Il y a dans la Parole une dimension qui nous dépasse. Elle nous dépasse par Sa Grandeur, Son infini, Son Origine Divine que nous ne pouvons qu’entrevoir. Mais elle nous dépasse également par Sa Petitesse, Sa Fragilité, car totalement dépendante de notre capacité à l’accueillir.
Pour entendre la Parole et nous y reconnaitre, nous devons nous abandonner à Elle et, patiemment, La laisser nous rencontrer. Suivre, dans la lecture de Néhémie, l’exemple des enfants, des femmes, des hommes, qui « pleuraient tous, en entendant les paroles de la Loi ». Ces pleurs ne sont-ils pas le signe d’un abandon aux émotions, d’un renoncement à la volonté propre de chacun, pour communier, ensemble, à une même réalité bouleversante ? Les longues heures, « depuis le lever du jour jusqu’à midi », passées à écouter la Loi, à comprendre les explications des Lévites, ont eu raison de leurs résistances. Ces pleurs sont, me semble-t-il, le signe d’une rencontre entre leur cœur profond et la Parole.
Quant au commencement de l’Evangile de Luc, dans ses premiers versets, il résonne comme le Prologue de l’Evangile de Jean : « Le Verbe s’est fait chair ».
Luc, s’adressant à « son cher Théophile » veut que ce dernier « se rende bien compte de la solidité des enseignements qu’il a entendus ». Il souligne tout le sérieux, l’application même, mis pour rassembler ce qu’il va écrire : « j’ai décidé, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire »… Eléments recueillis auprès « des témoins oculaires et serviteurs de la Parole » ; manière de reconnaître que lui-même n’a pas été témoin, mais que la transmission est rendue fiable par son sujet même : la Parole. En effet, il s’agit bien plus que du récit « des évènements qui se sont accomplis » : il s’agit du « service de la Parole, » en ce sens que chacun de ceux qui la transmettent dorénavant l’incarnent.
Et voilà pourquoi, et comment, le service de la Parole donne une telle assurance : parce que Jésus Lui-même l’incarne. Jésus « rencontre » et « se laisse rencontrer » par un passage du Livre d’Isaïe. Il le prend sur Lui, en Lui. Ce sera Sa réponse lorsque Jean le Baptiste, du fond de sa prison, saisi par un doute douloureux, Lui enverra ses disciples pour Lui demander s’« Il est bien Celui qui doit venir. »
Jésus, va plus loin encore et donne la clef de compréhension des rapports que nous pouvons entretenir, à Sa suite, avec la Parole. Lui, Verbe incarné, Parole faite homme, délivre, en une phrase péremptoire, la clef de compréhension de tout ce processus: « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ».
St Paul nous dit bien que nous sommes, « chacun pour notre part, membres du Corps » du Christ. Nous sommes membres du Corps du Christ. Nous sommes membres de Dieu, membres du Verbe, membres de la Parole ! Cette réalité nous dépasse infiniment. Elle ne pénètre pas avec facilité notre intelligence. Pire, elle se heurte à notre volonté propre.
Car la Parole est « efficace comme un glaive à 2 tranchants, elle ouvre l’homme jusqu’à l’intime ».
Dieu Lui-même est présent dans chacune de ces Paroles, se disant Lui-même. Ce que Dieu dit à l’intérieur de la créature est ce qu’Il dit toujours : « Je suis ». Cette présence divine permet d’affirmer comme St Bernard : « Dieu est l’ÊTRE de tout être ».
Le contact avec Lui, comme mystère de notre propre personne, peut se vivre pour chacune et chacun de nous dans l’écoute méditée de la Parole qui nous rejoint, selon la tradition monastique de la lectio divina.
St Luc ouvre ainsi, de manière magistrale, l’Année Liturgique, par la voie de la Contemplation. Que la Contemplation de la Parole soit pour chacune et chacun de nous, tout au long de l’Année, chemin de conversion. Alors, ici et maintenant, la Parole sera vivante et le monde sera transformé.

F. J-M