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Jean-Baptiste n’a pas vu la mort et la Résurrection de Jésus. Il n’a pas expérimenté cette « Bonne Nouvelle » de la victoire de la Vie, de l’Amour, vainqueur de la mort.
Et pourtant…
Oui pourtant, sa vie, du sein de sa mère jusqu’à sa geôle de Macheronte, n’est qu’une respiration d’Amour avec Jésus et pour Jésus. Il semble que cet homme n’existe que par sa relation à Jésus.
La rencontre de Marie et d’Elisabeth semble avoir définitivement scellé l’orientation de toute sa vie. Son tressaillement à l’approche de Marie a-t-il été synonyme d’expérience de bonheur pour ce petit-être en formation ?
Pourquoi pas ?
Quelle obscure force l’aurait poussé, sinon, à quitter la route toute tracée par son père, Zacharie, jusqu’au Temple ? Quelle obstination l’aurait conduit au Désert ? Quelle clairvoyance l’aurait amené à connaître le besoin de conversion dont chaque femme, chaque homme, ressentait confusément le désir ? Quelle grandeur d’âme pour clamer la vérité au monarque lui-même, sans crainte pour sa vie ?
Quand les prêtres, les gardiens de la Loi et du Temple, vont l’interroger, qui lui souffle ses réponses ?
En fait, il attend. Il attend sans cesse. Mais, il attend tout en se préparant. Il veut recevoir, il veut accueillir. Mais QUI attend-il?
Saint Ephrem le Syrien disait « l’Esprit-Saint est donné à celui qui est capable d’accueillir les mystères ». Peut-être est-ce là le secret de Saint Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes: sa capacité d’accueil de l’Esprit-Saint.
Voir Jean-Baptiste comme un être d’accueil ; voilà ce que les scribes et les pharisiens ne pouvaient accepter. Eux qui étaient convaincus de « posséder » la sagesse, la science, la Loi. Qu’auraient-ils pu attendre puisqu’ils se croyaient déjà en possession de tout ?
Jean-Baptiste, lui, se prépare en « préparant les chemins du Seigneur ». Il « marche devant, à la face du Seigneur ». Son expérience primordiale lui a enseigné que toute Vie jaillit de Lui. Il brule tout, autant qu’il se laisse pénétrer par cette lumière divine. Elle l’éclaire et il brille d’autant plus fort. Alors, loin d’être « un possédé », il est quelqu’un qui est « habité » : habité par l’Espérance ; habité par la Révélation. Il ne La verra pas. Mais il en vivra.
Homme plus qu’humain, son rayonnement attirera des foules, des disciples qui l’aimeront jusqu’au bout, qui recueilleront sa dépouille. Homme plus qu’humain, il connaitra le doute : « est-ce toi qui doit venir ? Ou devons-nous en attendre un autre ? »
Son humanité nous entraîne. Nous qui « sommes les plus petits du Royaume des Cieux », nous sommes frères de cet homme qui n’aspirait qu’à une chose : « qu’Il grandisse. Et que moi, je diminue ».
Son Amour de Jésus était tel que l’Esprit-Saint lui soufflât cette vérité première, donnant corps à l’expérience ineffable vécue dans le sein d’Elisabeth : il n’y a de Vie qu’en Dieu.
Jésus, origine et but de toute la vie de Jean-Baptiste, est allé vers lui pour se faire baptiser. Jésus s’est incliné aux pieds de cet homme qui aspirait vers Lui de tout son désir. Jésus vient, de même, aux pieds de toutes celles et de tous ceux qui, parfois sans le savoir, aspirent à la plénitude de Vie que Lui Seul est, de toute éternité.
Célébrer la Nativité de Jean-Baptiste, méditer sa vie, humainement si étrange, faite de ruptures mais centrée toujours sur Jésus, nous « conduit aux chemins de la Paix ». Quels que soient les angoisses ou les échecs de notre vie, rien ne peut nous ôter cette certitude que Jean- Baptiste a faite sienne pour qu’elle soit nôtre : la vie et la mort consistent à aimer Dieu-Amour.

F. J-M