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Voici deux jours, régnaient la terreur, la souffrance et le bruit. Les cris de la foule, notamment. Les vociférations de ceux qui voulaient la mort de ce Jésus détesté et le bruit de ceux qui, dans Jérusalem, en cette veille de Fête, se préoccupaient de leurs préparatifs, indifférents à ce condamné portant Sa Croix, vers le Golgotha. Spectacle habituel ne méritant pas de perdre du temps.
Puis, jour du Grand Sabbat : un silence de mort pour tous ceux qui avaient aimé Jésus.
Et ce matin, un silence plus profond encore. En ce petit matin encore enveloppé de ténèbres, tout dort. Sauf la souffrance de Marie Madeleine et des femmes qui l’accompagnent au tombeau. Il ne se passe rien. Absolument rien. Sauf que le Corps n’est plus là.
Tout va alors très vite. Nous sommes en pleine humanité : une femme éplorée qui court vers les compagnons de Jésus, ne sachant que faire ; deux disciples qui courent, le plus jeune plus vite que le plus ancien, d’ailleurs. Pierre, nous précise l’évangéliste St Jean, entre dans le tombeau et voit. Quant au disciple que Jésus aimait, lui, voit et croit. Mais que voient-ils tous les deux ? L’absence du Corps, les « linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part, à sa place. » C’est à dire que le suaire gardant toute l’empreinte et la forme de la tête et du visage de Jésus est resté ! Sur cet indice, inexplicable, rationnellement, la Résurrection devient une évidence pour Jean. Le Corps mort, absent, est Vivant.
Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Quelles en sont les conséquences ? Les deux apôtres retournent perplexes vers leur refuge cadenassé. Quant à Marie-Madeleine, elle reste au tombeau en pleurs, mais ne sait pas ce qu’elle attend.
Silence, absence, incompréhension : voilà ce qu’est la Résurrection du Christ. Un non évènement absolu. Dieu agit dans le silence, dans l’absence, dans l’incompréhension. Il semblait absent dans le bruit du prince de ce monde qui pouvait se croire enfin victorieux devant la Mort de la Vie.
Mais non. Dieu agit dans l’inattendu, l’inaperçu, l’incompréhensible. Il patiente, sans cesser d’aller au-devant des hommes. Voilà ce qu’est la Fête de ce jour. Sur Elle repose toute notre Foi : « si le Christ n’est pas Ressuscité, notre Foi est vaine ». Mais, si, en chacun de nous, quelque chose s’émeut et veut croire l’incroyable, Dieu va au-devant de lui et le prend par la main pour qu’en lui meurent «les vieux ferments de la perversité et du vice », et que se lèvent « la droiture et la vérité » qui deviennent la marque de fabrique du Chrétien. Car cette petite flamme de la Foi en la Résurrection du Christ fait de nous « une pâte nouvelle, le pain de la Pâque » car « notre Agneau Pascal, c’est le Christ ».
Dès lors, plus rien n’est pareil : Ce « levain dans la pâte », silencieux, petit, faible, ne puise sa force que de Dieu et transforme le monde depuis deux mille ans. Qui reconnait Pierre reniant le Christ dans la lecture du Livre des Actes que nous venons d’entendre ? Celui qui, de sa faible humanité ne pouvait rien, est devenu aujourd’hui un témoin sans crainte ! Il ira même jusqu’au martyre sans faiblir, porté par la Vie plus forte que tout, l’Amour plus fort que la haine, et le Pardon plus fort que le péché.
Dans notre pays qui semble vomir Dieu par tous les pores de sa peau, nous sommes appelés nous aussi à devenir des témoins heureux de l’Espérance. Que le Nom de Jésus nous garde dans Son Amour, nourris de Son Corps pour être, à notre tour, Son Eglise, qui porte le monde. Que Marie, alors que nous pleurons l’incendie de sa cathédrale Notre Dame de Paris, nous soutienne dans cette Espérance ! Ainsi soit-il !

F. J-M