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Quelques heures avant d’être cloué sur la croix, Jésus donnait Lui-même à Pilate sa raison d’être « Je suis né, je suis venu dans le monde, pour ceci : rendre témoignage à la vérité ». Voilà Sa mission.
Quelques instants avant de mourir, Jésus remet sa mère au disciple qu’Il aimait, en lui disant : « Femme, voici ton fils » ; « Puis Il dit au disciple : ‘Voici ta mère’ ».
Après cela, nous dit St Jean, « sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Ecriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : ‘ J’ai soif.’ »
Ces paroles, prononcées par Jésus dans les tout derniers instants de sa vie sont d’une importance capitale : elles parachèvent la mission de Jésus qui, sans elles, n’aurait pas été totale.
La vérité nécessitait donc que Jésus nous confiât à Sa mère, qu’Il nous appelle ses frères et nous rassemble dans l’amour infini de Marie en laquelle, ce soir, nous voyons l’Eglise.
Si notre Foi en Jésus nous dit qu’en Lui Dieu est venu racheter tout homme, Dieu nous montre aussi en Lui de quel amour nous sommes aimés et à quelle vie nous sommes appelés : les paroles entendues ce soir nous disent que nous ne sommes pas seuls dans ce projet divin. Non pas, parce que tout homme s’inscrit comme nous dans ce projet divin, mais parce que nous nous y inscrivons ensemble. C’est à dire que cette trajectoire de notre vie en Dieu, nous ne la vivons pas seuls, comme des êtres isolés les uns des autres qui marcheraient vers le même but. Pour parcourir notre chemin de vie jusqu’au bout, nous ne pouvons le faire qu’avec les autres, nos frères et nos soeurs.
Certes, chacun porte en lui la trace indélébile de l’image de Dieu, reçue de toute éternité. Chacun aussi est appelé à avoir une relation toute personnelle avec Dieu. Mais à l’heure de Sa mort, Jésus nous appelle à une compréhension infiniment plus vaste.
Ces paroles, qui font de nous des frères et des sœurs, ne pouvaient être prononcées que sur la Croix, par l’homme de douleur qui n’avait plus apparence humaine, et que l’évangéliste Matthieu nous a montré désespéré. Dans cet état d’abaissement total, il n’est aucune douleur humaine qui ne soit portée par Lui. Aucune, ce qui veut bien dire que tout ce que nous pouvons connaître de désespoir, de souffrance, de deuil, d’anéantissement, Jésus l’a connu. Quand on sait le poids de la souffrance humaine, quand on pense aux monstruosités que les hommes, se livrant au pouvoir de Satan, sont capables de s’infliger en matière de guerres, d’holocaustes, de génocides, d’assassinats, d’asservissements, nous n’aurions pas pu recevoir Jésus comme frère s’Il n’avait pas rejoint l’humanité toute entière : chaque femme, chaque homme, chaque enfant souffrant, à ce niveau là de souffrance extrême. Nous ne pouvons aimer qu’un Dieu qui prend notre nature, qui devient notre frère et qui peut mourir. Autrement, nous ne pourrions pas aimer Dieu, ce serait trop difficile, trop injuste : il deviendrait vite un dieu lointain, qui écrase et qui terrorise parce qu’alors il nous laisserait seuls aux prises avec le mal.
Les dernières paroles de Jésus nous font aussi entrer dans cette certitude que pour L’aimer, nous avons besoin d’être rassemblés en frères, car même dans la Foi, il y a des épreuves que nous ne pouvons pas porter, des prières que nous ne pouvons plus dire, une confiance que nous ne pouvons plus avoir. Il faut alors que d’autres croient pour nous, que d’autres prient pour nous, que d’autres espèrent à notre place parce que la nuit est totale.
C’est cela l’Eglise.
C’est elle que Dieu nous donne à l’instant de mourir. Personne mieux que Marie ne peut recevoir l’humanité à ce niveau de l’infini de Dieu. Elle a dit « oui » une fois pour toutes, elle a aimé jusqu’au bout, le péché n’a aucune prise sur elle. Elle seule pouvait abriter l’humanité dans ce corps du Christ. Elle continue de le faire, à présent que Jésus est mort.Oui, face à Jésus qui meurt sur la croix, nous pouvons nous confier à Marie, Sa mère. Nous découvrons ainsi tout l’Amour et toute la Vérité de Dieu. Nous pouvons, alors seulement, nous laisser transformer peu à peu par cette révélation. Voilà sans aucun doute ce qu’il nous faut comprendre dans la « soif » ardente de Jésus ! Et nous tous, ses frères, en contemplant Sa croix douloureuse, nous pouvons nous laisser envahir par le désir de L’aimer en Eglise, comme Il nous a aimés.

F. J-M