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En ce début du Temps Ordinaire de l’Année Liturgique, nous commençons bien logiquement par les débuts du Ministère de Jésus. Et, puisque nous avons à cœur, en cette Nouvelle Année, d’échanger des vœux, de prendre des résolutions pour nous-mêmes, afin de «commencer» différemment, il est bon d’approfondir comment Jésus «commence» Lui-même afin de nous en inspirer et de Le suivre.
Dimanche dernier, St Jean nous parlait du début de la vie publique de Jésus : « tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en Lui. »
Aujourd’hui, St Luc, avec une précision d’historien, veut transmettre à « son cher Théophile » un « récit des évènements …transmis par ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole ». Après cette introduction, légitimant la fiabilité de ses sources, il poursuit : « en ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. »
Nous sommes donc en Galilée, carrefour des nations, « là où Il avait grandi ». Inutile, donc, pour nous, de chercher ailleurs que là où nous sommes, au cœur même des contradictions opposées à notre Foi en Jésus. C’est là, ici et maintenant, dans ce monde tel qu’il est, que Jésus nous attend et nous invite à Le suivre. D’ailleurs, au moment où Luc écrit, les conflits avec la Synagogue se multiplient. La rupture entre judaïsme et christianisme n’est pas consommée mais elle s’annonce.
St Luc veut donc transmettre, sans aucun doute possible, un élément absolument nouveau apporté par Jésus.
Cet élément est à rechercher en se rapportant à l’extrait du Livre de Néhémie entendu en première lecture. L’histoire racontée ici se situe au Vème siècle avant Jésus. On y entend le récit de la première cérémonie religieuse mettant en avant le Livre de la Loi. Sans doute les cinq premiers livres de la Bible hébraïque donnée par Moïse. Le rite alors inventé, avec l’ostentation du Livre afin que toute l’assistance puisse le voir et le vénérer, sa lecture et son explication, se prolonge encore aujourd’hui dans la Synagogue et dans nos Eglises Chrétiennes. L’insistance à souligner que « les Lévites traduisaient, donnaient du sens, et l’on pouvait comprendre », révèle bien que le texte est fait pour être proclamé, traduit et interprété.
Dans la synagogue de Nazareth, Jésus est assis. Probablement sur l’estrade, puisque « tous avaient les yeux fixés sur Lui. » Il trouve le passage du Prophète Isaïe qu’Il souhaite commenter. Les mots mêmes qu’Il fera transmettre à Jean Baptiste quand ce dernier, du fond de son cachot de Machéronte, Lui fera demander s’ « Il est Celui qui doit venir. »
C’est le passage de l’Ecriture qui révèle l’identité de Celui qui lit.
N’est-ce pas ce qu’Il commente Lui-même : « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ». Entendons : « aujourd’hui, ici, maintenant, parmi vous, la Parole, le Verbe est chair ».
Jésus est, d’abord, Celui qui a été consacré par l’Esprit du Seigneur. Au cœur de la Trinité, Il «« apporte la Bonne Nouvelle aux pauvres », « libère les captifs », rend la vue aux aveugles, libère les opprimés, « annonce une Année favorable accordée par le Seigneur ». Il est, dans l’Amour de l’Esprit qui Le lie à Son Père, l’Incarnation même de la Parole.
Voilà pourquoi « ses disciples crurent en Lui », pourquoi « Sa renommée se répandit dans toute la région »; ce en quoi ils vont croire, n’est pas une réalité abstraite. C’est un Homme. La vérité qu’Il révèle est risquée dans une histoire vivante qui rejoint son auditoire. Ainsi, la vérité n’est plus abstraite, froide, limitée à une Loi, aussi parfaite soit-elle. La Foi en la Vérité devient une affaire de conscience vécue, de réalité qui se réchauffe au cœur de celui qui la reçoit. Par ce transfert de la Parole, la seule possibilité devient la conversion du cœur car la Parole devient agissante.
Jésus, Lui seul, pouvait prétendre incarner tous les charismes. Notre péché nous limite. Mais la Parole ainsi entendue ne nous demande pas de garder les yeux fixés sur nos limites, nos péchés, mais, bien au contraire de chercher le charisme qui nous a été donné et le mettre au service de nos frères.
St Paul le dit admirablement : « vous êtes le corps du Christ et, chacun, pour votre part, vous êtes membres de ce corps. »Voilà notre commencement de chaque jour. Nous n’en aurons jamais fini. Chaque jour écouter la Parole, le cœur ouvert. Non pas comme une Loi à comprendre, à interpréter. Mais comme une Parole transformant, seule capable de changer mon cœur de pierre en cœur de chair. Et cela, il me faut le commencer chaque jour, en suivant Jésus, jusqu’au bout.

F. J-M