Après vingt ans de croissance dans l’incognito, Jésus vient vivre une expérience inouïe auprès d’un peuple que Jean appelle à la pénitence : le baptême de vient pour lui qui est sans péché la condition même pour aller vers les pécheurs et partager leur sort. Réorienter vers Dieu une création enfin réussie, pour que le ciel puisse s’ouvrir : « Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. »
« Le peuple venu auprès de Jean-Baptiste était en attente… » Nous sommes tous en attente, mais qu’attendons-nous vraiment ? De multiples désirs nous habitent qui n’ont pas tous ni même valeur, même profondeur. C’est dans ce foisonnement de nos attentes, c’est uniquement dans cette situation d’attente inhérente à tout être humain, que la bonne nouvelle nous est annoncée, et ce n’est que là qu’elle peut être reçue. La bonne nouvelle de Jésus, le Christ, le Messie plein de l’Esprit de Dieu est annoncée aux pauvres, à ceux qui attendent. Tous ces récits évangéliques sont situés dans cet horizon d’une attente. Tous proviennent de la certitude qu’une attente a connu une réponse, un accomplissement, mais toujours sous une forme inattendue ! Ainsi notre première texte d’Isaïe rassemblait dans un seul élan le cri d’un peuple, la promesse d’un prophète et l’évidence d’un exaucement : « Voici votre Dieu ! » Ainsi, St Paul écrit à son disciple Tite : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes…Dieu, notre Sauveur à manifesté sa tendresse pour les hommes : il nous a sauvés ! » L’espérance du peuple de Dieu, Israël, S ion, a été accomplie en la personne de Jésus, confessé comme Messie, comme Fils de Dieu. « C’est Toi, mon Fils, moi aujourd’hui, je t’ai engendré. »
Grâce à ses prophètes, Israël attendait « la Consolation », un mot pour dire le salut de Dieu. Il est fait de la préposition cum : avec et de sol : solitude. La consolation c’est la présence de Dieu au plus profond de notre solitude. Ainsi l’Esprit de Dieu est nommé « Le consolateur ». Son contraire, la désolation, évoque l’angoisse de se trouver seul dans le vide désertique de l’absence. « Consolez, consolez mon peuple » crie le prophète Isaïe. Serions-nous dans l’attente d’une consolation ? Formuler ainsi nos attentes ferait aujourd’hui sourire. Mais si nous prenons conscience de notre véritable attente, c’est bien ce que nous attendons, être confortés par une présence, être consolés ! Mais de quoi ? Serions-nous hantés par quelque désolation ‘inattendue’, inavouée, déniée de multiples manières ? La Bonne Nouvelle que la consolation promise est donnée par Jésus vient nous révéler un besoin radical d’être consolés, délivrés d’une désolation. Qui nous habite et nous meurtrie. Celle de ne pas être aimés comme nous le désirons, de ne pas vivre, ou si mal, d’un amour sans ombres, sans déceptions, en toute paix. Ni dans notre monde intérieur, ni dans ce pauvre monde de notre planète.
En fait, nous attendons, personnellement et mondialement, d’entendre nous aussi une voix venant du ciel enfin ouvert : « C’est Toi mon fils bien-aimé : en toi j’ai mis tout mon amour ». En vérité, c’est bien ce que toute créature humaine aspire à entendre, la plupart du temps sans le savoir. Mais c’est justement ce que l’Evangile vient nous annoncer. Le temps est arrivé de pouvoir passer de la désolation du manque d’amour à la consolation d’une plénitude d’amour, grâce à Jésus, le temps de la miséricorde. Cette fête du Baptême du Seigneur, c’est regarder Jésus, lui-même plongé, baptisé dans l’amour de son Père, dans leur Esprit d’Amour, nous offrant d’être plongés nous avec lui dans une telle révélation, une telle lumière, une telle vie. C’est notre baptême dans l’Esprit Saint : accueillir par la foi la révélation qu’en Jésus notre désir d’être aime trouve le chemin de son accomplissement. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés.» Saint Paul nous a dit - et soyez attentifs à tous les mots de cette liturgie qui le disent, spécialement dans les oraisons et la préface – que l’Esprit Saint nous est donné en abondance pour faire de nous des justes, des ajustés, capables de pratiques les commandements de l’amour, de répondre à l’amour par l’amour, puisque notre attente n’est pas que d’être aimés, mais tout autant de pouvoir aimer, l’un n’allant pas sans l’autre.
Ouvrons-nous donc, offrons-nous à ce baptême dans l’Esprit d’Amour, en accueillant Jésus par la foi, et disons avec St Paul : « L’Espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. »

F. A-M