Homélie pour la messe

de Sainte Marie, Mère de Dieu

1er janvier 2010 (C)

 

 

Dans le prologue de son Évangile, saint Luc nous a prévenus qu’il s’est informé avec grand soin - - sur les évènements qu’il nous rapporte. Une de ses sources de renseignement n’est-elle pas la Vierge Marie elle-même, comme le veut la Tradition ? « Marie, nous dit-il, retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ». L’histoire qu’il nous raconte, à la lumière des évènements de la Passion et de la Résurrection de Jésus, éclairé par l’Esprit de Pentecôte, est avant tout une histoire du Salut. Cet enfant, que les bergers découvrent dans la mangeoire, près de Marie et de Joseph, vient de leur être annoncé par l’ange comme le Sauveur. C’est lui qui est le centre de la Bonne Nouvelle. Mais l’humble femme de Palestine, qui se tient silencieuse près de lui, si discrète qu’elle soit, n’est pas une pièce accessoire de cette histoire du salut. Luc nous a déjà dit comment, par sa foi et son consentement à la proposition divine, elle a permis que tout puisse s’accomplir : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Dans les Actes des Apôtres, Luc nous parlera des faits et gestes de ces “colonnes de la foi” que furent Pierre et Jean, Jacques, et surtout Paul. Leur ministère fut capital pour que la Parole de Dieu croisse et se multiplie chez les juifs, puis chez les païens. Pourtant il prend soin de noter qu’au cénacle, au milieu des disciples en prière dans l’attente de l’Esprit promis par Jésus, Marie était là, toujours aussi discrète, mais aussi indispensable dans la naissance et la croissance de l’Église qu’elle le fut pour la naissance et la croissance de son Fils. Le rôle de Marie est même plus important que celui des Apôtres, comme l’a si bien exprimé un de nos Pères de Cîteaux ; il déclare : « Je loue certes en Paul le ministère de la prédication, mais j’admire et vénère plus encore en Marie le mystère de la génération. » Et il s’explique : « Si le serviteur du Christ engendre toujours de nouveau ses petits enfants par sa sollicitude et son tendre amour jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux (Galates 4,19), combien plus le fera la Mère du Christ elle-même ! Paul, il est vrai, les a engendrés en leur prêchant la parole de vérité grâce à laquelle ils ont été régénérés ; mais Marie l’a fait plus divinement et saintement en engendrant la Parole elle-même » (Guerric d’Igny, 1er sermon pour l’Assomption, 4 – SC 202, p.421).

C’est dans ce sens que Jean-Paul II, offrant ses vœux aux cardinaux et prélats de la curie romaine en 1987, et reprenant à son compte l’enseignement de son ami Hans Urs Von Balthasar, déclarait : « Marie, l’immaculée, précède toute autre personne et, bien sûr, Pierre lui-même et les apôtres… Comme l’a si bien dit un théologien contemporain, “Marie est la Reine des apôtres, sans revendiquer pour elle les pouvoirs apostoliques. Elle a autre chose et beaucoup plus” ». Le pape poursuit : « La Vierge Marie est l’archétype de l’Église à cause de sa maternité divine et, comme Marie, l’Église doit et veut être mère et vierge. L’Église vit de cet authentique “profil marial”, de cette “dimension mariale”. » Cela ne signifie pas que l’on doive opposer la dimension mariale de l’Église à sa dimension ministérielle, apostolique ; entre ces deux profils, le profil marial et le profil ministériel, « le lien est étroit, profond et complémentaire, même si le premier est antérieur, tant dans le dessein de Dieu que dans le temps, plus élevé et prééminent, plus riche d’implications personnelles et communautaires », insiste Jean-Paul II.

Nous pouvons reprendre à notre compte les vœux qu’il formulait alors à l’adresse de ses plus proches collaborateurs : « Marie nous précède comme elle précède toute l’Église pour laquelle nous vivons. Qu’elle nous aide à découvrir toujours mieux, et à vivre toujours plus authentiquement, cette richesse qui, pour nous, est vitale, décisive… Que l’attention à Marie et à ses exemples apporte un peu plus d’amour, de tendresse, de docilité à la voix de l’Esprit ». Ce profil marial n’est-il pas en définitive celui du Fils envoyé par Dieu, “né d’une femme… pour faire de nous des fils », dont nous parlait saint Paul dans la 2ème lecture ? Oui, plus nous nous laisserons former par l’Esprit que Dieu envoie en nos cœurs, et par Marie, sa très proche collaboratrice dans cette œuvre de formation, plus pourra resplendir en nous l’image et la ressemblance du Fils bien-aimé, le profil des fils de Dieu.

 

Fr. G.

 

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