Désormais, comment cette femme va-t-elle pouvoir vivre ?
Condamnée publiquement, humiliée publiquement, rejetée, elle a vu en face sa propre mort.
Nous pouvons avoir différentes représentations de ce récit ; mais, quelle qu’elle soit, l’intensité dramatique est immense. Particulièrement, en se plaçant du coté de cette femme et considérant son état de profonde détresse, de « stress post traumatique » dirions-nous aujourd’hui. Impossible, impensable, de l’imaginer revenant dans son foyer, dans son village, reprendre une place qu’elle a définitivement perdue. Pour elle, il n'y a pas de retour en arrière possible.
La vie de cette femme aujourd’hui, est définitivement marquée, parce que son chemin a croisé celui de Jésus. Elle a rencontré Celui dont l’Evangéliste Jean dit qu’Il est « le Verbe fait chair ». Il est la Parole vivante de Dieu.
Il est donc, notre Foi nous le dit, la Loi, et, la femme adultère, en rencontrant Jésus, rencontre la Loi.
Mais, quelle Loi ?
La Loi de Moise, dont Jésus affirme Lui-même qu’Il n’en abolit rien: « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Car je vous le dis, en vérité : avant que ne passent le Ciel et la terre, pas un iota, pas un point sur le iota ne passera de la Loi que tout ne soit réalisé. »
Vraiment, ne doutons pas un instant que Jésus n’incarne totalement et pleinement la Loi de Moïse. Il l’incarne et Il l’accomplit. Il l’accomplit de toute son autorité, en veillant à se redresser chaque fois qu’Il prend la parole ; et en veillant aussi à rester baissé chaque fois qu’Il écoute.
La Loi est là, magnifique, totale, mais, ce que Jésus va faire pour la femme, pour les scribes, pour les pharisiens, pour chacune et chacun de nous, c’est donner une Loi de Vie, non une Loi de mort.
Pour comprendre le plein sens de ce que Jésus nous délivre au sujet de la Loi, je regrette que nous ne connaissions pas le nom de cette femme, par laquelle nous est livré un si profond message. J’aimerais, quant à moi, l’appeler non pas « la femme adultère » mais « la femme aimée de Dieu ». Car, si cette femme peut encore vivre aujourd’hui, c’est seulement en référence à la rencontre qui lui sauve la vie, la rencontre de l’Amour. Dans le «va, et ne pèche plus » de Jésus, j’entends désormais, « souviens-toi que tu es aimée au-delà de tout » et « réponds par l’amour à cet Amour qui ne cesse de te donner la vie ».
Non, la Loi de Moïse n’a pas changé avec Jésus, elle n’a pas perdu le moindre de ces iotas, et Jésus n’ajoute non plus aucun précepte supplémentaire. Mais chacun d’eux trouve toute sa valeur dans le Seul Amour.
En ce temps de Carême et, alors que, Dimanche prochain, nous célèbrerons la Passion du Christ, la Loi mosaïque, telle que Jésus l’incarne, pour nous qui nous voulons chrétiens, est chemin de conversion. La lettre de la Loi de Moïse, assurément, mais d’abord et avant tout, l’Esprit qui habite cette Loi.
St Paul l’avait bien compris !
C’est exactement cela qu’il nous partage dans sa Lettre aux Philippiens : « une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus ».
Il s’agit désormais de vivre « non pas de la justice venant de la Loi de Moïse mais de celle qui vient de la Foi au Christ. » Oui, il s’agit, pour nous, comme pour St Paul : « de connaitre le Christ, d’éprouver la puissance de sa Résurrection.»
Seule notre Foi au Christ peut nous donner, pour atteindre ce but, de « communier aux souffrances de sa Passion en devenant semblables à Lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à sa Résurrection d’entre les morts ».
Un commentateur contemporain nous le rappelle très heureusement: « l’amour vrai ne craint pas la justice et se confie à la Miséricorde. L’amour vrai, celui-là même de Jésus, n’utilise ni la justice ni la miséricorde pour se mettre à l’abri, mais s’appuie sur l’un et sur l’autre, pour recevoir de Dieu seul le salut qu’il espère. » C’est à cette conviction que Saint Jean, en ce jour, nous introduit ! Qu’elle soit nôtre pour que nous soyons, comme « la femme aimée de Dieu » des enfants qui vivent de Sa Miséricorde !

F. J-M