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Nous venons d’entendre une histoire qu’il nous est facile de nous représenter. Des mendiants, nous en voyons en tout temps et en tous pays. Nous en connaissons certains, à l’entrée de nos églises ou mieux encore à l’entrée de sanctuaires de pèlerinage ou de maisons religieuses, surtout dans les grandes villes. Leur présence nous met souvent mal à l’aise. Que faire ? Faut-il donner quelque chose ? Pouvons-nous passer à côté sans nous laisser toucher, sans croiser leur regard ? Pour nous rassurer, nous leur imputerions facilement de mauvaises intentions : sont-ils fiables ? Leur situation est-elle selon leur dire et leur paraitre ?
Il en va de même pour notre mendiant aveugle de l’évangile : son entourage était tenté de le regarder avec un certain mépris comme quelqu’un qui vivait au crochet de la société. En fait le passage de Jésus va révéler sa véritable identité. Bien plus, son histoire personnelle présentée par Marc nous est offerte comme un modèle. Son comportement, sa démarche sont appelés à devenir ceux de tout disciple de Jésus.
Jésus est en marche vers Jérusalem : c’est là qu’aura lieu sa Passion-Résurrection, comme Il l’a annoncé par trois fois. Jéricho est la dernière étape. Au sortir de cette ville, se produit la rencontre de Jésus avec un mendiant. Saint Marc relate avec précision l’évènement riche en symboles. Il nous donne même le nom de cet homme : « Bartimée, le fils de Timée ». C’est un aveugle qui n’avait d’autre ressource, surtout en cette époque, que celle de la mendicité. Il « était assis au bord de la route », en situation d’exclusion.
Il entendait les pas innombrables de la foule qui marchait. Il écoutait les exclamations, les appels, le brouhaha. Mais lui restait au bord du chemin, immobile en sa nuit, la main tendue vers quelque aumône. Quand il comprit que la foule accompagnait ce Jésus qui guérissait, qui aimait les malades, les pauvres et même les pécheurs, « il se mit à crier » ! On veut le faire taire, mais il crie de plus belle. Il n’avait que sa voix, une voix stridente et déchirante, qui vibrait de toute la détresse de sa vie : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Depuis lors, ce cri est devenu le cri-prière de tous ceux qui se tournent vers Jésus, tant en Orient qu’en Occident : « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. »
evant une telle confiance, Jésus s’arrête : il ne peut résister davantage. Il le fait appeler. Jésus annonce par là sa manière de faire dans l’Eglise : il passe par les intermédiaires, des hommes et des femmes chargés d’aller porter la Bonne Nouvelle. Quittant alors brusquement sa posture de mort, l’aveugle « jette son manteau », son seul bien au monde, et le voilà qui « bondit et court vers Jésus ». Tout se passe comme si Bartimée n’était plus aveugle. Il quitte son manteau, c’est-à-dire tout ce qu’il avait, pour se mettre à la suite de Jésus. Lui qui est encore dans la nuit, il fonce dans la ténèbre, sûr de l’appel de Jésus. Il est déjà exaucé. Aussi Jésus lui déclare : «va, ta foi t’a sauvé ». Et, à l’instant même, non seulement il est guéri, mais il est « sauvé ». « L’homme se mit à voir, conclut Marc, et il suivait Jésus sur la route ». Lui qui était assis à côté du chemin, le voilà qui suit Jésus, le Seul Chemin. Bartimée devient ainsi modèle du vrai disciple, modèle du baptisé illuminé par la rencontre de Jésus, appelé comme Lui à marcher sur la route de Jérusalem, la route qui passe par la Croix.L’histoire de l’aveugle-né s’achève ainsi. On ne sait rien de plus de lui. Son rôle est terminé. Son histoire se confond désormais avec celle de tout homme et de toute femme qui prennent les moyens de marcher à la suite de Jésus. Nous aussi, ici rassemblés, nous sommes souvent aveugles, enfermés en nous-mêmes. Il nous faut jeter le manteau, nous délester de nos protections, nous risquer dans le noir vers Jésus pour être soudain illuminés de sa lumière. Qu’il en soit ainsi pour chacune et chacun d’entre nous !

F. J-M