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La page d’Evangile de ce jour nous permet de méditer l’union de Joseph et de Marie dans la lumière d’un Amour Infini. L’Amour réciproque qui les unit si fortement, les a conduits à un abandon sans réserve à la volonté de Dieu dès les débuts de leur vie commune.
Nous pouvons, en effet, voir en Joseph un homme jeune destiné à épouser la femme qu’il aime. Découvrir sa jeune fiancée, enceinte d’un autre que lui, à son retour de chez Elisabeth, a dû broyer son cœur dans la souffrance, le déchirement ! Quant à Marie, se présentant à Joseph, elle ne peut espérer son secours que de son amour. Joseph, homme juste, sera à la hauteur du « Fiat » reçu par l’Ange Gabriel.
Le Mystère de l’Enfant qui grandit dans leur foyer les unit chaque jour un peu plus dans cet Amour. Voilà douze ans que Joseph, jour après jour, contemple la Parole Vivante. Le Logos, la Parole, le Verbe incarné est là, dans la maison de ce couple. Cette Parole est, elle-même, Esprit. Elle est Amour.
Joseph, homme pêcheur tout comme nous, s’est soumis, une fois pour toutes, à cet Esprit d’Amour. Son amour pour Marie l‘y a aidé. La résonnance de leurs deux cœurs les soutient dans la fidélité à un destin bien différent de celui qu’ils avaient projeté. Ils en ont un nouvel exemple aujourd’hui. Ce jeune Jésus, leur fils, les soumet à une souffrance imprévue, atroce. La disparition d’un enfant est l’une des pires blessures qu’il soit donné de vivre à un être humain.
Pendant trois jours, Jésus se cache à leurs regards. Marie et Joseph partagent la même souffrance, les mêmes affres. Mais quand ils Le retrouvent, c’est la Mère, Marie, qui exprime leur angoisse. Elle fait bien plus : elle exprime tout son respect pour Joseph. Elle ne l’exclut pas de sa relation maternelle à Jésus. Elle authentifie sa paternité. Pour Marie, Joseph a droit, lui qui a déjà tant donné, à ne pas être soumis à ce genre d’épreuve.
Mais Joseph ne dit rien. Il n’a probablement rien dit pendant les jours précédents, communiant avec Marie à la même source amère de l’angoisse et du désarroi. Aujourd’hui, on s’attendrait à ce que le père prononce les paroles de réprimande qu’appellerait une telle fugue, dans la société patriarcale du temps de Jésus. Pourtant, Joseph se tait.
Le silence de Joseph, homme juste, nous apprend ce que signifie être chrétien.
Joseph se tait toujours. Joseph se tait parce qu’il n’a pas de mots pour exprimer ce qui le fait vivre. D’abord, parce qu’il ne comprend pas : il croit, c’est tout. C’est en raison de sa Foi qu’il est juste, qu’il est saint. Saint, car vivant dans l’intimité de Dieu auquel il a accordé le cœur de son être le plus profond. Dans cette intimité, il découvre une source primordiale. Il contemple une Vérité Absolue. Devant cet Absolu contemplé, devant la pureté de ce que Joseph découvre, seul le silence peut parler. Pour être pleinement vivant, il faut être pleinement silencieux, d’un silence primordial, source de toute Vie.
Le poète Christian Bobin illustre parfaitement ce que je tente de dire : « Il faut tellement de silence pour être vivant, une puissance presque inhumaine de refus. » « Ne parlons jamais de ce qui est le plus précieux. On nous le volerait, ou cela mourrait d’être dit. »
Assurément, Joseph, fils de David, par cet Amour, est un Vivant Absolu, gardien des Mystères du Salut de toute l’humanité.

F. J-M