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Depuis Pâques, la liturgie nous invite à progresser, peu à peu, dans la connaissance du mystère de Jésus, et pour cela nous aide à intérioriser sa Présence.
Nous avons assisté à diverses scènes d’apparition : Marie- Madeleine, Thomas, les disciples d’Emmaüs, et au bouleversement profond de leur âme dans cette rencontre avec Jésus Ressuscité. Dorénavant, avec les lectures de Saint Jean qui nous renvoient au discours de Jésus, le soir du Jeudi Saint, il ne nous est plus demandé de Le chercher à l’extérieur de nous-mêmes, mais de Le suivre à partir de notre expérience, au plus profond de notre être.
Dimanche dernier, Jésus nous orientait déjà vers ce mystère d’intériorité tandis qu’il se présentait comme la « porte des brebis », une porte ouverte sur sa présence en nous, seule capable de nous donner abondance de vie, que l’on pressent éternelle.
En ce dimanche, Jésus nous précise que cette porte s’ouvre sur un chemin : « Je suis le Chemin ».Plus encore, Jésus se définit comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ».
Pourtant, en ce soir de la Dernière Cène, les jeux sont faits, si l’on peut dire. Il sait que son arrestation est imminente, que sa fin est proche. Il est désormais inutile de se méfier des Juifs en courant le risque de se déclarer « Fils de Dieu » ou même « Dieu ».
De plus, en ce moment, Il est entouré de ses seuls Apôtres et son désir est immense de leur transmettre ce pour quoi il a été envoyé, de leur transmettre cette Vérité dont il est venu témoigner et qui n’est autre que Lui-même.
Et pourtant, il utilise encore des métaphores pour parler de lui-même. Si les Apôtres ne peuvent pas encore les comprendre aujourd’hui, ces mots s’éclaireront à la lumière de la Résurrection et surtout à partir de la Pentecôte. D’ailleurs, qu’auraient-ils pu comprendre, eux, Juifs observants, fidèlement attachés au Dieu Unique de la Bible, dont on ne prononce même pas le Nom ?
Jésus sait les difficultés de ses Apôtres, même s’il ne doute pas de leur attachement à sa personne. De fait, il en fait le constat, parfois douloureux, malgré les signes qu’Il leur a montrés, ses disciples sont encore incapables de Le reconnaître en vérité et « d’aller où Il va ».
Il les instruit donc, tout comme il nous instruit, en leur laissant des affirmations fortes, mais allégoriques.

De fait, nous n’avons plus les mêmes freins à la pénétration du mystère d’intériorité auquel Jésus nous invite, mais nous en avons d’autres. Nous nous contentons bien souvent, involontairement, d’un Dieu extérieur à nous-mêmes, nous n’osons pas croire à sa Présence en nous et à son attente de notre mouvement vers Lui. Il faut donc aller à la recherche de ce qui, dans les textes de ce jour, nous aide à ce mouvement d’intériorité.
A l’heure de la mort, personne n’ose mentir avec sa vérité profonde. Ce que Jésus dit en pareille circonstance ne peut qu’être vrai. Il ne parle pas pour asséner des vérités qu’il faudrait admettre, selon un principe d’autorité, mais il dit tout cela, PARCE QUE C’EST VRAI !
Oui, il en est bien ainsi : Seul, Il peut conduire au Père, Seul Il est la Vérité, la Vérité absolue, non souillée par le mensonge qu’est le péché, Seul Il est la Vie, donnée en abondance.
Nous avons là tout le programme du christianisme.
Si le christianisme est une religion, au sens premier du terme, c’est-à-dire qui relie, alors tout est dit dans cette formule où Jésus se définit dans une grande précision et avec beaucoup de force.
Il manque pourtant une étape pour que les disciples que nous sommes comprenions comment Jésus peut parler avec une telle autorité de ce qu’il est. Il manque le lien qui l’unit au Père, et Philippe le pressent bien qui s’exclame « montre-nous le Père » !
Et cette demande suscite de la part de Jésus la clef de toute son existence : «Je suis dans le Père et le Père est en moi ».
N’est-ce pas là, tout simplement, l’expérience d’aimer, avec une intensité telle que l’on se sent uni à la personne aimée, que l’on se sent dans l’aimé comme celui-ci est en nous !
Voilà, me semble-t-il, la clef qui explique la définition que Jésus donne de lui même : c’est parce que son lien d’amour avec le Père est absolu qu’Il est sans barrière aucune dans le Père et qu’en même temps Il se reçoit totalement du Père.
Ainsi, grâce à cette parole de Jésus, nous entrons plus profondément dans ce mystère d’intériorité vers lequel nous progressons depuis Pâques. Il y va du Mystère d’amour qui veut se communiquer par Jésus Ressuscité pour que nous-mêmes nous en fassions l’expérience. Il s’agit rien moins que d’intérioriser la Présence de Jésus et ainsi d’accéder au Père.
Si vous m’aimez comme Je vous ai aimés, vous serez en moi, comme moi je suis dans le Père, et ainsi, vraiment, pour chacun je serai le Chemin, la Vérité, la Vie.

F. J-M