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Quelle est « la voix qui retentissait » dans le ciel de Jérusalem ?
La voix semble être celle de « ceux qui parlaient » et que « chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ». Du ciel, c’est « un bruit, comme un violent coup de vent » qui est survenu.
L’évènement, à nul autre pareil, que l’auteur des Actes essaie de nous transmettre : l’irruption de l’Esprit si souvent annoncée par Jésus, justifie l’utilisation de telles images. Mais, même si je fais confiance à St Luc, je ne peux m’empêcher de penser que ce qui a fait du bruit surtout, c’est la parole des Apôtres, parce que tous étaient soulevés par le même élan, transportés par le même feu. Ce que les populations issues de toutes les contrées de la terre ont entendu, c’est l’unanimité créée chez les amis de Jésus par l’Esprit, c’est cette force et cette sagesse qui les ont fait sortir de leur maison pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle de Jésus Ressuscité.
Tout ce bruit est donc tout à la fois, celui du vent, qui vient du ciel, et la voix des Apôtres, en écho. Nous ne sommes pas habitués à un tel bruit : généralement, Dieu s’exprime dans un léger souffle, quasi inaudible.
D’ailleurs, dans l’Evangile, St Jean décrit l’irruption de l’Esprit Saint de façon toute intime, toute silencieuse, comme il convient à un dialogue amoureux. « Si quelqu’un m’aime » : voilà la seule condition : aimer Jésus.
Or, à présent, Jésus semble absent.
Qui n’a jamais fait l’expérience douloureuse, de l’absence de la personne aimée ? Une absence telle qu’elle laisse un vide à couper le souffle ! Pour reprendre souffle, dans une telle expérience, il n’est plus que l’Amour de l’aimé absent. Il n’est plus que les paroles échangées, toujours vivantes en soi. Il n’est plus, pour survivre que ce « surcroît d’être » que donne l’amour. En fait, survivre quand l’aimé disparaît, c’est vivre de l’Esprit d’Amour qui nous unit. C’est la seule façon de vivre, la seule façon d’aimer en vérité !
Ces hommes, qui avaient suivi Jésus, avaient été comblés par Sa puissance d’Amour. Ils avaient vécu les apparitions du Ressuscité sans bien comprendre encore de quelle puissance l’Amour était habité.
Ces mêmes hommes font, depuis l’Ascension, l’expérience du vide et de l’absence. Mais, leur âme, leur cœur profond, demeurent marqué au feu de l’Amour. Et ne peut que devenir réceptacle du surcroît d’Amour que Jésus est venu leur apporter. L’Amour qu’ils ont pour Jésus appelle l’Esprit de toutes ses forces.
Il en est de même pour nous. Jésus s’adresse à nous, ce matin. Le même mouvement nous donne de recevoir l’Esprit d’Amour qui unit Jésus à Son Père, si, en vérité, nous aimons Jésus. Car l’Amour de Jésus est déjà, en nous, la trace de l’Esprit à l’œuvre.
Saint Bernard le dit admirablement. Je le cite: « L’Esprit accomplit sans cesse l’œuvre de notre cœur, au plus intime de notre être, par l’admirable finesse et la douceur de l’art divin. Que jamais l’onction, qui nous enseigne tout, ne nous soit enlevée sans que nous en ayons conscience. Que jamais sa venue ne nous prenne au dépourvu, mais qu’elle nous trouve toujours aux aguets, le visage impatient et le cœur grand ouvert pour recevoir la généreuse bénédiction du Seigneur. »
Nul bruit dans ces propos de Bernard, seulement un cœur à cœur.
Oui, que l’Esprit Saint, qui souffle où Il veut, dont on ne sait ni d’où Il vient, ni où Il va, ne nous laisse jamais indifférent ! De fait, jamais, Il ne nous abandonne : c’est nous qui devons, sans cesse, être assoiffés de Sa Présence. Ainsi, et ainsi seulement, nous vivons vraiment. Car nous vivons d’Amour.

F. J-M