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«Si vous m’aimez vous resterez fidèles à mes commandements.»
Nous sommes à quelques jours de l’Ascension : la fin du temps pascal est toute proche. Nous n’avons cessé de progresser, grâce à la liturgie, dans une lente intériorisation de la personne de Jésus. Nous sommes ainsi préparés à son départ et en même temps nous pouvons dire qu’il ne nous quitte pas puisque c’est EN NOUS qu’Il doit vivre désormais.
Il faudra encore du temps pour que l’Esprit d’amour et de vérité vienne éclairer toute cette pédagogie, et la rende effectivement vivante, mais nous pouvons vivre aujourd’hui une étape décisive dans la préparation de notre être profond afin de pouvoir accueillir vraiment cet Esprit, le jour de la Pentecôte.
Il y a comme une espèce ‘d’éclatement du cœur’ dans cet extrait de la Parole de Jésus, le soir de la dernière Cène. A bout d’arguments, pourrait-on dire, Jésus en vient presque à supplier ses amis de Lui faire confiance au-delà de leurs incompréhensions, de leurs limites, de leurs idées toutes faites. Il veut aller jusqu’au bout de sa mission mais sa mission est vouée à l’échec si les hommes ne comprennent rien.
Alors, Il explique, Il explique en employant des images, un peu comme une maman qui veut éduquer son fils :
« Oui, ‘je suis la porte’ la porte par laquelle il faut passer pour aller vers Dieu. Il n’en est pas d’autre. »
« Oui, ‘je suis le chemin’, le seul chemin possible ; ‘je suis la vérité’, la seule vérité absolue ; ‘je suis la vie’, la seule vie qui ne se termine pas en mort définitive. »
Les Apôtres ont-ils compris? Ils ont pourtant vécu plusieurs apparitions de Jésus Ressuscité, ils en ont éprouvé toutes les conséquences en termes de joie et de paix, mais ils ne peuvent en rester là, s’ils se veulent les témoins de la Bonne Nouvelle partout dans le monde et pour chaque homme. Jésus est venu en ce monde pour que le Père n’ait plus d’obstacles entre Lui et les hommes. Mais cela ne peut se faire sans que pour autant l’homme ne se sente respecté, jusqu’à refuser ce don. Nous sommes à un point culminant de l’histoire du salut qui doit devenir nôtre, en se réalisant aussi en chacun de nos cœurs.
Que dit une maman lorsqu’elle pressent que son enfant aura du mal à lui obéir, alors même qu’il y va de son avenir et de sa vie ? Elle ne peut que lui dire: « même si tu ne comprends pas, écoute-moi, au moins parce que tu m’aimes !» Elle sait qu’elle joue sa dernière carte. Il s’agit pour elle de l’authenticité d’amour qu’elle a pour son fils. C’est que, en effet, pour aller au-delà de sa propre volonté il faut beaucoup d’amour, et l’enfant ne peut rendre que s’il reçoit !!! C’est donc bien dans l’obéissance par amour que se mesure la qualité de l’amour.
Aujourd’hui, dans l’évangile, nous retrouvons la même attitude chez Jésus: au moins, «si vous m’aimez, gardez mes commandements». C’est l’ultime argument !! Jésus veut faire comprendre à quelle unité, en Dieu, l’homme est appelé: «en ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous ». Il a utilisé toutes les métaphores pour se faire connaître, Il a fait tous les signes. Aujourd’hui, Il fait appel à l’amour que ses disciples ont pour lui. C’est à dire qu’il se fait humble, qu’il court le plus grand risque : celui d’être rejeté, ce qui est bien pire que d’être incompris. Mais, si l’amour est là, s’il est suffisamment fort pour dépasser le mystère qu’Il demeure aux yeux des siens, tout prend son sens, j’ai envie de dire « tout est gagné ! ». C’est l’amour qui va survivre à la séparation qui approche, c’est l’amour qui permettra à Jésus de prier le Père, et c’est l’amour qui enverra l’Esprit de vérité. On pourrait dire que Jésus ‘mendie’ leur amour, essaie de leur faire comprendre que c’est bien l’amour, et seulement lui, qui permettra que se réalise le plan de Dieu qu’Il est venu incarner.
Car dans la fidélité aux commandements, ils seront déjà habités par l’Esprit de vérité, aptes à recevoir le Défenseur. A jamais, ce dernier les aidera à voir Jésus vivant près d’eux, à vivre pleinement leur vie, à réaliser le commandement nouveau «aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ».
Ainsi donc, l’attachement à la personne de Jésus, s’il s’enracine dans un amour profond, prêt à obéir, lui-même parcelle reçue et reflétée de l’amour de Jésus, ouvre toutes grandes les portes au désir de Dieu sur l’homme!
N’est-ce-pas d’ailleurs ce que nous rapportaient les récits d’apparition des premières semaines de ce temps pascal ? Marie-Madeleine, Thomas, les disciples d’Emmaüs, bouleversés par leur amour de Jésus, ils ont répondu, chacun dans leur vérité, au désir de Dieu sur eux.
Et nous, que comprenons-nous?
Sommes-nous plus doués que les Apôtres, ce soir là?
Certes, nous n’avons pas eu comme eux la chance de cheminer trois ans, sur les routes, avec Lui, mais nous avons deux mille ans de christianisme, les grands saints et les docteurs de l’Eglise, bref, nous avons ‘les œuvres’ sous les yeux! Mais combien, souvent, nous sentons-nous écrasés et impuissants, oubliant que ce n’est pas sur nos seules forces qu’il faut compter.
Le Pape Benoît XVI peut nous aider à comprendre cela, dans une homélie du Temps Pascal, en disant :
« En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur, si nous laissons entrer totalement le Christ en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui, peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie ? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté ? » Et plus loin, le Pape ajoute: « le Christ n’enlève rien, il donne tout ! Celui qui se donne à lui, reçoit le centuple ».Oui, en ce dimanche avant l’Ascension, à quelques jours de la Pentecôte, « ne préférons rien à l’amour du Christ », ainsi l’Esprit Saint pourra demeurer en nous. Aujourd’hui comme hier nous pourrons alors «rendre compte de l’espérance qui est en nous, avec douceur et respect ». Comme au temps de Jésus et de Paul, c’est de cela seul dont le monde a besoin.

F. J-M