Vous êtes ici: Au fil du temps Homélies

Les « Béatitudes » chez St Matthieu inaugurent l’enseignement de Jésus. Elles représentent le programme qui sera accompli dans le reste de l’Evangile par Jésus Lui-même et par ceux qui Le suivront – les saints, bien sûr, mais aussi chacun de nous, chrétiens, aujourd’hui.
Ce ne sont pas des commandements mais un constat, quand elles portent sur le présent, et des souhaits, quand elles envisagent l’avenir.
Toutes manifestent que l’adjectif « heureux » qui les scande, pour devenir effectif, suppose que nous soyons des êtres désencombrés. Sont vraiment « heureux » tous ceux qui, par leur propre vie intérieure, ou parce que les circonstances les y ont amenés, ont su et savent laisser émerger ce qu’ils sont devant Dieu : la pauvreté de l’esprit, la pureté du cœur, c’est ce qui produit la miséricorde, le désir de justice et de paix, c’est ce qui permet d’accepter pour soi jusqu’à l’inacceptable, potentiellement devant nous, sans pour autant perdre l’Espérance qui nous ouvre, comme horizon indépassable, le règne de Dieu.
Mettons-nous en chemin, nos pas dans ceux de Jésus, le regard fixé vers ceux qu’Il regarde avec amour et miséricorde. Toute femme et tout homme qui ont emprunté ce chemin, à l’instar des Cent quarante quatre milles de la première lecture, sont saints et bienheureux.
En fait, les Béatitudes font le portrait de Jésus, le seul Saint.
Mystère de Jésus que nous pouvons appeler « heureux », alors que son chemin rencontre la Croix. C’est seulement par Jésus que les saints -et donc chacun de nous – ont été appelés et sont appelés à la sainteté, en Christ. Oui, nous aussi sommes appelés à la sainteté en Christ et pouvons être dits « heureux » de la « joie de l’Evangile », alors même que nous rencontrons la Croix. Nous aussi nous sommes de ceux qui pleurent et sont persécutés, de ceux qui viennent dans la grande épreuve.
En vérité, l’Evangile de ce jour nous dit « la Force révolutionnaire des Béatitudes ». C’est ainsi que le Pape François invitait les jeunes à vivre les Béatitudes, aujourd’hui. C’était à l’occasion de la 29ème Journée Mondiale de la Jeunesse, en 2014. Permettez-moi de reprendre un beau passage de ce texte du Pape François :
« … Jésus révèle le chemin de la vie, ce chemin qu’il parcourt lui-même, plus encore, qu’il est lui-même, et il le propose comme ce chemin du vrai bonheur. Pendant toute sa vie, de sa naissance dans la grotte de Bethléem jusqu’à sa mort sur la croix et sa résurrection, Jésus a incarné les Béatitudes. Toutes les promesses du Royaume de Dieu se sont accomplies en lui. En proclamant les Béatitudes, Jésus nous invite à le suivre, à parcourir avec lui la voie de l’amour, la seule qui conduise à la vie éternelle. Ce n’est pas une route facile, mais le Seigneur nous assure de sa grâce et il ne nous laisse jamais seuls. La pauvreté, les afflictions, les humiliations, les luttes pour la justice, les fatigues de la conversion quotidienne, les combats pour vivre l’appel à la sainteté, les persécutions et bien d’autres défis sont présents dans notre vie. Mais si nous ouvrons la porte au Christ, si nous le laissons entrer dans notre histoire, si nous partageons avec lui nos joies et nos souffrances, nous ferons l’expérience d’une paix et d’une joie que seul Dieu, amour infini, peut nous donner.
« Les Béatitudes de Jésus sont porteuses d’une nouveauté révolutionnaire, d’un moment de bonheur contraire à celui qui nous est communiqué habituellement par les médias, par la pensée dominante.
Oh, elle est forte cette parole du « Vicaire du Christ » ! Il est bon de l’entendre, même si elle nous fait peur. Nous le savons, la sainteté est bien le chemin du chrétien de toutes les époques et elle passe toujours, aujourd’hui, comme hier, par la Croix. Cette sainteté reste souvent cachée, obscure et seulement visible dans les fruits qui seront connus plus tard.
Réjouissons-nous, en commençant ce dernier mois de l’année liturgique, par la Fête de la Toussaint ! Nous clôturerons ce mois et cette année liturgique par la fête du Christ-Roi de l’Univers : ces deux Fêtes sont bien comme le miroir l’une de l’autre. Si nous pouvons espérer partager ce Royaume, dont le Christ est la tête, c’est parce qu’Il est la porte de notre sainteté.

F. J-M