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Voici le 3ème dimanche que nous méditons, dans le chapitre 13 de St Matthieu ce qu’il est convenu d’appeler ‘les paraboles du Royaume’. Ce chapitre s’achèvera par le rejet de Jésus dans la synagogue de Nazareth, mais aujourd’hui, c’est l’enseignement sur les paraboles du Royaume des Cieux qui se termine.
Et voilà que terminant son enseignement sur le Royaume, Jésus interroge ses disciples : « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Est-ce si sûr ? Nous-mêmes, avons-nous compris ce qu’est le « Royaume des Cieux » ?
En effet, il ne faut pas moins de sept paraboles avant que Jésus ne s’assure de la compréhension des disciples. Sept : chiffre symbolique, qui montre l’infini de la question posée.
Sans doute le Royaume des Cieux échappe-t-il à toute définition réductrice.
Sans doute ne peut-il être défini que par des images, des comparaisons, permettant à l’esprit humain d’approcher une réalité qui le dépasse tellement ! Et dans laquelle, pourtant, Jésus veut introduire les foules, ses disciples, et nous-mêmes, aujourd’hui.
Aujourd’hui deux « minis paraboles », selon l’expression de F. Guerric, lors de son homélie de dimanche dernier. Ces 2 minis paraboles nous invitent à « vendre tout ce que nous possédons pour acquérir le Royaume des Cieux » « comparable à un trésor caché dans un champ » et également « comparable à un négociant qui recherche des perles fines ».
Le Royaume des Cieux est donc comparable tout à la fois au trésor recherché comme à celui qui cherche ce trésor. Sans doute la nature même du trésor inestimable transforme-t-il à sa ressemblance celui qui le recherche.
Mais une autre parabole encore compare le Royaume des Cieux « à un filet que l’on jette dans la mer et qui ramène toutes sortes de poissons. » Le Royaume est donc également action et mouvement.
Tant de définitions, tant d’images, tant de paraboles, conduisent à penser que le Royaume des Cieux est tout cela à la fois.
Et le Royaume est aussi, à la fin des temps, ce lieu indéfinissable qui verra « séparer les méchants du milieu des justes ».
Oui le Royaume des Cieux, c’est tout cela, et nous pourrions rester bien perplexes si, pour unifier tout cela, Matthieu ne nous donnait une clef avec la première ‘Béatitude’: « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux. »
Oui, heureux sommes-nous, si nous sommes suffisamment dépouillés de nous-mêmes pour laisser grandir en nous la Parole, pour grandir malgré l’ivraie, malgré le diable qui refuse Dieu. Heureux sommes-nous en devenant aussi petits qu’un grain de sénevé ou un peu de levain dans la pâte. Pour tout perdre aussi, afin de gagner ce lieu qui nous donnera le bonheur !
Saint Paul rappelle aussi la condition unique qui nous ouvre le bon chemin : « quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son Amour.» Aimer Jésus, aimer Dieu, se faire pauvre de cœur, c’est posséder le Royaume. Et le possédant, le devenir.
Un seul guide, donc, pour ce bonheur-là : l’Amour de Jésus
! Jésus le dit d’ailleurs, parlant de Lui-même: « le Royaume des Cieux est parmi vous. » Ainsi, la phrase un peu mystérieuse de Jésus, clôturant la page d’Evangile de ce jour, devient intelligible : pour pénétrer toute la Sagesse de l’Ecriture, il faut devenir disciples du Royaume, c’est-à-dire la lire dans l’Amour de Dieu à la manière de Salomon.
Aimer Dieu d’un Amour infini, d‘un Amour premier, d’un Amour exclusif, nous fait entrevoir, nous fait pénétrer, nous fait goûter, ce lieu étrange, cet horizon inhabituel où le mal n’existe pas et où nous devenons semblables à Dieu.

F. J-M