Vous êtes ici: Au fil du temps Homélies

Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul, “à genoux devant le Père”, lui demande pour l’Église la puissance de l’Esprit Saint “pour rendre fort l’homme intérieur”.
Mes frères, je propose que nous méditions un peu sur la force intérieure que le bienheureux Marie-Joseph Cassant a reçue du Père par l’Esprit Saint qui a été répandu dans son cœur.
Nous avons tous à l’esprit la simplicité, la faiblesse de ce jeune moine, ses problèmes de mémorisation, ses grandes difficultés à apprendre et aussi sa tuberculose qui l’a emporté à l’âge de 25 ans. On le compare, sans doute avec raison avec sainte Thérèse de l’enfant Jésus car ils ont des profils spirituels et des parcours analogues, mais le jeune trappiste a moins laissé d’écrits que la petite carmélite, il a été plus effacé encore, et aujourd’hui, même après sa béatification il demeure caché au grand public, presque anonyme quand le monde entier connaît et prie la petite Thérèse.
Faiblesse et effacement caractérisent Marie-Joseph, mais pourtant, quelle force intérieure ! Il me semble que toute sa force est précisément à l’intérieur. Son attachement à prier et contempler le cœur de Jésus ne dit-il pas la force de concentration qu’il a déployée pour demeurer toujours au centre le plus profond de son être ? pour unir son être intérieur à celui de Jésus... plus exactement pour abandonner son être intérieur à la puissance du Saint-Esprit afin qu’Il l’unisse de plus en plus parfaitement au cœur de Jésus ? La prière qu’il faisait à partir de son ordination sacerdotale lui faisait désirer “obtenir de mourir paisiblement et pour cela vivre de plus en plus uni au Cœur de Jésus au point que je sois absorbé par son amour”.
Le jeune Marie-Joseph, qui a été refusé au petit séminaire à cause de ses difficultés de mémoire et sa lenteur à apprendre aurait pu se résigner à son ignorance. Il y a beaucoup d’enfants en échec scolaire aujourd’hui qui se résignent. Le penchant naturel de chacun d’entre nous est de compenser nos points faibles en développant nos points forts. Avec sa gentillesse naturelle, sa douceur, sa sensibilité, il aurait pu renoncer à étudier et s’insérer facilement dans la vie sociale en rendant toutes sortes de services. Aujourd’hui, les enfants qui mémorisent difficilement peuvent souvent compenser en recourant aux banques de données disponibles sur l’internet. L’effort de mémorisation paraît moins fondamental pour étudier. Mais Joseph Cassant a toujours beaucoup travaillé pour s’efforcer de surmonter sa faiblesse. Son émotivité et sa sensibilité ont aussi été pour lui des lieux de combat spirituel. Il ne s’est pas laissé aller. Son abandon à Dieu a été accompagné d’une énergie intérieure impressionnante. Il disait lui-même “avec le travail et la prière on arrive à bout de toutes les difficultés”. Pour un garçon qui a si peu brillé intellectuellement, une telle affirmation n’est-elle pas une énorme leçon de vie ? C’est un témoignage encourageant, stimulant, qui nous pousse à ne pas céder à la tentation du quiétisme, cette illusion de vie spirituelle qui consiste à croire qu’on est déjà arrivé quand on n’a pas encore commencé de chercher ni d’aimer Dieu.
Mais le travail ne suffit pas. La prière doit toujours l’accompagner si nous voulons connaître et aimer Dieu. L’école de Saint Benoît, ora et labora, est ici, bien sûr, totalement imprimée dans l’âme du jeune moine.
La force intérieure que produit l’Esprit Saint mobilise toute l’énergie de la volonté et de l’intelligence. Elle mobilise la volonté et l'intelligence en les orientant totalement vers Dieu. Cette force intérieure est enracinée dans l’amour, établie dans l’amour, selon les mots même de l’apôtre Paul, dès lors que le Christ habite en nos cœurs par la foi.
L’acte de foi en Jésus-Christ, notre unique sauveur, est la condition pour qu’il habite en nos cœurs. Dire à Jésus notre confiance, simplement, droitement, sans compliquer les choses est la condition pour ouvrir notre cœur à l’Esprit qui sanctifie et qui nous permettra d’expérimenter la force intérieure dont le bienheureux Marie-Joseph a si bien témoigné. “Quoi qu’il m’arrive, je m’abandonne pour toujours à la volonté de Dieu” disait-il. Entre les mains du Père, nous n’avons rien à craindre. Même les plus misérables y sont en sécurité. Ou, comme le disait encore Marie-Joseph, “le cœur de Jésus est un trône de miséricorde où les misérables sont le mieux reçus”. Il y a une telle densité dans la simplicité de ces mots que l’on sent cette force de l’homme intérieur chez le bienheureux.
Cette force n'a rien à voir avec la dureté, la crispation ni l'entêtement. La manière avec laquelle le bienheureux Marie-Joseph a supporté sa maladie n'avait rien d'une bravade orgueilleuse. On peut, bien sûr se demander pourquoi il n'a pas pris au sérieux sa maladie pour quelle puisse être soignée à temps. Il y trouvait un sens à l'intérieur de son désir d'union à Jésus, à "Jésus chargé d'une croix très pesante". Cette attitude, incompréhensible pour qui n'a pas au cœur un aussi profond attachement au Christ, n'avait rien à voir avec un dolorisme qui trouve plaisir à souffrir ni un comportement morbide. Son sourire et ses efforts pour garder cachés aux siens sa fatigue en témoignent. L'amour seul explique son attitude. Et parce qu'il aime Dieu et qu'il aime sa famille et ses frères moines, il trouve en lui cette force de tout supporter, les douleurs, les fatigues et même les brimades liées à ses difficultés à étudier. "Jésus m'a appelé auprès de lui afin que je l'aime davantage". Ses mots disent tout de ce qui l'habite, de la force de son être intérieur animé par la puissance de l'Esprit Saint.
Mes frères, demandons au Père, par l'intercession de la vierge Marie et du bienheureux Marie-Joseph Cassant, cette union de plus en plus vivante au cœur de Jésus, en laquelle l’Esprit Saint fortifiera notre être intérieur pour nous conduire à la plénitude de Dieu. Amen.

Mgr CAMIADE, Evêque de Cahors