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Dans l’évangile, nous ne trouvons rien qui mentionne la fête que nous célébrons, aujourd’hui. Pourtant, très tôt, tant en Orient qu’en Occident, l’Eglise a fêté avec solennité l’Assomption au ciel du corps de Marie, exempt de toute corruption, et, pour cela, entré dans la gloire du Père. Comment pouvait-il en être autrement pour celle qui a porté et enfanté le Sauveur du Monde ?
Comme le chante Ste Thérèse de Lisieux dans l’un de ses poèmes, nous pourrions, contemplant la Gloire de Marie mettre une distance entre elle et nous. Cette distance pourrait nous empêcher de l’aimer suffisamment et par là méconnaitre le projet de Dieu sur chacun de nous.
Mais la liturgie vient à notre aide ! L’Evangile de la Visitation et le chant d’exultation de Marie à la salutation de sa cousine sont, me semble-t-il, la plus belle introduction au Mystère de l’Assomption.
Pour célébrer l’Assomption en nous unissant à Marie, il nous faut, en quelque sorte, la rejoindre dans sa visite à Elisabeth. Surtout rejoindre les vertus qu’elle manifeste alors : son humilité et sa charité.
Son humilité la rend si petite que le Verbe peut S’incarner en elle en toute quiétude : Il ne sera pas souillé par l’orgueil.
Sa charité n’a pas d’autre souci après la salutation de l’Ange et l’annonce de la grossesse d’Elisabeth, que de se mettre en route. Marie, s’oubliant elle-même s’empresse auprès de sa cousine.
Le tressaillement dans le sein des deux femmes fait jaillir de leurs lèvres un dialogue mystique repris dans la prière quotidienne de l’Eglise depuis des siècles. Ce chant d’amour est le premier fruit de l’Incarnation de Jésus, rendu possible par Marie. Par Marie aussi, Elisabeth en est la première bénéficiaire.
Par Marie, par son humilité et sa charité, avant même la Naissance de Jésus, le Mystère du Salut est réalité. A cette heure, cette toute jeune femme porte le monde. Elle est l’icône de Dieu car, en elle, la Toute Puissance de Dieu se déploie dans toute Sa Dimension infinie. Par Marie, nous pouvons comprendre que la Toute Puissance de Dieu n’est qu’abaissement d’Amour, petitesse d’Amour, anéantissement d’Amour.
Dieu, sans Marie, ne peut rien. Mais, par le oui de Marie, Il peut tout !
« Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il élève les humbles, renverse les puissants, se souvient de la Promesse faite en faveur d’Abraham et de sa descendance ». Marie chante les merveilles que Dieu fait pour elle, son humble servante. En fait, elle nous partage son expérience. Mieux, elle nous invite à la partager. L’expérience de Marie, en son magnificat est une expérience de joie profonde qui l’unit à l’accomplissement de la Création.
Mais, nous le savons bien, la vie en ce monde n’est pas que joie : elle est aussi peine, souffrance, détresse. Et la vie de Marie n’en est pas exempte. Marie fuyant en Egypte, vivant en exil, angoissée pendant trois jours à Jérusalem sans son Jésus, Marie au pied de la Croix, Marie recevant le corps mort de son fils crucifié avant sa mise au tombeau.
Puisque Marie a souffert tout cela, puisqu’elle a pleuré comme nous, nous sommes vraiment ses enfants. Marie fait de Dieu notre frère et sa Gloire ne nous effraie plus.
Mieux, sa Gloire nous est promise si, avec elle, dans la douceur de son amour, nous avançons sur le chemin qu’elle nous trace.
Alors, unis à Marie, Reine de Cîteaux, notre pauvre humanité participera un jour à la Gloire qu’elle connait aujourd’hui, dans sa plénitude.

F. J-M