« Deux hommes montèrent au temple pour prier… » Mais, il ne suffit pas de monter au temple pour prier… Saint Luc nous a prévenus, avant d’en faire le récit, que Jésus avait imaginé cette parabole « pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres». La richesse de la parole de Dieu de ce dimanche va nous permettre d’entrer dans la démarche de la Journée Missionnaire Mondiale et de son thème proposé sur les affiches : « Annoncer la miséricorde...»
C’est une façon de considérer l’activité missionnaire, de nos Eglises locales comme celle des Jeunes Eglises, d’une manière différente à la lumière de l’année jubilaire de la miséricorde. Quel est le sens de la mission de St Paul, apôtre des « gentils » c'est-à-dire de la foule des « gens » qui sont étrangers au judaïsme, quel est le sens de la mission des missionnaires des premiers temps jusqu’à nos jours, pour atteindre les « gens » de tous les continents, races, peuples et nations, sinon annoncer à tous les hommes que Dieu les aime ? C’est bien ainsi que le pape François nous invitait l’an dernier à entrer dans cette année jubilaire de la miséricorde universelle du Père pour tous et chacun. Il disait : « La miséricorde est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. C’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie ».Aller à la rencontre d’autrui, dans la miséricorde. Oui, le sens de la mission de l’Eglise où qu’elle soit, c’est d’Annoncer, de manifester, donc de rendre manifeste, évidente, la miséricorde du Père à tous ses fils sans discrimination aucune et sans appartenance préalable à quelque communauté que ce soit sinon l’humanité.
Ainsi la première lecture annonce que « Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes » c'est-à-dire que Dieu, étant impartial envers les personnes, ne fait ni différence, ni amalgame. Il écoute la prière de l’opprimé, il ne défavorise pas le pauvre, entend le cri de l’orphelin et la plainte de la veuve. Dans la Bible, ce sont là les quatre principales situations de précarité, dont la prière et le cri traversent les nuées, et dont il nous faut prendre soin, à l’exemple de Dieu, riche en miséricorde.
Le langage de Paul dans la deuxième lecture fait penser au monde du sport : « Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course… » La course de relais pour la mission universelle, en Eglise et dans l’Eglise, est toujours actuelle pour nous encourager réciproquement à répandre cette saveur de miséricorde en toute rencontre, d’en passer le témoin aux autres et de savoir prendre le relais des autres, car comme pour St Paul, « Le Seigneur nous remplit de force pour que nous puissions jusqu’au bout de la vie annoncer l’Evangile de la miséricorde et le faire entendre à toutes les nations », ici et ailleurs, dans l’aujourd’hui de nos vies et du monde.
Pourtant ces textes vont plus loin. Qui ne connaît la parabole du pharisien et du publicain ? Si nous ignorons leur nom, nous connaissons leur situation : le premier fidèle et pratiquant a une bonne réputation, l’autre, à cause de sa profession de collecteur d’impôts n’est pas tellement bien vu des autres. Avec leur différence, suivons les dans leur démarche, semblable et différente. Pour l’un comme pour l’autre, pour prier, Il leur faut d’abord quitter leur chez eux - cela ne se fait pas n’importe où – et monter au temple, pour se tenir là, à distance ou devant Dieu. Chacun de nous a sa propre manière de faire et sa façon de se tenir face à Dieu. Aller dans une église ou rester chez soi, monter dans sa chambre ou se tenir dans un coin-prière de la maison, retenons ces trois verbes : quitter, monter, se tenir. Puis tous les deux commencent de la même façon en disant : « Mon Dieu ». Le contenu ensuite change ainsi que leur disposition intérieure. Il est dit ensuite que chacun redescendit dans sa maison, l’un s’est ‘est élevé l’autre s’est abaissé, mais c’est lui qui sait que Dieu le regarde avec amour et reçoit en plénitude sa miséricorde.
Quel est le lien avec cette journée missionnaire mondiale : rencontrer Dieu et rencontrer les autres relève de la même démarche missionnaire : laisser Dieu nous rencontrer tels que nous sommes. Lorsque nous voulons rencontrer Dieu, comme pour toute rencontre, notre effort doit consister à nous déposséder de nous-mêmes, à consentir à notre pauvreté, pour nous rendre accueillants à la venue de Dieu et des autres. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ! L’année jubilaire fut un temps fort pour célébrer et expérimenter ma miséricorde. Un temps de prière et de charité pour rencontrer les autres. Nous ne devons pas nous dérober à notre semblable. Aujourd’hui, nous sommes invités à donner aux Eglises partout dans le monde les moyens d’annoncer la miséricorde. C’est la signification de la quête pour les Œuvres pontificales missionnaires en ce dimanche de la mission. Prions pour tous les missionnaires et pour tous les chrétiens afin que l’Eglise soit de plus en plus « visage du Père », lieu de rencontre avec soi-même, avec les autres, et avec Dieu.

F.A-M