Aussi le don du Pain et du Vin, est-il une Fête. Une Fête-Dieu, car il est là, pour faire de notre vie une Fête en Dieu. « L’Eucharistie est le seul bonheur de la terre » disait notre petit frère Marie-Joseph qui avait bien senti, dans sa simplicité, combien l’Eucharistie est le signe tangible de la Présence de Dieu dans nos vies, Présence aimante qui ne cesse de nous ramener à Elle pour que notre vie ne soit plus à nous mais à Jésus- Christ.

F. J-M