Jésus a voulu vivre notre condition d’homme sans aucune restriction : c’est ainsi qu’Il a accepté de Se laisser tenter. Dans l’évangile, à maintes reprises, nous voyons Jésus en relation directe avec le « diviseur » : ce sont les démons qui, les premiers, Le reconnaissent comme « Fils de Dieu ». Ce sont les démons qui, les premiers, savent la toute-puissance de Jésus sur eux. Il est donc normal que, dès le départ de sa mission terrestre, Jésus se heurte à Satan.
Baptisé par Jean, Jésus se retire au Désert. Il s’éloigne de tout ce qui, jusqu’à ce jour, faisait Son quotidien, Son confort, Ses relations humaines. Il affronte la solitude n’ayant pour seule arme que Sa confiance en Son Père et Son désir de ne faire qu’un avec Lui. « Il fut conduit au Désert et, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable », nous dit St Luc. Et, il ajoute aussitôt : « quand ce temps fut écoulé, il eut faim ». C’est bien alors, dans son état de faiblesse physique mais aussi dans un état de grande force spirituelle, que Jésus est attaqué par le diable, à trois reprises. L’attitude de Jésus nous donne un enseignement qui ne peut que nous réconforter ; car, plus nous avançons dans la vie spirituelle, plus le combat devient rude. C’est-à-dire que Satan se satisfait d’une âme tiède.
Pour Satan, le Fils de David est son ennemi et un ennemi si redoutable qu’il voudrait le désarmer à tout prix : « ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. ».
Nous le savons bien, « ce moment fixé », avec une particulière intensité, nous le vivrons avec Jésus, au soir du Jeudi Saint. Ce soir-là, comme aujourd’hui au Désert, la force de Jésus face à Satan lui vient de son union à Son Père. C’est la référence constante à son Père qui fait de Jésus, Verbe fait chair, le vainqueur ! Jésus ne s’appuie pas sur sa force d’homme, ni sur l’amour humain dont il a été entouré depuis Son enfance, mais bien sur la conscience qu’Il a, dès l’âge de 12 ans, d’être « aux œuvres de Son Père ». L’homme Jésus laisse parler en Lui la Parole de Dieu, l’Etre-même de Celui qui l’a engendré et qui a mis en Lui tout Son Amour.
C’est bien ce Jésus, homme et Dieu, qui nous enseigne ainsi que nous ne sommes vainqueurs des attaques du Malin que si nous ne restons pas seuls face à lui. Oui, nous sommes tous pêcheurs dès le sein de notre mère, nous portons en nous la fêlure qui nous divise et par laquelle la tentation pénètre. Mais notre Défenseur, c’est le Seigneur Jésus. Lui qui n’a pas refusé notre humanité et qui l’a assumée avec toutes ses limites. Il nous assure la victoire finale sur nos petitesses par l’amour que nous Lui portons. C’est l’amour que nous portons à Jésus qui nous unit au Père et fait de nous les grands vainqueurs. Si nous tombons à chaque heure qui passe, ne doutons jamais que Sa Miséricorde nous accueille et nous relève sans cesse.
Il n’est pas besoin de faire de grandes choses. Il est besoin, comme Moise le rappelle au peuple d’Israël, de « crier vers le Seigneur, le Dieu de nos pères ». Il suffit de nous retourner, comme le peuple, pour nous souvenir de tous les bienfaits du Seigneur, de Ses interventions dans nos vies, de nos propres sorties d’Egypte. En nous disposant ainsi et en nous tournant vers Jésus, nous laissons l’Esprit- Saint nous envahir. Car « c’est en Lui que nous nous écrions : ‘Père ! Père !’ ».
St Paul va plus loin encore et nous introduit dans la douceur du Nom de Jésus : « si, de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. » Le nom de Jésus nous libère mais, plus encore, il nous introduit dans sa Résurrection.
Le pêcheur qui se tourne vers Jésus est déjà pardonné, déjà ressuscité, déjà participant de la Gloire du Christ : le péché est vaincu. Se tourner vers le Christ, c’est se tourner vers son Père, c’est s’ouvrir à la respiration d’Amour qui les unit et y participer, quel que soit l’état antérieur de misère dans lequel nous étions.
Ecoutons St Bernard reprendre cette même « Bonne-Nouvelle » avec une force et une justesse toute particulière :
« Toute âme, en dépit de son désespoir, peut encore trouver, en elle -même, des raisons d’espérer, non seulement le pardon et la miséricorde, mais encore d’aspirer à l’union avec le Verbe, pourvu qu’elle se place avec le Roi des anges sous le joug de l’amour.» Ainsi soit-il !

Fr. J-M