D’ici la fin du Temps Pascal, jusqu’à la Pentecôte, nous allons lire, chaque dimanche et chaque jour de la semaine, quelques extraits du dernier entretien de Jésus, au soir du Jeudi-Saint. Aujourd’hui, nous commençons cette séquence évangélique, et Jésus nous livre Son testament, le message essentiel, l’ultime consigne qu’Il répète par trois fois :

« Aimez-vous les uns les autres ! »

Quoi de plus banal que cette invitation à « Aimer » ?
Et pourtant, Jésus nous parle d’un commandement nouveau: « aimez-vous comme je vous ai aimés. »

Ce seul mot de « nouveau » ne peut que nous interpeller en profondeur ! Et Jésus nous précise clairement quel est Son commandement nouveau : « comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »
Cela change tout. Mais pour cela, il faut d’abord saisir comment Jésus aime, et donc quelle est sa « nouveauté ».

En effet, de toujours à toujours, on a parlé et on ne cesse de parler d’amour ! Non, vraiment, rien de nouveau sous le soleil ! Supprimer l’amour dans une vie et tout devient insipide ! Plus rien n’a de sens !
Si le monde d’aujourd’hui va mal et court sans savoir où il va, n’est-ce pas parce qu’il est en quête de l’amour vrai ?
Certes, les promesses ne manquent pas pour certifier que l’amour, et donc le bonheur, serait à notre portée ! Et pourtant, le monde qui frappe à nos portes témoigne bien souvent de sa détresse devant l’incapacité à vivre ce bonheur d’aimer.

Aimer « comme » Jésus c’est avant tout, me semble-t-il, passer de l’amour captatif, - qui fait que, consciemment ou non, nous rapportons l’autre à nous-mêmes – à l’amour oblatif – qui nous pousse à nous donner nous-mêmes pour le bonheur de l’autre. Car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Aimer « comme » Jésus, c’est laver les pieds de ses frères, comme Lui, au soir du Jeudi-Saint. Il n’ignorait pas que l’un de ses apôtres Le trahirait et un autre Le renierait par trois fois.

(Mais, pourtant,) Alors que nous, bien souvent, quand quelque chose ne va pas, dans nos relations de communauté, de famille, de couple, nous rejetons la faute sur l’autre, sur les autres. Si ça ne va pas, si je ne suis pas heureux, c’est parce que l’autre, les autres ne me comprennent pas, ne m’aiment pas comme je voudrais qu’ils le fassent !

Jésus nous invite à changer notre manière de voir et de faire. « Apprends à sortir de toi-même, à te donner à ton époux, à ton épouse, à ta famille, à ta communauté, à ton prochain, et tu découvriras la joie profonde de l’amour ». Un fondateur de communauté nouvelle écrit très justement : « on entre dans une communauté pour être heureux, on y reste pour rendre les autres heureux. » Un retournement doit s’opérer en nous. Je crois que c’est là le miracle qui nous donne d’aimer « comme » Jésus !
Alors je ne peux plus mettre de limites, ni de frontière. Mettre une limite à l’amour c’est, en quelque sorte, le détruire. C’est ne pas avoir saisi le cœur profond de l’amour…

Oh, je ne rêve pas ! Et je reconnais que cet amour-là dépasse les forces humaines. Il est folie ! Il est même folie de Dieu ! Mais je crois pourtant que c’est au moment où je me sens incapable d’aimer vraiment que Jésus Seul peut alors me donner d’aimer. « A Dieu, rien n’est impossible ! » Il importe seulement – et ce n’est pas facile – de se laisser saisir par l’Amour de Jésus pour dépasser mon incapacité humaine! Car c’est l’amour de Jésus qui opère en moi ce passage! Chemin long et difficile, jamais atteint totalement: nous sommes tous appelés à entrer sur ce chemin de l’Amour - et cela - toute notre vie !

N’ayons pas peur ! Laissons-nous faire par Jésus : belle expérience de l’Amour Miséricordieux du Seigneur pour nous et par nous. Oui, nous pouvons devenir « miséricordieux » les uns pour les autres en laissant Jésus habiter tout notre être. Par suite, humblement, nous osons dire que nous pouvons« aimer comme Jésus » puisque c’est par Lui, avec Lui et en Lui Seul, que nous faisons une toute petite expérience de l’Amour véritable !

F. J-M