Tandis que Jésus marchait vers Jérusalem, quelqu’un lui demanda : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? Jésus répondit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! » La question exprime bien l’inquiétude possible de toute personne qui, n’étant pas bien sûre d’elle-même, a besoin de savoir si elle est dans la vérité. « Qu’adviendra-il de nous ? » Et quelle réponse bizarre… ! Peut-être que la petite phrase de Jésus, contre toutes les idées terribles de certains commentaires, signifie quelque chose de plus intéressant et de plus vivant qu’une condamnation sans appel de la majeure partie de l’humanité. Beaucoup d’autres textes nous disent au contraire l’universalité du salut « pour la gloire de Dieu et le salut du monde entier. » Dans la première lecture, nous avons bien entendu Isaïe annoncer l’intention de Dieu : « Je viens rassembler les hommes de toutes nations et de toutes langues. » Et Saint Paul nous encourage en affirmant que Dieu nous aime comme un Père traite ses fils. En Dieu, un seul désir : celui de voir l’humanité entière parvenir à la plénitude. C’est vrai que nous avons énormément de mal à imaginer et surtout à accueillir un amour universel. Et pourtant toute la joie pascale chante et proclame que le monde est sauvé, par la mort et la résurrection de Jésus Le Sauveur. La mort est vaincue, Il a triomphé du mal. C’est Lui qui sauve, c’est par la foi que nous réalisons son œuvre, car tout vient bien de Dieu.
Nous sommes donc Sauvés. « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions pécheurs. » Mais sauvés de quoi ? L’Eglise, par ses textes nous dit chaque dimanche que Dieu s’approche de chacun aujourd’hui : nous sommes encore et toujours invités à nous laisser sauver – à nous laisser pardonner et nous sommes choisis, envoyés comme disciples pour dire : « Si tu reconnais que ton cœur est malade – oui, tu es sauvé ». C’est cela la Bonne Nouvelle de Jésus qui guérit, ressuscite. Nous sommes et nous serons sans cesse des pécheurs aimés - sauvés – pardonnés. Ce n’est pas facile à croire, ni à accepter, c’est là que se situe la porte étroite. Alors surgissent deux objections. = La première serait qu’on se figure que la Bonne Nouvelle c’est : « Tenons compte du péché et faisons de notre mieux pour ne pas y tomber. Mieux ! Faisons effort pour parvenir à être plus généreux, plus vertueux. Demandons à Dieu à réussir à devenir parfaits. » Or ce que dit St. Paul est plutôt ceci : « Notre péché quel qu’il soit est pardonné. Notre unique assurance devant Dieu, c’est de venir demander pardon et goûter une reconnaissance éperdue comme pécheur pardonné. » = La deuxième objection monte alors de nos cœurs : « D’accord…peut-être…Il ne faut pas exagérer…Il faut quand même faire effort pour progresser… C’est trop facile de demander pardon et ensuite ne rien faire. Bien sûr, déjà de son temps, St. Paul réagissait. Il écrit dans sa lettre aux Romains que la foi en Dieu qui nous sauve n’est pas une raison pour pécher encore plus ou s’arranger avec Dieu. Pas de foi sans les actes.
Aujourd’hui, l’Eglise affirme que nous sommes sauvés, délivrés des deux périls opposés: le péril de tout laisser aller ou de se centrer sur son propre bonheur. Tels seraient tous les messages de notre civilisation qui nous invitent à nous épanouir. C’est vrai et c’est bon, mais cela peut justifier n’importe quoi. C’est le danger de la résignation. A l’opposé, le péril de croire que je peux réussir ma vie spirituelle, triompher de mes défauts en faisant intelligemment effort. C’est aussi un message de société qui invite à être des battants, d’être les meilleurs. C’est le danger de l’idéalisation. Jésus nous sauve aujourd’hui et du désir de ne penser qu’à nous et du désir d’en sortir par nous-même. Il nous sauve en nous aimant dans notre péché. C’est vrai au niveau mondial, dans tous les péchés du monde, mais plus modestement dans nos vies de tous les jours. Jésus nous dévoile les trois principales dimensions de notre péché : le manque d’intériorité d’une vie trop active, sans assez de recul de réflexion, de profondeur, de vraie prière ; le manque d’amour dans nos relations : chacun fait effort pour aimer, heureusement ! mais que de manques d’amour au quotidien ; le manque d’ardeur dans les taches collectives, familiales, sociales ou communautaires. C’est alors Jésus qui nous sauve.
Dans un même mouvement c’est repentir et joie du pardon tout à la fois. Sans cesse accepter que c’est toujours à refaire : sans cesse reconnaître nos faiblesses et nos fautes, sans cesse repartir avec joie et confiance. Jusqu’au bout de la vie nous serons des pécheurs aimés, pardonnés, sauvés. Quelle bonne nouvelle, pour le monde entier ! Pour guérir de l’angoisse contenue dans la question posée à Jésus revenons à la question du psaume 41 : « Pourquoi te désoler, ô mon âme et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu. » et à l’encouragement de St Paul aux Colossiens :
« Rendons grâces à Dieu le Père, Lui nous a donné s’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant à la puissance des ténèbres, Il nous a placés dans le royaume de son Fils bien-aimé. En Lui nous avons le rachat, le pardon des péchés. Car Dieu a jugé bon qu’en lui soit toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. »

F. A-M