St. Luc, qui en médecin grec qu’il est par sa formation s’était attaché aux récits de l’enfance de Jésus, manifeste souvent son intérêt pour la résurrection des morts : la communauté des chrétiens à qui il adresse son Evangile y voit de fait la grande nouveauté du christianisme.
Le récit que nous venons de lire se termine ainsi : « Alors le mort se redressa et se mit à parler et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous et ils rendaient gloire à Dieu : Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. » Dans l’autre résurrection racontée dans la première lecture, obtenue par Elie, le prophète exemplaire, nous retrouvons les mêmes éléments et parfois les mêmes mots que dans le récit de la résurrection du Fils de la veuve de Naïm. Une pauvre femme avait hébergé Elie. Son fils unique meurt après une maladie terrible. Elle devient folle de douleur et dit sa souffrance dans une agressivité violente. Après avoir prié, il rend la vie à l’enfant et le rend à sa mère. La femme répondit : « Maintenant je sais que tu es un prophète, un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. »
Dans leur conclusion, les deux évènements se rejoignent : ils semblent nous dire que Dieu est intervenu lui-même, sans avoir été sollicité, simplement parce que ni Elie ni Jésus n’ont supporté la douleur d’une mère.
A ce niveau, beaucoup se posent de multiples questions, et tout de suite celle-ci : pourquoi ces deux-là, et pas les autres ? Et Marie, au pied de la croix, la mater dolorosa ? Au temps d’Elie comme de Jésus, il y avait de multiples veuves écrasées de douleur par la mort d’un fils, et dans toute l’histoire des hommes, et la nôtre, il y a bien davantage de souffrances insurmontables. Mais encore, ces deux récits sont admirables d’émotions et de tendresses partagées, mais ces deux jeunes hommes ne sont rendus à leur mère que pour un temps, le temps de leur vie terrestre. Ramenés à la vie, nous savons qu’ils devront, comme Lazare, le frère de Marthe et de Marie, recommencer à mourir, et que leur mort en d’autres circonstances, affligera autant d’autres personnes. Ce sont des réanimations et non des résurrections. Ce sont là des signes, et alors les choses deviennent claires. Ces gestes, nombreux dans l’Ancien Testament et plus encore dans les Evangiles et les Actes des Apôtres, résurrections exceptionnelles et transitoires, nous révèlent deux choses : Dieu intervient lui-même pour nous sauver dans nos détresses, sans que nous ayons à en prendre l‘initiative, ensuite, ce qu’il réalise n’est pas un prolongement indéfini de nos existences terrestres, mais une autre vie dont celle-ci est la préparation : le Seigneur prend l’initiative de nous ressusciter d’une résurrection qui n’est pas pour cette vie terrestre.
Ici nous rejoignons l’expérience de Paul racontée par lui-même dans cette lettre aux chrétiens de Galatie. Il raconte les évènements qui ont constitué sa conversion et son adhésion au Seigneur Jésus. Sa conversion d’abord et son évolution ensuite sont l’œuvre du Seigneur. Sans que Paul ait demandé quoi que ce soit, le Seigneur est intervenu, l’a transformé, nous pourrions dire ressuscité et ensuite solidifié dans sa foi en l’Evangile. Toutes ses lettres redisent combien cette foi est devenue la réalité unique de son existence : la participation à la vie du Chris ressuscité, véritable résurrection qui réalise une vie qui ne finira jamais. Comme le fils de la veuve de Sarepta ressuscité par Elie, comme le fils de la veuve de Naïm réssuscité par Jésus, comme Paul illuminé par le Seigneur, Tous, nous sommes favorisés des interventions de Dieu. Il en est d’importantes et déterminantes, d’autres plus modestes et quotidiennes. Certaines évidentes, d’autres plus mystérieuses et difficiles à déceler. Aujourd’hui, nous sommes invités à y croire encore. Le baptême est la première, ensuite, elles ne cessent pas. On peut même dire qu’elle est constante dans notre vie, que tout évènement peut être lu comme une présence qui nous invite à plus d’amour tout en le réalisant en nous. Ainsi les miracles dont nous lisons le récit dans l’Evangile prennent valeur de signes et d’enseignement de ce qui fait l’essentiel de notre foi et de notre adhésion à l’Eglise. Croire en la résurrection, c’est accueillir comme Saint Paul notre propre résurrection par l’action du Père qui par son Esprit nous fait croire à Jésus vivant dans sa parole et nous transformant par ses sacrements. Désormais, nous pouvons tout vouloir, tout entreprendre, comme des gens qui ont l’éternité devant eux, avec la patience, la persévérance, le courage que pareille foi peut nous donner face aux malheurs de notre temps !Dans l’Eucharistie, nous allons rencontrer le Christ vivant. Que cette intervention du Seigneur nous rapproche de Lui, toujours davantage.

F. A-M