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Il me semble que les textes de ce jour, particulièrement l’Evangile de St Jean, conviennent très bien pour méditer sur la Miséricorde de Dieu.
Nous voyons un Thomas encore plongé dans le désespoir devant la mort de ce Jésus qu’il avait suivi et auquel il avait cru. Il se trouve ramené à un quotidien sans espérance. A une blessure profonde avec laquelle il doit apprendre à vivre. Sa blessure est tellement profonde que le témoignage de ses compagnons et leur joie ne l’atteignent pas. Non, à la profondeur de son mal, il faut une thérapeutique plus efficace.
Qui fait l’expérience, horrible, insupportable, de perdre un être aimé, sait ce que signifie vivre sans espérance. Vivre blessé d’une profonde blessure. A ce mal si bouleversant, il peut sembler certes ne pas y avoir d’issue.
Alors, les jours, et surtout les nuits, s’écoulent dans la douleur : nous en avons tous fait l’expérience, un jour. Nous ne vivons plus vraiment. Nous tenons debout à la mesure d’une sorte de mécanique superficielle qui permet de « tenir ».
Suivre Thomas : Ce pourrait être le premier pas de la guérison.
Mettre notre main dans la plaie du Christ, dans Ses blessures. Rechercher le Christ, le Crucifié. Celui qui a souffert. Du fond de notre détresse, de nos doutes, chercher Son côté ouvert, Ses mains percées.
Rechercher le Christ Ressuscité, c’est, dans nos vies quotidiennes, faire l’expérience de St Thomas : c’est mettre nos mains dans les plaies du Christ. De fait, l’Esprit Saint suscite en nous cette orientation vers Jésus. Il nous détourne de notre moi blessé pour nous tourner vers Celui qui a été blessé pour nous.
Dès lors, nous ne sommes plus seuls ; nous sommes, dans l’Esprit avec Jésus. La Foi en Jésus, comme le dit si fort l’exclamation de Thomas, nous tourne vers Dieu. Nos mains, dans les plaies du Christ, touchent l’Amour.
Quelle détresse, quelle solitude, quelle douleur, quel doute, résisteraient alors ?
Du fond de la nuit la plus obscure, se lève une Espérance. Jésus s’est vidé de Son Sang pour nous, et nous, nous ne vivrions pas ? Tant d’Amour ne nous bouleverserait pas ? Regarder la Vie qui s’écoule du corps blessé du Christ fait prendre conscience que c’est Dieu Lui-même qui Se répand, qui rayonne Son Amour.
C’est la nature même de l’Amour que de grandir en Se donnant. « C’est le Mystère de Dieu, de la Trinité, et le Mystère de la Divine Miséricorde » comme le dit Dom Lepori, l’Abbé Général de l’Ordre de Cîteaux.
Vivre du Christ Ressuscité, c’est faire l’expérience de la Miséricorde de Dieu.
Depuis Pâques, le Christ Ressuscité nous dit ce qu’est notre Vie. Pour chacune et chacun de nous, « vivre c’est le Christ ». Notre désir n’est pas moindre que celui de St Paul.
Mais quelle distance entre cette Vie véritable et notre vie de tous les jours, notre vie fraternelle !
Il est des moments de grâces, il est des moments où « une grâce abondante » repose sur nous, comme elle reposait sur les croyants au début de l’Eglise.
Le souffle de la Divine Miséricorde, répandu par le Christ Ressuscité fait de nous des frères liés par le même Amour. « A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Vivre de la Divine Miséricorde, vivre du Christ, c’est faire l’expérience de se savoir pécheurs pardonnés. C’est faire aussi l’expérience difficile de pardonner.
Et l’impardonnable ? Il est, de fait, des blessures d’amour qui sont mortelles. Il est des blessures d’amour qui, humainement, ne peuvent pas être pardonnées. A ce moment-là, nous le sentons bien, la vie ne circule plus en nous. Il faut faire l’expérience de vivre avec le côté ouvert et les mains percées, et savoir que si nous tenons encore debout, c’est parce que Dieu ne nous lâche pas. Sentir Sa Présence en nous, plus vive que nos blessures, restaure le désir de trouver la sœur, le frère, qui nous a blessés, sur le chemin de la réconciliation.
Le monde ne survit que par cette victoire du pardon. « Or la victoire remportée sur le monde c’est notre Foi. » Nous sommes « vainqueurs du monde » parce que notre Foi atteste « que Jésus est le Fils de Dieu ».
Aimer Jésus, garder les commandements de Dieu, comprendre tout ce que nous devons à la Miséricorde de Dieu qui met loin de nous nos péchés. Son Amour ne se lasse jamais. Sa Divine Miséricorde porte le monde parce qu’elle porte et relève chacune et chacun de nous chaque fois qu’il tombe.

F. J-M