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Dieu a voulu créer l’homme à son Image et Ressemblance. Il ne pouvait faire que cela car la Création est un acte d’Amour. La Création n’est pas un acte de puissance. Il a voulu créer l’homme et la femme à son Image et Ressemblance.
Ainsi, ma vie m’est donnée : elle ne m’appartient pas. Ou plutôt, elle m’appartient pour autant que je ne la possède pas dans un acte d’égoïsme, mais que je la partage, que je la donne. En fait, je vis d’un Souffle de vie que Dieu donne dans la Création. En créant l’homme, Dieu l’invite dans Sa Nature Trinitaire. Il le crée semblable à lui, Unique mais pas solitaire, Un mais trine. Etre de relation et, de fait, il lui appartient à son tour de faire circuler ce Souffle de Vie.
Seigneur, Ton Image est gravée au plus profond de mon être. Toi, l’Unique, Tu n’es pas Seul, Tu es Un, uni à Ton Fils dans une respiration d’Amour, qui est l’Esprit.
Oui, comme Toi, j’aspire à cet Esprit d’Amour. Oui, Seigneur, mon cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi, l’Amour. Tant qu’il n’est dans l’Amour, mon cœur est inquiet. Il est triste.
Quelle plus belle image de cette aspiration que celle de l’Homme inquiet qui cherche l’être qui le comblera et le trouve dans la Femme ? Oui, il n’est pas de plus belle, de plus juste image que celle de l’Amour homme/femme pour illustrer ce besoin ontologique de complétude sans laquelle la vie serait insipide. Le rédacteur de la Genèse ne s’y est pas trompé : que ce soit dans la première version ou dans la seconde, que la femme soit issue de son côté ou pas, elle est bien ce qui manque à l’homme pour que tous deux deviennent, lui par elle et elle par lui, dans le lien qui les unit, à l’image de Dieu. Non, Dieu n’est pas solitaire, et donc l’homme non plus.
Désormais, il faut apprendre à alimenter ce Souffle de Vie reçu. Le péché originel c’est l’égoïsme qui pousse à ne pas vivre dans la relation au Tout Autre et à l’autre, mon frère, ma sœur, mais à vivre pour soi, et ainsi à vouloir se faire l’égal d’un dieu de puissance.
L’Amour se reçoit. Avant toute chose, Il est un cadeau mystérieux. Aussitôt qu’il entre dans le cœur, Il le dilate. Dans le cœur de l’homme, ainsi que le disait la petite Thérèse, Il trouve « le bien et le mal ». Car qui fait l’expérience de l’Amour fait en même temps l’expérience de sa fragilité. L’Amour est bien en nous comme « un petit enfant contre sa mère ». Reconnaître cette fragilité de notre cœur est le premier pas pour prendre soin de l’Amour. C’est garder une attitude chaste. Garder les mains ouvertes et ne pas les refermer dans une possession qui Le tuerait. « Ne pas séparer ce que Dieu a uni » débute là, dans cette pauvreté du cœur.
Les Apôtres, un peu comme les Pharisiens, sentent bien qu’il y a, dans la réponse de Jésus, « un quelque chose » qui va les déranger, qui va exiger d’eux, bien plus qu’ils ne sont prêts à donner. Ils reviennent à la charge. Dans un autre Evangile, ils iront jusqu’à dire à Jésus : « s’il en est ainsi, il n’y a pas intérêt à se marier ». Saint Marc ne le souligne pas, mais ne gomme rien de la réponse de Jésus, sans ambiguïté sur l’adultère.
St Marc donne aussitôt une très belle image afin de mettre en lumière la seule attitude possible face à l’exigence de l’Amour : celle de l’enfant, ouvert, confiant.
Dieu ne cherche pas à nous piéger ni à nous enfermer. Il veut que nous soyons heureux ; le Royaume annoncé est celui de l’Amour puisque c’est celui de Dieu. L’enfant que nous avons été nous guide vers le Royaume quand l’Amour s’allume en son cœur, avec le souvenir inconscient de ses expériences, heureuses et moins heureuses, de l’Amour. Ainsi, ce n’est pas un tour de force que Jésus attend, mais une petitesse, une pauvreté. Lui-même nous montre le chemin.
La Lettre aux Hébreux le dit de manière claire: « c’est par grâce de Dieu, au profit de tous » que Jésus « a fait l’expérience de la mort ». « Sa Passion et Sa mort » Le « couronnent de gloire et d’honneur». Comme Lui, à Sa suite, nous sommes appelés à donner notre vie, reçue, vécue en vérité, quand elle se partage. La donner sans limites pour faire partie « de la multitude de fils conduits jusqu’à la gloire ».
L’aide apportée par la Femme à l’Homme c’est d’ETRE l’Amour avec lui. Pour chacun de nous, à l’identique, devenir l’Amour reçu, demande toute une vie, se nourrit de la Grâce de chaque jour. Ne sommes-nous pas, ici-bas, comme aimaient le dire et le redire sans cesse, nos Pères de Cîteaux, « à l’école de l’Amour » et cela, toute notre vie? Qu’il en soit ainsi pour chacune et chacun de nous !

F. J-M