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Dans l’Évangile de ce jour, nous voyons encore une fois, combien il est difficile pour Jésus, de faire entendre ce qu’Il est, et aussi quelle est Sa nature véritable ! En effet, aux yeux des juifs, il est un homme ordinaire, bien connu de ceux qui l’ont côtoyé à Nazareth : « n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? ». Et ainsi, dans leur raisonnement, ils sont frappés par l’incompréhension : « Alors comment peut-Il dire qu’Il est descendu du Ciel ? ».
Dialogue de sourds entre Lui, qui veut parler de la vraie Vie, et son entourage coincé dans les limitations humaines ! En effet, ces limitations donnent à ces derniers la certitude de tout connaître de la vie, s’appuyant sur leur intelligence, leurs sens. Alors qu’au contraire, ces facultés les limitent à ce que la vie semble être et ainsi ils ne peuvent entrer dans la Foi.
Difficulté parfois insurmontable, à échelle humaine.
Jésus n’argumente pas, il ne cherche pas à les convaincre. Simplement, Il demande à ses détracteurs de « ne pas récriminer » entre eux. Puis, Il énonce la vérité de la Foi : le Père attire ceux qui croient en Lui. Don gratuit de Dieu, la Foi est Vie.
Mais, Jésus ne parle pas de la même vie que les Juifs. Non pas qu’elle soit à mépriser, puisque Dieu Lui-même en a pris soin, au Désert, nourrissant le peuple de la manne. Mais cette vie-là est bornée, est finitude. En fait, pour Se faire comprendre, Jésus utilise l’image du pain, nourriture corporelle sans laquelle aucun vivant ne peut survivre, mais c’est d’une autre réalité qu’Il instruit : de Son Mystère, de l’Amour qui L’unit à Son Père.
Réalité d’une Vie qui ne se touche que par la Foi et ne s’expérimente que par l’Amour. La vraie Vie est la Vie Eternelle, promise à ceux qui se laissent instruire par le Père.
Se laisser instruire par le Père, c’est ne pas entrer dans des récriminations, dans des discussions. C’est se laisser « toucher » comme Elie au désert. Car, par l’ange, c’est Dieu lui-même qui le touche. Sa sollicitude le relève et le fortifie ; le pain seul, et l’eau, ne peuvent guérir son désespoir.
Sa confiance en l’Amour de Dieu est le pain qui lui permet de marcher « quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb ».
Elie surmonte la difficulté que ne peuvent surmonter les Juifs et sa Foi révèle qu’entre l’infini de l’Amour de Dieu et les limites humaines, il ne peut y avoir que le pont de la Miséricorde de Dieu.
Jésus veut conduire vers la Vie : « amen, amen, Je vous le dis, il a la vie éternelle, celui qui croit. »
Croire en Lui, ne pas en rester à la surface des choses, ne pas en rester aux apparences de la vie, mais désirer connaître la réalité de la vie, la Vie de la vie. Le courant sous terrain qui irrigue la vie ne se découvre pas par l’intelligence mais par l’abandon qui nait de la confiance en Jésus. Même sans comprendre, même si le « bon sens » dit que c’est absurde, … croire encore et toujours !
Cette Foi, cette disposition de l’âme, c’est « le sceau du Saint- Esprit de Dieu qui nous a marqués en vue de notre délivrance ».
Délivrance de toute « amertume, irritation, colère, éclat de voix, toute espèce de méchanceté ». Ouverture à « la générosité et à la tendresse ». Porte d’entrée vers l’Amour du Christ pour vivre à notre tour dans l’Amour ! Voilà la réalité de la Vie : l’Amour, sans lequel la vie n’est jamais qu’une apparence de vie.
L’Amour se joue de toute démonstration, de toute argumentation. Inutile de récriminer, avec l’Amour : cela ne sert à rien !
C’est seulement quand nous aimons que nous sommes réellement vivants.Grandir dans l’Amour pour « aimer comme le Christ », suffisamment dépouillés de nous-mêmes pour que, pauvres, et réduits à néant, ne plus être que le canal par lequel le Christ peut se communiquer, oui, c’est alors vivre de plus en plus. Enfin, vivre heureux, c’est s’ « offrir en sacrifice à Dieu », renoncer à soi-même pour laisser le Christ prendre toute la place, en nous.

F. J-M