Nous sommes toujours dans le temps de la nativité de Jésus. Après l’annonce faite aux petits, à des bergers proches de Bethléem, avec l’évangile de Luc, voici que Matthieu nous rappelle, en quelques mots seulement, que « Jésus était né à Bethléem, en Judée, au temps du roi Hérode le Grand ». Mais avec Matthieu nous avons un récit que lui seul rapporte dans l’évangile, celui des « mages venus d’Orient » jusque Jérusalem, en quête « du roi des Juifs qui vient de naître ». Nous avons tous retenus aussi l’émoi qui s’en suit ! «Le roi Hérode fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui. »
La démarche de foi de ces hommes nous touche. Après leur longue route, ils arrivent à Jérusalem et se renseignent sur le lieu de naissance de l’enfant Jésus. Sans tarder, nos mages reprennent leur route «et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant ». Nous connaissons tous très bien la suite du récit : la joie des mages devant l’étoile qui les guide, cette fois, jusqu’au but et leur adoration du Sauveur qu’ils découvrent avec Marie sa Mère.
La tradition chrétienne, occidentale surtout, a enjolivé le récit de Matthieu. On a parlé de 2, de 3, voire de 8 et même de 12 mages. Par la suite on a retenu le chiffre 3 en référence avec les 3 présents, l’or, l’encens et la myrrhe offerts à l’enfant. Plus tard même, ces mages ont reçu des noms, Melchior, Balthazar et Gaspard.
Pour bon nombre, tout cela les a entrainés, malheureusement, à rejeter, la légende et, en même temps, la Bonne Nouvelle de la péricope évangélique. Mais la grande tradition de l’Eglise est unanime, quant à elle, pour souligner la note caractéristique de la fête de l’Epiphanie : la manifestation du Dieu fait homme en Jésus à tous les peuples, aux païens comme aux Juifs, et donc l’illumination de tous les hommes par Dieu, par l’enfant né de Marie, à Bethléem.
Mais pour nous, aujourd’hui, que nous disent, ces mages ? J’aimerais m’arrêter seulement sur deux points qui me semblent les plus importants. Tout d’abord le fait que ces hommes venus d’Orient sont des chercheurs de la vérité, attentifs aux signes qui pourraient éclairer leur vie. Leur déception est grande quand ils arrivent à Jérusalem où personne ne se doute de la naissance « du roi des Juifs », comme ils l’annoncent. On comprend leur joie quand au départ vers Bethléem, ils retrouvent l’étoile qui les a guidés jusque là, et les conduit, à présent, au but : la rencontre avec l’enfant-roi ! Cette démarche audacieuse, et persévérante des mages est celle même de toute femme et de tout homme, ou plutôt devrait être celle de chacun d’entre nous, si du moins nous voulons en vérité chercher Dieu. Sommes-nous en recherche du Seigneur, et du Sauveur, à la manière des mages ? Alors, il nous faut aussi, comme ces mages, risquer le ridicule, perdre même la face devant les autres qui s’arrêtent aux seules démonstrations, fruits de recherches scientifiques, et donc en phase avec la seule raison. En tout cas, il nous faut nous remettre à d’autres personnes qui nous orientent vers la Lumière du Seigneur, vers son Etoile. Mais cela nous fait peur : nous n’osons pas nous abandonner et nous remettre à la Lumière qui peut nous éclairer. Cette dernière passe bien souvent par la Parole de Dieu mais aussi par une sœur ou un frère qui est là sur notre route. De tout temps, nous le savons bien, « les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lumière » ! Jamais pourtant le Seigneur ne se lasse et Il nous clame comme Il le fit pour Jérusalem : « Debout, resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi… »
Il est une autre leçon que j’aimerais retenir, ce matin, : après la découverte et l’adoration de l’enfant Jésus, les mages sont invités par un « songe », disons une parole intérieure du Seigneur, de regagner leur pays par un autre chemin. Eh oui, lorsque nous cherchons le Seigneur et que nous nous laissons habiter par Lui : c’est Lui dès lors qui nous guide. Et donc nous ne pouvons plus repartir par le même chemin. Car rencontrer Jésus et Le reconnaître en vérité nous demande de vivre autrement, et par suite de changer de chemin pour suivre le Chemin qu’est Jésus.
Puissions-nous, chacune et chacun, vivre l’expérience même des mages : chercher vraiment Dieu, suivre son Etoile pour Le contempler, L’adorer, et finalement nous mettre en marche en suivant Son Chemin, qui n’est autre que le Chemin du Bonheur ! Ainsi soit-il ! Bonne fête d’Epiphanie à tous et à chacun !

F. J-M