Au cours de la semaine, nous allons célébrer la fête de l’Ascension, le départ de Jésus, pour que l’Esprit-Saint nous soit donné. Comme dimanche dernier, nous venons d’entendre quelques phrases prononcées par Jésus au cours de la soirée du jeudi saint. Il a voulu préparer ses apôtres à une absence triple : celle de sa mort imminente le lendemain, celle qui va séparer l’Ascension de la Pentecôte, et celle qui va suivre jusqu’à la fin des temps, la nôtre en ces temps de l’Eglise. Un manque immense, mais dans le tréfonds de leur cœur comme du nôtre, une place marquée comme un grand vide, une blessure, présence silencieuse où la foi seule assure que le Ressuscité est présent en eux, en nous. Présence aux creux de son mystère, en transparence, allusion constante en un monde qui gémit sa désolation de n’éprouver que son silence. Les premiers destinataires de cet évangile se trouvaient donc déjà dans la même situation que nous aujourd’hui.
Les paroles choisies pour ce 6° dimanche de Pâques sont parmi les plus fortes et les plus précieuses que Jésus ait dites ce soir là : » Si quelqu’un m’aime... Mon PèreMoi, Nous, chez Lui…Nous irons demeurer avec lui…Il restera fidèle à ma Parole… Cette Parole n’est pas la mienne…Elle est du Père qui m’a envoyé…l’Esprit Saint vous fera comprendre… C’est la Paix que je vous laisse…Je m’en vais…Je reviens…Si vous m’aimiez… Vous auriez la Joie…Plus tard, vous croirez…» Pour les Apôtres ce soir là, c’était comme un testament, ils étaient fascinés, silencieux, et tellement émus. Pour nous aujourd’hui, c’est une impression générale assez confuse car nous avons besoin de logique dans la conduite d’un discours. Il faut aller lire tout entier ce chapitre 14 de Saint Jean, appelé justement Le Discours d’adieu de Jésus. Mais justement ce n’est pas un discours, c’est une confidence, une déclaration d’amour. Il semble que le Seigneur aille d’un thème à l’autre sans que rien ne les relie. Portant chaque élément est important. Il dit La Parole, le Père, le Fils, l’Esprit comme s’il s’agissait simultanément de quatre réalités différentes et pourtant d’une seule. C’est certainement voulu. Il convient d’accueillir ce message tel qu’il nous est donné, dans son atmosphère de grandeur et d’intimité, de vigueur et de tendresse. en nous laissant envelopper par sa présence vivante et pourtant insaisissable. Il désire certainement nous convaincre de sa proximité, pleine d’amour d’une telle richesse que nous ne pourrons jamais la cerner.
Pourquoi ne pas voir aussi dans ces textes, une sorte de prophétie spirituelle qui dépasse tellement le groupe des douze et concerne toute l’Eglise à chacune de ses générations, dont la nôtre se disposant à célébrer la Pentecôte. Elle rejoint alors le passage des Actes des Apôtres et de l’Apocalypse que nous lisions auparavant. Ainsi apparaît avec plus de clarté l’enveloppement de l’homme par la Présence Du Seigneur dans sa diversité et dans son unité. La diversité est évidente. Jésus parle de trois personnes, le Père, la Parole-Verbe du Père, l’Esprit, et leur attribue des missions différentes. Le Père envoie. Il envoie le Fils et lui confie un message à transmettre, une Parole à prononcer. Il envoie l’Esprit au nom du Christ avec la charge de rappeler les paroles de Jésus. Tout en exécutant ce que le Père plus grand que lui commande, le Fils donne sa Paix. L’Esprit enseigne et rappelle tout ce que le Christ a dit. Mais en même temps que Jésus distingue chacun, il montre avec insistance l’unité de tous. Ils ne sont jamais séparés, ils sont parfaitement unis. Si quelqu’un m’aime, Nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure.
Il n’est pas difficile alors de comprendre le lien entre la présence absente du Seigneur et la Paix que Jésus donne aux siens. L’Eglise fait chaque jour la même découverte depuis la première Pentecôte. Dès maintenant nous sommes en attente confiante du don de l’Esprit. Oui, depuis le matin de Pâques, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts : telle est la foi qui nous rassemble en ce moment. C’est Lui qui préside notre assemblée. Nous allons participer à son Eucharistie, le recevoir en nourriture : que sa Présence vivante soit notre force et notre persévérance, et que sa Paix qui surpasse tous les biens nous envahisse. «Cachés au creux de ton mystère, nous te reconnaissons sans jamais te saisir. C’est Toi déjà, Seigneur qui nous as rencontrés, hôte plus intérieur, qui se révèle, en transparence. »

F. A-M