Comment répondre à la question inquiète d’un légiste, homme de loi et de principe, qui aimerait bien avoir une règle sûre et certaine qui puisse tranquilliser la conscience par un bon certificat de conformité. Jésus va faire éclater l’étroitesse d’un tel souci. Cet Evangile est en fait celui de la proximité de Dieu. Relisons de près l’anecdote rapportée par Saint Luc.
Dans un contexte bien semblable au nôtre, à Jérusalem du côté du temple, ou à Toulouse vers la cathédrale ou la basilique, Jésus et ses disciples arrivent sur la grande place. On y entend toutes les langues et parmi les commerçant locaux, les débats sont parfois vifs. « On n’est plus chez soi, » dit l’un. Son voisin renchérit : « On ne peut pas faire trois pas sans tomber sur des Parthes, des Mèdes, des Elamites…Et aussi des Egyptiens, des Libyens, des Romains en vacances. Bien sûr, certains étrangers respectent notre religion, mais ils restent des étrangers ! » Parmi eux, un docteur de le loi a repéré Jésus et sa troupe qui se sont rapprochés et écouté leurs discussions. Espérant peut-être rassurer ses compagnons, il prend Jésus a parti : « Et toi, que penses-tu de tout cela ? » Jésus répond en les regardant tous: « Qu’y a-t-il d’écrit dans nos saints livres ? » D’une seule voix, il se mettent à réciter leur catéchisme : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. » - « Bravo, dit Jésus. Alors tirez-en les conséquences ! » Derrière, quelqu’un murmure gêné : « Mon prochain, mon prochain, d’accord, mes proches : ma famille, mes parents, mes enfants, mes cousins. Après on peut élargir aux voisins, aux compatriotes… » Le scribe intervient : « Tu souris, Jésus ! Tu es Galiléen, pour toi, le prochain, qui est-ce ? » - Silence.
Alors, Jésus reprit s’adressant à tous: « Vous vous souvenez de cet homme attaqué par des bandits sur la route de Jérusalem à Jéricho, roué de coups, dépouillé de tout et laissé à moitié mort ? La suite, dont personne ne s’est vanté, c’est qu’un prêtre du temple est passé par là et l’a très bien vu dans le fossé, mais craignant de se rendre impur s’il touchait du sang, est passé de l’autre côté, au nom de la loi. Juste après, est passé un serviteur du temple. Même chose. Avez-vous su qui s’est arrêté ? Un homme de Samarie, de ces gens brouillés avec vous et que d’habitude vous évitez ! Tout étranger qu’il était, il a été bouleversé et da décidé de le prendre en charge. Il lui donne les premiers soins : un peu de vin pour désinfecter, et de l’huile pour calmer. Il l’installe sur son mulet le conduit à l’auberge, laisse de l’argent au patron pour la dépense, et promet de prendre des nouvelles en repassant. Vous l’aviez su ? » - Nouveau silence - Eh bien, dit Jésus en se tournant vers le scribe, on peut discuter à l’infini pour savoir de qui ce pauvre homme était normalement le plus proche, mais moi, je te le demande : « Qui s’est fait son prochain ? » - Celui qui s’est occupé de lui bien sûr, répond le scribe à mi-voix.
Faisons très attention. Jésus n’a pas dit : qui est le prochain dans cette histoire ?...nous, on aurait répondu : c’est l’homme blessé. On a tous envie de faire ce contresens ! Ce texte est génial. Je reprends la phrase de Jésus à ce docteur - et pour que le docteur ne se trompe pas, il le conditionne de telle façon qu’il ne peut éviter la réponse - : « A ton avis, lequel des trois s’est fait le prochain de l’homme tombé ? » Le docteur ne se trompe pas : « C’est le samaritain ! » Le prochain, c’est celui qui s’approche. Maintenant, on reprend le texte au début : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur…et ton prochain comme toi-même. » Tu aimeras ton samaritain comme toi-même. Ton samaritain, c’est celui qui t’a fait du bien, celui qui te vient en aide, quand tu es dans le fossé. « Tu as tout compris, reprend Jésus. C’est cet étranger méprisé que tout aurait dû tenir à distance qui justement s’est fait le plus proche.» Certes, on nous appris qu’il faut aimer les gens malheureux. Mais le texte n’est pas fini : « Va et fais de même. » Tu aimeras ton samaritain. A chacun d’identifier ses samaritains et faire de même. Tu aimeras celui qui t’a aidé, et lui il aidera. C’est la cascade d’amour. Tu feras comme lui, tu aideras les autres, et les autres aideront les autres, et au plus pauvre que tu auras aidé, tu diras : « A ton tour tu aideras les autres, bonne route. » Eh bien ! Moi, je te le dis : un jour viendra où il n’y aura plus ni samaritains ni galiléens, ni juifs ni arabes, ni blancs ni noirs, ni esclaves ni hommes libres. Dieu a tant aimé ce monde sans cesse blessé dépouillé et laissé pour mort qu’il a envoyé son Fils. Car Dieu a voulu que dans le Christ tout soit réconcilié par Lui et Pour lui sur la terre et dans les cieux en faisant la paix par le sang de sa croix. De tout homme, de toute femme il s’est fait le prochain le plus proche. » Alors toi aussi va et fais pareil ! »

F. A-M