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Si nos grands quotidiens modernes avaient existé au temps de Jésus, ils auraient sans doute titré à la une des journaux : « Jésus, jeune prophète, chasse à coups de fouet les marchands du Temple de Jérusalem et parle de destruction du sanctuaire ! »
Qu’en est-il en fait ? Que nous dit St Jean, ce matin ? Je voudrais relever quelques points seulement de la page d’évangile retenue pour ce 3ème dimanche de Carême :
-Tout d’abord, en agissant ainsi, Jésus entre dans un courant spirituel qui n’est pas nouveau.
-De plus, Jésus aime le Temple et établit un lien très fort entre le Temple et son Père.
-Enfin, Il annonce un Temple nouveau.
+Oui, Jésus entre dans un courant spirituel qu’il fait sien. Pour lui, comme pour tous les Juifs fidèles à la Loi, le Temple de Jérusalem est bien un signe de la Présence de Dieu parmi les hommes. Les psaumes traduisent souvent d’ailleurs la joie des fidèles qui s’y rendent :
« Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur ! »
Ou encore : « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l’univers ! Heureux les habitants de ta maison ! »
Jésus n’est pas sans connaître pour autant toute l’ambigüité du « signe » qu’est le Temple. Ambiguïtés que les prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, ont dénoncées dans les siècles antérieurs. Attention au ritualisme, aux gestes vidés de leur sens ! Ce qui plait à Dieu, c’est un culte authentique, un culte qui voit son prolongement dans la vie de tous les jours, dans l’observance amoureuse de la Loi de Dieu, comme le rappelait la 1ère lecture avec le décalogue.
+On aurait pu penser que Jésus dénigrait le Temple, mais c’est le contraire qui est vrai : pour Lui, le Temple est la maison de Dieu, une maison de prière, plus encore, Jésus reconnaît le Temple comme étant la maison de Son Père. Si sa réaction est brutale, voire violente, c’est bien parce que les marchands et les changeurs font de la Maison de Dieu un lieu de trafic ! « L’amour de la maison de Dieu fait son tourment », Jésus est en effet tourmenté par l’attitude des marchands et cela le dévore littéralement. »
+En réponse à la demande de signe des juifs, Jésus invite alors tous ceux qu’il violente, à comprendre son attitude ! C’est vrai qu’Il annonce la ruine du Temple mais, en même temps, il annonce son relèvement : « Détruisez ce Temple et en 3 jours je le relèverai ! »
L’évangéliste saint Jean aime choquer… et ouvrir ses auditeurs sur une compréhension nouvelle, plus profonde. De quoi s’agit-il ? Avec raison, peut-on dire, les Juifs répliquent à Jésus : « Il a fallu quarante six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » « Mais lui parlait du sanctuaire de son corps ».
Saint Jean précise encore : « Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela. » C’est là, la grande nouveauté apportée par Jésus ! Depuis l’Incarnation, depuis que Dieu est venu résider parmi nous en Jésus, le corps de Jésus est la présence de Dieu. Et le Temple de Son corps sera détruit et rebâti, relevé, ressuscité ! Son nouvel état transfiguré le rendra présent en tous lieux, à travers les siècles… notamment dans nos célébrations eucharistiques.
Mais sa Présence est bien plus forte et plus large que cette Présence-là ! De fait, nous savons et nous croyons que, nous aussi, nous sommes appelés à devenir des réceptacles, mieux des Temples spirituels, pour accueillir le Christ Lui-même ! Et l’Eglise est bien le Nouveau Temple de Dieu, édifié sur le Christ, fondement, tête et pierre angulaire. Mais nous sommes nous aussi Présence de Dieu dans ce monde. Bien plus, chaque chrétien, chacun d’entre nous, sommes temples de Dieu en tant que membres du Corps du Christ. Notre corps est temple de l’Esprit-Saint, lieu de la demeure de Dieu !
Est-ce à dire que nous n’avons plus besoin de lieux, d’églises, de chapelles, de maisons de prières ? Nous le savons bien, nous avons toujours besoin de ces signes, de ces lieux qui :
-D’une part, facilitent nos rassemblements et notre rencontre personnelle et communautaire du Seigneur
-Et d’autre part, ces lieux tirent leur sens des pierres vivantes que nous sommes et donc du Temple que nous formons tous ensemble en Christ ! Il est bon alors de nous interroger sur ce Temple que nous sommes et que nous formons tous ensemble. De fait, si nos cœurs ne sont pas demeures de Dieu, et donc si le Seigneur n’est pas au plus intime de notre cœur, une seule exigence est requise de nous : que nous agissions à la manière de Jésus dans le Temple, en éliminant de nos vies, de nos cœurs, tout ce qui nous rend esclaves et nous coupe de Dieu notre Père. Nos cœurs sont le plus souvent remplis de nos soucis, de nos difficultés et de nos combats intimes. Toutes ces réalités composent notre chaos intérieur, le même que Saint Jean nous décrit, et donc nous détournent ainsi de Dieu. Par contre si nous les déposons dans Son cœur, en revenant dans notre intérieur, ils reprennent une place plus juste et nous pouvons les aborder avec discernement, avec le recul et le réalisme qu’il faut pour les discerner tels qu’ils sont. Car c’est bien cela qui nous empêche de répondre au véritable et seul Amour avec un grand A ! Et en entrant dans un cœur à cœur avec Dieu, la Joie et la Paix peuvent nous habiter grâce à cette Présence de l’Esprit d’Amour du Père et du Fils : oui, alors seulement, nous pouvons prétendre, nous aussi, être « les demeures de Dieu, le Temple de Dieu », à la manière de Jésus ! Qu’il en soit ainsi pour chacune et chacun de nous !

F. J-M