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Aujourd’hui, en ce 2ème dimanche de l’Avent, l’évangile de Mathieu, que nous venons d’entendre, nous offre une figure majeure de ce temps, celle de Jean le Baptiste.
Le jour de la Visitation, Jean-Baptiste avait tressailli dans le sein de sa mère Elisabeth, à l’approche de Marie. Puis, sans aucun doute, son enfance avait dû être bercée par la lecture des Livres Saints. A l’annonce de la venue du Messie, c’est avec le même tressaillement de tout son être qu’il fut touché par l’Esprit Saint. Quelque chose s’était mis en mouvement en lui qui bouleversait sa vie de manière irrévocable.
L’exigence qui naissait en lui à l’écoute de la Parole de Dieu, le conduisait à s’éloigner des certitudes de ceux qui vivaient leur foi d’une manière par trop rituelle.
En clair, un désir s’était éveillé en lui.
Un désir avait envahi tout son être, un désir de feu qui s’emparait de sa personnalité fougueuse !
Dès lors, il quitte Jérusalem, se retire au Désert, adopte un mode de vie radicalement simple, et surtout, annonce la Parole de manière vivante. Oui, pour lui, en lui, le Livre d’Isaïe a pris chair, et « le Royaume des cieux est tout proche ».
Dès lors, il partage sa Foi: « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui ». La présence qui l’habite attire et sa manière de lire l’arrivée imminente du Messie devient contagieuse. Tous en effet, « se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. » Le désir de Jean-Baptiste les habite à leur tour.
C’est bien le désir qui amène à la conversion et non l’inverse.
Si le désir de Dieu, en vérité, n’est pas à la source du mouvement de toute conversion, rien n’est vrai. On le voit bien avec les pharisiens et les saducéens qui se font rabrouer par Jean-Baptiste : sûrs d’eux-mêmes, puisque « Fils d’Abraham », ils ne viennent au Désert qu’avec la curiosité de découvrir ce personnage étrange qui déplace les foules. Leur cœur est tiède. Alors, aucune conversion ne peut les bouleverser. Sans ce désir, aucune fécondité ne peut naître de leur vie.
Jean-Baptiste a compris, expérimenté, que c’est là, à l’intime de son être, que se joue la relation avec « celui qui vient » ; tout en lui exprime la nouveauté absolue, l’altérité totale de « celui qui est plus fort » et dont il n’ « est pas digne de lui retirer ses sandales ». Un jour, il dira : « il faut que lui grandisse et que moi, je diminue » ! Oui, il ne détourne pas à son profit la grâce qui lui est faite. Son désir de voir ce que son cœur espère le conduit sur un chemin d’humilité. Il discerne son Dieu qui s’approche !
N’est-ce pas cela le temps de l’Avent ? Un temps pour découvrir que nous ne pourrons vivre l’année liturgique qui s’ouvre que si notre cœur, à nous aussi, est brûlé de désir. C’est sur ce chemin-là que nous conduit Jean-Baptiste. Nous aussi, nous attendons que le Seigneur se manifeste, nous aussi, nous espérons Le voir.
De Jean-Baptiste, Jésus dira un jour qu’ « il est le plus grand des prophètes, mais le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui». Jean-Baptiste sera mort avant la Résurrection de Notre Seigneur : il ne verra donc pas la victoire de la Vie sur la mort. Un jour même, au fond de sa prison, il doutera et sa Foi sera mise à l’épreuve. Personnalité charnière entre l’Ancien et le Nouveau Testament, Jean-Baptiste semble n’exister que pour nous servir de modèle, tout au long de l’année liturgique qui s’ouvre à nous.
Puissions-nous écouter et entendre la Parole avec autant de vérité que lui !
Puissions-nous tressaillir au plus profond de notre être à la pensée que le Seigneur vient !
Puissions-nous attendre le Seigneur Jésus et apprendre à Le reconnaître dans tout ce qui nous advient !
Puissions-nous, tout au long de l’année liturgique, sentir grandir en nous la Présence du Christ, une Présence qui nous envahisse et nous refasse « à son image et ressemblance » !
Ainsi advient le Royaume des cieux ! Ainsi se réalise la prophétie d’Isaïe : le loup et l’agneau peuvent cohabiter, l’enfant peut étendre la main sur le nid de la vipère.Si nous savons accueillir Celui qui vient, « il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu ». Aujourd’hui, nous le savons avec certitude, Jésus est venu accomplir cette espérance qu’Isaïe annonçait et que Jean-Baptiste ne pouvait qu’espérer.

F. J-M