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Il y a ici un enfant qui a cinq pains et deux poissons’
La maman de cet enfant, inquiète de la voir partir tout seul et la quitter pour la journée, à la suite de ce Jésus dont on parle tant, ne veut pas que son enfant ait faim et lui fait un bon sandwich avec du poisson, pour qu’il puisse passer la journée à écouter cet homme qui l’intrigue ; elle, elle veut son enfant en bonne santé
Et il est là auprès de Jésus, l’écoutant comme il peut et comme il est- un peu comme Pierre, quand jésus est monté dans sa barque et qu’il lave et répare ses filets en écoutant la parole de Dieu
Et, cette fois-ci, c’est Jésus, par l’intermédiaire de ses disciples qui demande à l’enfant, non pas d’avancer en eau profonde et de lâcher ses filets, mais de lui donner ce qu’il a pour vivre aujourd’hui
Signalons la simplicité de l’enfant : « tu me demandes, je te donne »
Ici, les apôtres font figures d’intermédiaire :ils demandent à l’enfant, donnent à Jésus qui multiplie, puis se mettent à distribuer ce qu’ils n’ont pas donné, ce qu’ils n’ont pas multiplié, mais tout le monde peut alors manger à sa faim et eux-aussi !
Détail supplémentaire, Jésus ne fait pas ce miracle d’importe où : un bon endroit, confortable, un endroit herbeux, sur l’herbe verte dira Marc ; un endroit d’herbe verte dans le désert : on s’y précipite pour s’y asseoir, goûter un peu de fraicheur, prendre le temps de vivre
Et, en plus de l’herbe verte, du confort de l’endroit, on ne vous donne pas que du pain sec : il y a du poisson : c’est plus goûteux ; et on peut manger à satiété et gratuitement, détail pécuniaire qui a son importance… c’est donné !
Ici les disciples sont à la fois au service de ce don (le pain et le poisson qu’ils n’avaient pas), ils en profitent pour eux-mêmes, peuvent témoigner du miracle en faisant eux-mêmes la même chose avec la corbeille qui reste pour chacun, un peu plus loin, avec d’autres : donner aux autres ce que Jésus a multiplié, qui ne vient pas d’eux mais qui les fait vivre et d’autres avec eux…
Notons aussi l’époque : la Pâque est proche. Jésus est seul avec ses disciples en face d’une grande foule affamée de parole, de pain, de vie et qu’il faut nourrir pour qu’elle ne meure pas
Jésus tout seul qui va donner sa vie, une fois pour toutes pour que la multitude des hommes qui l’entourent et dont nous sommes ne meurt pas
Le parallèle entre Jésus et l’enfant est évident, malgré la disproportion : tous les deux donnent : l’un sa vie, l’autre ce qui lui permet de vivre
Le parallèle entre les disciples et l’Eglise d’aujourd’hui chargée de donner le pain de vie est une invitation à continuer ce geste de génération en génération : donner, partage, comme le petit garçon, la corbeille de ce pain qui l’a fait vivre
Interrogeons-nous aussi sur la qualité du terrain, cette herbe verte, interrogeons-nous sur la qualité de notre accueil vis-à-vis de toutes ces foules désemparées qui viennent à nous, qui sont comme des brebis sans pasteur, à la recherche de pâturage…
Dans ‘Amoris Laetitia’, le Pape François nous invite à travailler à la qualité de notre accueil
Se sentant accueilli, respecté dans ce qu’il est, chacun peut partager la Parole, reconnaître, nommer cette attention de Dieu pour lui.
Découvrir celui qui est au plus profond de lui-même sans pouvoir toujours le nommer : source intarissable en lui-même de l’amitié de Jésus pour lui, pour nous tous : chacun d’entre nous est le disciple bien aimé ! Source et pain qui remettent sur la route…
En ce temps de vacances, temps libres de déplacement, de rencontre, de séjour, vivons de cet Esprit du Christ : nous donner les uns aux autres, ce que nous avons, le partager comme ces repas tirés du panier où il en reste toujours plus que nous avions amené
Ayons le soin de l’accueil, soin qui facilite la rencontre, la partage, l’amitié…
Le texte de Jean que nous venons de lire au chapitre 6 se termine par cette parole de Pierre à Jésus, quand tout le monde les a quittés : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! »
Que nos paroles, nos actions soient orientées à la découverte, à l’annonce de ce Dieu qui n’a de cesse de se donner à nous, à chacun d’entre nous
Amen

P. Pierre Olry, s.j. / Toulouse