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Dans la parabole que nous venons d’entendre, Jésus signe son arrêt de mort.
Si les « grands prêtres et les Pharisiens » auxquels Il s’adresse pouvaient L’entendre, Il n’aurait pas besoin d’aller si fort, si loin. Mais, parfois, et Jésus en donne maints exemples, il faut oser parler clair, quitte à durcir le trait. Il les traite de « meurtriers » destinés à périr et voir incendier leur ville.
Eux, sont les invités du repas de noces. Eux ont reçu la Loi et les Prophètes en héritage. C’est à eux d’abord, Peuple élu, que le Seigneur a parlé.
Qu’ont-ils fait de Lui ? Un Dieu lointain, vengeur, punisseur, un Dieu qui écrase.
Mais un tel Dieu, se préoccuperait-Il de préparer « un festin de viandes succulentes et de vins décantés » ? Ferait-Il « disparaitre le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations » ? Ferait-Il « disparaitre la mort pour toujours » ?
A ces hauts dignitaires, sûrs d’eux-mêmes et de la loi qui les justifie, Jésus oppose tous ceux qui sont à la croisée des chemins, « les mauvais comme les bons », c’est-à-dire ceux qui sont les deux à la fois. C’est-à-dire nous-mêmes !
Nous n’avons pas été choisis en fonction d’un mérite quelconque. Mais, seulement, parce que Dieu ne voulait pas rester Seul. Seul avec Son Amour refusé. Ce n’est pas possible, parce que l’Amour ne vit que s’Il est partagé et Dieu est Amour. Dieu a besoin que nous acceptions son Amour pour que le Royaume des Cieux advienne.
Mais pas n’importe comment. Parce que les grands prêtres et les Pharisiens sont de toutes les époques et nous ne valons pas mieux qu’eux. C’est ce que nous dit le second passage de la Parabole.
Qui est ce mystérieux « convive qui ne portait pas le vêtement de noces » ?
Réfléchissons un peu.
Nous sommes là, au bord du chemin; sans aucun mérite, dans notre petitesse et notre faiblesse. Des serviteurs du Roi arrivent et nous invitent avec déférence à venir nous asseoir à la table royale pour participer aux noces du Fils du Roi. Pouvons-nous y aller comme nous sommes? Couverts de nos vêtements ordinaires, plus ou moins propres? N’aurions-nous pas ce réflexe basique de nous dire « je dois au moins me préparer un peu. Je dois mettre des habits de Fête ? » La réponse est tellement évidente : bien sûr que non !!!
Alors, nous qui sommes ici ce matin, moines comme laïcs, nous savons que c’est Dieu qui nous appelle. Nous savons que c’est Lui qui nous désire d’un Amour fou. Il nous a déjà tellement donné : Il pourrait seulement nous appeler, nous rappeler. Mais, en plus, Il nous invite à un repas de noces; Il nous donne « la Vie en abondance ».
« Revêtir notre vêtement de noces » ne serait-ce pas, seulement, et vraiment seulement, que de Lui dire en retour : « Seigneur, moi aussi je T’aime ». Certes, je sais que je T’aime mal, petitement, avec parcimonie et que, bien souvent, je suis tenté de me réfugier derrière la Loi, derrière la Règle, derrière ma volonté propre, pour éviter de me donner vraiment à cet Amour. En fait – j’ose le dire - j’ai peur, Seigneur, que Tu ne m’entraines trop loin. J’ai peur, comme les Grands Prêtres et les Pharisiens, d’être conduit là où je ne voudrais pas aller.
Pourtant, ce que je refuse alors, ce dont j’ai peur, c’est bien ce Bonheur que Tu me proposes !
Le bonheur qui m’attend, comme en Isaïe, « voici notre Dieu, en Lui nous espérions, et Il nous a sauvés; c’est Lui, le Seigneur, en Lui nous espérions; exultons, réjouissons-nous, Il nous a sauvés ». Mais pour oser parler ainsi, il faut être tout petits, se savoir tellement limités que, sans la Main du Seigneur qui nous a tenus, nous n’existerions déjà plus.
Oui, alors, chacun de nous peut s’écrier : « je peux tout en Celui qui me donne la force ».
Paul a raison : en Jésus, nous pouvons tout. Même si nous perdons la vie, nous sommes les grands vainqueurs. Il suffit de L’aimer ! Il suffit d’aimer !

F. J-M