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Jésus vient de commencer sa vie publique : il s’est présenté dans la synagogues, il a annoncé : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est tout proche ! » Déjà, quatre hommes ont été invités à tout lâcher pour le suivre. Sa popularité est immense, et une grande foule s’attache à lui. Ce qu’il annonce, le chemin du bonheur est tellement important et nécessaire : on le suit partout pour en savoir davantage. Nous entendons alors, rapportée par Saint Mathieu, la plus belle page jamais écrite : les Béatitudes. Elle commence ainsi : « Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ayant ouvert la bouche, il les enseigna en disant… » Nous connaissons tellement les Béatitudes, mais il est important d’en méditer l’introduction. Je me contenterai alors de les relire. Voici cette introduction : « Voyant les foules, il monta sur la montagne.
Quand il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui
Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, disant… » (Mt 5.1-2)
Il suffit de très peu de temps, de quelques secondes, pour lire ces phrases, alors que ce qu’elles décrivent a duré beaucoup plus : le temps de monter sur une montagne. La différence est si grande qu’il nous faudrait aussi gravir une montagne, pour entendre ce qui va être dit, et lire ces lignes au rythme de ceux qui. gravissent une montagne, en laissant à Jésus le temps de monter sur cette montagne de prendre du recul sur les foules et d’aller s’asseoir, en laissant aussi aux disciples le temps de suivre leur maître. Pendant la montée, ils ont laissé marcher Jésus devant eux, avant de le rejoindre une fois assis, laissant Jésus suffisamment devant seul, en silence, ne sachant pas au juste ce que Jésus allait y faire. Mais pourquoi « la montagne », et non pas « une montagne » ! Ce ne peut être que celle de Dieu. Gravir la montagne, c’est se préparer à rencontrer Dieu. En général dans l’Evangile, c’est pour prier. Les disciples le savent, ils ralentissent le pas, le laissent à distance pour le laisser prier, si c’est son désir. Tous sont en silence. Et voilà que Jésus ne s’agenouille pas : il s’assied. Alors les disciples peuvent s’approcher. Et en silence s’ouvrir à l’imprévu. Assis, Il prend la position du maître, il prend la place de Dieu, et Jésus va prononcer les Béatitudes. Qui donc est Jésus, assis sur la montagne, comme sur le trône de Dieu, et dans sa bouche, que sont les Béatitudes ? Jésus n’est pas un homme de loi, même s’il fait alors penser à Moïse, ni une nouveau prophète. En enseignant, il apparaît comme un sage qui montre le chemin du bonheur, un sage qui enseigne ce qu’il vit, un sage qui regarde les foules et le monde et qui les guérit de leur éternelle insatisfaction. Mais plus qu’un sage, sur la montagne de Dieu, Matthieu, en bon juif qui ne se risque pas à nommer Dieu, suggère que Jésus tient la place de Dieu et met tout en œuvre pour montrer que celui qui est assis au sommet de la montagne de Dieu n’est autre que Dieu. Il en résulte que les Béatitudes ne sont pas sagesse humaine, mais sagesse de Dieu. Le regard de Jésus sur les foules n’est autre que le regard de Dieu. Et c’est ce qui transfigure le nôtre.
Tout ce qu’il y a en nous d’aspirations nobles était rejoint. Tout ce que notre vie comporte de plus douloureux et insupportable était dévoilé et guéri, transformé. Si, comme le dit Paul, « Le Christ est devenu de par Dieu Sagesse, Justice, Sanctification et Rédemption, » le Seigneur ne nous laisse pas le choix entre plusieurs chemins possibles, il y a le Christ et sa révélation de la Bonne Nouvelle, ou rien. Si nous avons compris tout cela, nous sommes capables d’entendre la conclusion : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ».
Jamais dans l’Ancien Testament Dieu n’est déclaré « heureux » ou « bienheureux », du fait que Dieu est au-delà du bonheur, infiniment au-delà. Le bonheur est une réalité toute humaine, mais sa source est en Dieu. Et voilà que la source du bonheur des hommes jaillit discrètement au sommet d’une montagne. Faisons silence et écoutons le chant de la source :
Heureux les pauvres de cœur,
Car le royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux,
Car ils hériteront la terre.
Heureux ceux qui pleurent,
Car ils seront consolés.
Heureux ceux qu ont faim et soif de la justice,
Car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
Car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs,
Car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
Car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux les persécutés pour la justice,
Car le royaume des cieux est à eux.


F. AM