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Non, la Création n’est pas achevée.
Oui, la Création se prolonge ; et elle se prolonge, ainsi que nous le dit St Paul, en gémissant dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Pourtant, quand on lit le Livre de la Genèse tout parait si simple : « Dieu dit » et tout vient au jour ! Tout est créé, par l’action de la Parole de Dieu, créatrice par nature.
Mais, plus surprenant encore, St Paul nous associe aux gémissements douloureux de l’enfantement : « nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ». Et il précise : « nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint ». Dans ce que produit l’Esprit : paix, amour, justice, longanimité, nous devrions donc être exempts de toute souffrance. Mais, Saint Paul poursuit en nous prévenant : « nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps ».
Nous ne sommes donc pas achevés. Pas achevés dans le dessein créateur de Dieu, c’est-à-dire tels qu’Il nous a voulus, « à Son Image et Ressemblance ».
La page d’Evangile entendue aujourd’hui vient nourrir notre réflexion sur la Lettre de St Paul. Ou plutôt, c’est parce que Paul a vraiment compris la parabole du semeur qu’il élargit sa pleine signification à la dimension créatrice de la Parole.
Comme lui, nous savons que le Semeur, c’est Dieu Lui-même qui, en abondance, arrose la terre de Sa Miséricorde ; nous savons que la semence qu’Il répand, c’est la Parole.
Mais ce que nous savons surtout, c’est que nous sommes le sol, tantôt pierreux, tantôt envahi par les ronces, ou grappillé par les oiseaux qui viennent tout picorer, mais tantôt aussi, réceptif et portant du fruit, en abondance. Oui, nous sommes tout cela à la fois : il n’y a pas d’un côté ceux qui sont toujours sourds à la Parole ou ceux qui donnent du fruit « à raison de cent pour un ».
Oui, nous tous, ici présents, nous sommes bien cette Terre ensemencée par la Parole, cette Création qui gémit encore, douloureuse de ne pas s’enfanter facilement, mais en butte à toute sorte d’obstacles. Mais ces obstacles, ne croyons surtout pas qu’ils viennent de Dieu ! Car pour ce qui est de Lui, Il n’a de cesse que de les lever devant nous, « pour que nos pieds ne heurtent pas les pierres ».
De fait, aussitôt que nous comprenons, ou du moins que nous entrevoyons, l’abondance des dons du Seigneur, nous sommes en mouvement. Plus nous entrons dans ce mouvement, plus notre cœur se dilate et, « à celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. » Jésus est venu annoncer cette ouverture du cœur, pour que nous soyons de ceux à qui « il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux».
Pourquoi alors avoir peur ? Pourquoi alors choisir d’être de ceux à qui on enlève le peu qu’ils ont car sans l’ouverture de leur cœur, ils ne sont plus que de l’herbe sèche ? Mystère ! Mystère du Mal, mystère du Mauvais qui s’oppose à la Création toute entière, par orgueil, par autosuffisance. Refusant de se vivre comme une « terre altérée, sans eau », tant qu’ils n’ont pas « soif du Dieu Vivant »!
Non, n’ayons pas peur ! Peu importe la sécheresse de notre cœur. Dieu est plus grand que notre cœur ! Sa Parole l’emporte toujours si nous La laissons vivre là, au plus profond de nous mêmes ! Elle renverse tous les obstacles ! Souvenons-nous des promesses du Seigneur : «ainsi parle le Seigneur : ma Parole ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plait, sans avoir accompli sa mission. » « La joie de Dieu, c’est l’homme vivant !! » disait St Irénée de Lyon que nous avons fêté, à la fin du mois de juin ! Oui, que la Joie de Dieu devienne la nôtre !

F. J-M