Une fois encore, les textes de la liturgie de ce jour nous invitent à nous tourner vers le Seigneur, dans une confiance et un abandon sans condition. Mystère de la Foi qui seule nous ouvre au Royaume.
La page de Luc, que nous venons d’entendre, devrait nous aider à comprendre : Jésus nous parle avec des paraboles pleines de tendresse, de sollicitude : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. »
Ainsi, Jésus nous affirme que Dieu a trouvé bon de tout donner à l’humanité ! Il veut nous aider à prendre conscience de cette folie de l’amour de son Père. Et dans ce but, Il multiple les exemples qui nous font percevoir comment nous pouvons répondre à Dieu. Si nous savions le don de Dieu, rien de ce que nous pourrions avoir par ailleurs n’aurait de prix. Ne nous y trompons pas car nous pourrions engager notre cœur dans de faux trésors, dans des vanités qui n’ont aucun prix ! Il s’agit donc d’engager tout notre cœur, tout notre être, dans une confiance absolue. Cela, bien sûr, nous paraît fou ! Humainement parlant, cela n’a pas de sens. De fait, comment cela peut-il se faire ?
La réponse est à chercher, me semble-t-il, dans l’empreinte indélébile que Dieu laisse en chaque homme. Lui sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, et il fait une confiance totale à ce cœur. Nos relations humaines peuvent nous aider à mieux saisir. Nous le savons bien, la confiance qui nous est faite nous aide à grandir, nous pousse à oser croire en nous, à cause même du regard posé sur nous. La confiance appelle la réciprocité sinon elle s’étiole et meurt rapidement. Partagée, elle grandit et se fortifie au travers des épreuves surmontées.
Il en va de même dans notre relation avec Dieu.
Trop souvent, lorsque nous disons « j’ai la foi », nous sommes tentés de penser que cela est le fruit de notre seule volonté. Nous nous trompons : il nous faut changer notre manière de voir ! Assurément, ce n’est pas nous qui avons foi en Dieu, mais bien Dieu qui a foi en nous. Oui, Dieu croit en l’homme, Il croit que l’homme est capable d’aimer, comme Lui nous aime. Tous les textes de la liturgie de ce jour insistent sur cette réalité fondamentale et première.
Mais, pouvons-nous aimer sans faire confiance ? Qui pourrait dire à un ami : « je t’aime » et ajouter aussitôt après : « je ne te fais pas confiance, je ne crois pas ce que tu me dis » ? C’est impensable et impossible.
Il ne peut pas y avoir d’amour sans une confiance préalable, sans une véritable foi en l’autre. La Foi est le tremplin de l’Amour.
Dès lors, il est facile de comprendre l’interrogation de Pierre : est-il possible que cela s’adresse « à tout le monde » ? C’est-à-dire à n’importe qui ?
Dieu a-t-il pris un tel risque ? La réponse de Jésus est claire et elle engage notre responsabilité : nous qui sommes des dépositaires de la promesse, nous à qui est seulement demandée l’ouverture première du cœur, celle qui permet de croire que la Parole de Dieu est incarnée en Jésus, il nous sera demandé plus de comptes qu’à ceux qui l’auront ignoré.
Oser croire ce que dit Jésus parce que nous osons croire qu’en Lui se réalise pleinement la Parole de Dieu, voilà bien ce qui nous est demandé, et seulement cela, car ensuite, Dieu se charge de tout. C’est son affaire à Lui ! Nous entrons alors dans une dynamique que seule la Foi peut soutenir en ce monde ; et cette Foi ne vient pas de nous, elle vient de Dieu Lui-même ; elle est le cadeau qui nous permet d’entrer dans la logique de Dieu.
Tant que nous sommes sur cette rive, la Foi nous est nécessaire, indispensable même. Plus tard, lorsque nous verrons Dieu face à face, elle sera inutile et pourra s’éteindre.Forts de cette assurance, supplions notre Dieu de toujours nous maintenir dans cette Foi, afin que, dès ici-bas, nous puissions jouir du Royaume qu’Il nous confie! Ce Royaume c’est l’Amour qu’Il veut nous partager. Nous le possèderons en plénitude dans la Vie qui ne finit pas, mais nous en sommes déjà, dès à présent, les héritiers, soutenus par la Foi et l’Espérance.

F. J-M