Etre une veuve, au temps de Jésus, comme aujourd’hui encore dans de nombreux pays, c’est, ne plus avoir de véritable existence et être en marge de la société.
Alors, que venait-elle donc chercher, cette pauvre veuve, au Temple ? Quelle force la poussait vers ce lieu ?
Cette femme « monte» au Temple. Et, là, donne « le peu qu’elle avait pour vivre », dit Jésus. C’est-à-dire le peu qu’elle avait pour subsister matériellement. Tout ce qui lui restait pour ne pas mourir de faim, de froid, de dénuement.
Il faut croire que ces souffrances-là étaient de bien peu d’importance comparées à sa souffrance de ne plus être quelqu’un ! Elle se tourne vers Celui dont elle sait qu’ « elle a du prix à Ses yeux ». Elle a dû entendre cette phrase à la Synagogue où, étant femme, elle ne prenait pas la parole, mais elle écoutait la Parole qui avait pris place au plus profond de son cœur !
En ce sens, elle avait eu plus de chance que la veuve de Sarepta, qui, elle, vivait en pays païen. Cette dernière, d’ailleurs, en s’adressant à Elie, jure, « par le Seigneur ton Dieu ». Elle sait qu’elle n’a aucun secours à attendre et que la mort est son proche avenir. Pour elle, passe encore. Mais pas pour son fils, la chair de sa chair ! Car de fait, la veuve de Sarepta n’a plus rien. Rien du tout.
Et pourtant, c’est à elle que « le Seigneur, Dieu d’Israël », envoie Elie !
Et cette femme « fait ce qu’Elie lui demande ». Elle obéit. Elle ne se révolte pas devant la promesse incroyable qu’elle eut pu prendre pour une insulte à son dénuement. Non, elle se fait docile à la parole du prophète Elie.
Et le Seigneur Dieu agit et donne la vie !Je crois que c’est la Vie aussi que vient chercher la pauvre veuve du Temple.
En effet, nous avons tendance à ne pas vraiment croire qu’elle a tout donné. Nous avons, quelque part dans la tête, qu’il doit bien lui rester un peu de ce qu’il faut pour ne pas mourir. Nous nous trompons. Jésus est très clair : « Elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Jésus est plein d’admiration parce que cette femme, cette pauvre veuve, a compris, mieux que « les scribes qui font de longues prières » pour sauver les apparences, oui, cette pauvre veuve a compris ce qu’est la Vie. Elle ne s’est pas trompée d’objectif. Réduite à rien par le monde, elle va vers Celui qui est Tout pour elle. Elle veut vivre et elle sait que la Vie n’est qu’en Dieu.
Alors, sûre d’être accueillie dans son dénuement, sûre de recevoir plus qu’elle ne saurait donner, elle donne tout. Elle peut faire ce geste car elle sait que Son Dieu ne l’abandonnera pas. Il ne s’agit pas là d’un calcul ! Nous voyons là une démarche d’amour, mieux nous voyons là une relation d’Amour ! Car l’Amour n’existe que dans la réciprocité. L’Amour est relation ou Il n’est pas. Mieux que tous les scribes, la pauvre veuve s’enfonce avec confiance, au prix de sa vie terrestre, dans une relation d’Amour Absolu.
Chrétiens, Moines ou Laïcs, Baptisés dans la Mort et la Résurrection de Jésus, c’est bien à cette confiance-là que nous sommes appelés, pour être, en vérité, des vivants.
Rien d’autre ne compte que d’Aimer Dieu du même Amour que cette femme. C’est bien ce que dit la lettre aux Hébreux à chacun de nous. Le Christ, « une fois pour toutes, s’est manifesté pour détruire le péché par Son sacrifice », et « comme le sort des hommes est de mourir une seule fois », Il « apparaîtra une seconde fois pour le salut de ceux qui l’attendent ». Peu importe donc la mort du corps : le salut est au prix de la manière dont nous attendons le retour de Celui qui nous sauve. N’ayons pas peur, ne craignons rien ni personne : Seul l’Amour nous apporte tout et nous donne la vraie Vie. Gardons toujours les yeux fixés sur le Seigneur Jésus, même et surtout, quand nous n’avons rien à Lui offrir si ce n’est notre solitude, notre misère, notre souffrance. Notre « Rien » dirait la Petite Thérèse.

F. J-M