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Jésus, un homme qui prie
Parmi les multiples facettes de la personnalité de Jésus que les évangélistes ont aimé mettre en lumière, il y a le fait de présenter Jésus sous l’angle de la prière et de l’intériorité. Pour les évangélistes en effet, avant d’être un homme qui agit ou qui accomplit des miracles, Jésus est d’abord et surtout un homme qui prie !
Une lecture des évangiles, même superficielle, suffit pour nous en convaincre. Qui de nous, en effet, n’a jamais remarqué que la vie de Jésus est encadrée par deux grands moments de prière, qui en balisent pour ainsi dire toute l’existence ? Au tout début, c’est la grande « retraite » inaugurale au Désert qui prépare Jésus à sa vie publique ; et, au terme, c’est l’intense prière de Gethsémani qui lui donnera la force de consentir au chemin de la Passion qu’il aura bientôt à parcourir.
Encadrer la vie de Jésus à l’intérieur de ces deux moments de prière, c’est donc, pour les évangélistes, une manière de nous dire que la vie de Jésus est toute entière prière, ou plutôt que la prière est à la source de son être et de son agir.
Mais qu’est-ce que cela signifie au juste, et quelles leçons pouvons-nous en tirer pour nous-mêmes ? La page d’évangile que nous avons entendue aujourd’hui peut nous éclairer, car elle nous rapporte les mots même de la prière de Jésus. De celle-ci, je ne retiendrai aujourd’hui que les tout premiers mots, quand Jésus, s’adressant à son Père, lui dit : « Père, glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie ».
« Père, glorifie ton Fils ».
Jésus commence donc par dire : « Père, glorifie ton Fils ». Par ces trois mots, Jésus nous met immédiatement dans le ton.
En priant ainsi, il nous montre d’abord qu’il ne se pose à la source, ni de son être, ni de son agir, mais qu’il les réfère tout entier à son Père, afin de les recevoir de Lui. Par ces mots, il nous montre donc que la prière ne consiste pas tant à se regarder soi-même qu’à se placer dans une attitude de disponibilité et d’accueil. Du coup, il nous montre que la prière est avant tout un lieu où l’on est invité à se recevoir de Dieu.
Attitude bien différente de la nôtre, car, nous, quand nous avons à entreprendre quelque chose, nous commençons souvent par nous regarder nous-mêmes, par évaluer et considérer nos seules forces. Mais alors, deux dangers nous guettent : la présomption ou la démission.
Par la présomption, nous pensons pouvoir nous débrouiller tout seul, sans l’aide de qui que ce soit, en ne comptant que sur nos seules forces ; mais alors, nous en venons à tirer orgueil de ce que nous faisons, au risque d’oublier que nous ne pouvons rien sans le secours de la grâce divine !
À l’inverse, si d’emblée, nous nous imaginons que la tâche à accomplir nous dépasse, qu’elle est absolument au-dessus nos forces, alors, avant même d’entreprendre quoi que ce soit, nous nous dérobons à la tâche, au risque, cette fois, de démissionner de notre devoir d’état.
Une première grâce à demander
Aussi bien, la première grâce que nous devons demander quand nous entrons en prière, c’est de nous placer en attitude d’accueil pour nous recevoir entièrement de Dieu. C’est de lui, en effet, que nous ne cessons de recevoir la vie, le mouvement et l’être. Ce qu’il nous faut demander dans la prière, c’est donc une grâce tout mariale de disponibilité qui nous fera dire avec elle : « Voici la servante du Seigneur » !
« …afin que le Fils te glorifie »
Mais Jésus ne s’arrête pas là. Après avoir demandé : « Père, glorifie ton Fils », il ajoute aussitôt après : « afin que le Fils te glorifie ».
Ainsi, pour Jésus, prier, cela ne s’arrête pas à une attitude passive qui consisterait seulement à désirer se recevoir tout entier de la grâce, comme s’il s’agissait de tout attendre de Dieu, ou encore : comme si tout dépendait de Lui, et rien de nous !
Pour Jésus, prier, c’est aussi une disposition active de tout l’être. Certes, c’est se disposer à se recevoir du Père, mais afin de pouvoir, ensuite, le glorifier par tout notre être : « Père, glorifie ton Fils,… afin que le Fils te glorifie ».
Ici encore, nous devons bien reconnaître que l’attitude de Jésus est bien différente de la nôtre. Car nous, quand nous agissons, que cherchons-nous au juste ? N’est-ce pas, bien souvent, même si nous nous en défendons - et en toute bonne foi ! -, notre propre gloire ? Bien souvent, ce que nous cherchons, c’est en effet tout ce qui nous permettrait de briller aux yeux des hommes : une sorte de « faire valoir » qui nous permettrait d’être reconnus, aimés, valorisés, voire préférés à tous les autres !
Or, de toute évidence, Jésus, lui, ne cherche rien de tout cela ! Son unique désir, sa seule préférence, c’est d’accomplir l’œuvre que son Père lui a confiée. Son titre de gloire à Lui ne réside que là : ne chercher et ne vouloir accomplir rien d’autre que cela que le Père a remis entre ses mains, afin de le glorifier, Lui, et non chercher sa propre gloire ! C’est pourquoi, un peu plus loin, dans la prière qu’il adresse à son Père, Jésus peut ajouter : « Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donné à faire ».
Une deuxième grâce à demander
De tout cela, il résulte alors que la deuxième grâce que nous avons à demander quand nous prions, c’est, en plus de la disponibilité, la grâce du décentrement d’avec nous-mêmes. Cette grâce qui nous permettra, non seulement de nous recevoir du Père, mais aussi d’incliner notre agir de manière à ce qu’il soit en conformité avec le désir de Dieu, et qu’ainsi nous le glorifions.
La grâce qu’il nous faut demander est donc, là encore, une grâce toute mariale. Comme Marie, en effet, il ne suffit pas de dire : « Voici la servante du Seigneur ». Avec elle, nous devons encore ajouter : « Qu’il me soit fait selon ta parole ».
Avant la Pentecôte…
Alors que nous allons bientôt célébrer la fête de la Pentecôte, demandons au Seigneur que, par le don de son Esprit, Il dispose notre cœur afin de le rendre conforme au sien. Faisons nôtres les termes mêmes de sa prière : « Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie ». Oui. Faisons de notre prière le lieu-source où puiser le secours de la grâce afin que nous nous disposions, tout entier, à ne chercher rien d’autre qu’à accomplir l’œuvre de Dieu et, ainsi, à le glorifier.
Demandons-lui le secours de sa grâce de façon à ce que « toutes nos intentions, toutes nos actions, toutes nos opérations soient entièrement ordonnées au service et à la louange de la divine majesté » (Ignace de Loyola, Exercices spirituels, § 46). Notre prière n’en recevra alors que plus d’envergure : elle ne se limitera pas à n’être qu’« une façon de rester un peu plus en paix avec soi-même ou de trouver quelque harmonie intérieure ». Unie à la prière de Jésus, elle se fera intercession pour le monde, et ainsi nous rendrons gloire à Dieu pour le nom de chrétien que nous avons reçu de Lui en partage. Amen.

F. P-A