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Homélie pour la messe de la Sainte Famille 27 décembre 2009 (C) |
Puisque cette année nous avons fêté Noël un vendredi, nous passons directement en ce dimanche de la fête de la Sainte Famille du nouveau-né de la crèche au jeune enfant de douze ans de cet évangile.
Dans le crédo, nous affirmons avec foi : « Il est Dieu, né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu. Il s’est fait Homme. »Vrai Dieu, vrai homme ! Laissons les théologiens d’exprimer sur ce mystère de l’Incarnation – cela s’appelle la Christologie-- pour savourer l’insistance avec laquelle il est dit dans presque tous les textes de ces temps d’Avent, de Noël, d’Épiphanie, combien l’Emmanuel, Dieu avec nous, est véritablement homme. Et d’abord, dans la crèche, un vrai bébé. Ainsi les peintres d’icônes, d’enluminures de manuscrits ou de Nativités au Moyen-âge ont le souci de placer dans un coin St Joseph en train de laver les langes du nouveau-né. Sain réalisme ! Ce n’est qu’au pied de la croix qu’on entendra le centurion murmurer : « Cet Homme… était vraiment le Fils de Dieu. »
Dans le récit d’aujourd’hui, nous notons l’étonnement des gens de la foule devant ce petit garçon de douze ans. Comme autour du bébé Jean-Baptiste, les témoins s’interrogeaient : « Quel sera cet enfant ? » Les savants docteurs s’extasiaient. Ses parents étaient stupéfaits. Relisons donc ce récit d’un épisode de vie familiale. C’est bien de la famille qu’il s’agit, de nos familles, et les parents comme les jeunes s’y reconnaissent bien.
Une caravane : des pèlerins de retour du pèlerinage de Pâques à Jérusalem. Parmi eux, le charpentier de Nazareth et son épouse. On devise en marchant : « Oui, c’est la première fois que leur Jésus les accompagnait. Merci, tout s’est bien passé. » A vrai dire, ils ne l’ont pas vu depuis le matin, il doit gambader plus haut dans la caravane. S’ils ont confiance ? Bien sûr. Jésus est un enfant raisonnable, il ne tient pas en place, il n’a que douze ans. Il fallait le voir à Jérusalem : la Ville Sainte, le temple ; la Gloire de Dieu ! Quel bonheur pour lui ! »
Mais à l’étape, Jésus n’a pas reparu. Le soir venu, toujours aucune nouvelle. Saisis d’angoisse, Joseph et Marie rebroussent chemin, se hâtant dans la nuit, d’une course folle. Perdre Jésus, c’est perdre tout. Arrivés en ville au lever du jour, ils s’engagent dans les ruelles, craignant le pire ; « Vous n’avez pas vu notre enfant ? » Les passants hochent la tête, navrés. Dans la cohue, le cauchemar dure trois jours. Calvaire interminable. Le troisième jour, ils se rendent au Temple au milieu de milliers de pèlerins. Sous un portique, un attroupement. Marie et Joseph se faufilent. Qu’est-ce qui se passe ? « Chut ! Un enfant, un petit surdoué. » Ahuris, ils découvrent leur enfant, leur trésor, assis, comme dans un écrin, au milieu de docteurs debout en couronne autour de lui. Tout concentré, l’enfant écoute, dialogue, pose des questions. Subjugués, les vieux professeurs s’y prêtent volontiers ? Avec respect. Il promet cet enfant !
Marie s’avance, Joseph à ses côtés. Silence. Tout le monde voit bien que ce sont les parents. « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fais çà ? Ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés. » Tendrement, longuement, il les regarde. Comment leur expliquer ? Ce sont bien eux, ses parents qui lui ont fait connaître Dieu. C’est sur le cœur de Marie qu’il a entendu battre le coeur de Dieu. C’est dans les bras de Joseph qu’il a appris le nom du Père. S’il est ici ; c’est grâce à eux. Il leur doit tant. Mais il n’est plus leur petit. Il a grandi. Le Père est tellement tout pour lui, qu’il faudra bien un jour qu’il les quitte. Puis l’enfant se glisse simplement entre sa mère et Joseph qui ne comprenaient pas. « On y va ? On rentre à la maison ? » Pas plus qu’il n’est resté à Jérusalem pour leur faire de la peine, il ne retourne au village pour leur faire plaisir. Autre chose le pousse. Quelqu’un d’autre. Et ils s’en vont, tous les trois. Jésus entre Marie et Joseph, et il leur fut soumis, pour grandir encore.
St Luc conclut alors son récit par cette simple phrase : « Quant à Jésus, il grandissait, en sagesse, en taille et grâce, aux yeux de Dieu et des hommes. » L’attention avait été, en effet, attirée par quelques expressions comme « Il écoutait, il apprenait, il posait des questions. »Il ne savait donc pas tout d’avance. Son « humanité », diront les théologiens n’est pas une humanité d’emprunt : c’est un enfant, un vrai. Et là, curieusement, à deux mille ans de distance, le pédagogue d’autrefois, Luc –grec et médecin- et le psychologue d’aujourd’hui se rejoignent, chacun avec le langage de leur culture, pour nous dire combien l’enfant de toujours a besoin pour grandir d’un espace familial où il puisse être à la fois materné et paterné. Materner, c’est donné du soin, de la tendresse, c’est nourrir le corps, le cœur, l’esprit, l’âme, c’est donner tout ce qui est nécessaire pour vivre. Paterner, c’est cadrer, indiquer les repères, les limites. Et aucun de ces rôles n’est davantage celui de la femme ou de l’homme. Les deux doivent à la fois paterner et materner. Nous avons tous eu besoin de l’un et de l’autre, et ce ne sont passe nécessairement nos parents qui nous les ont donné. Regardez Marie comme elle s’y prend tout naturellement. « Mon enfant… »Elle materne. Toujours commencer par la tendresse, surtout si on a un reproche à faire. Puis aussitôt elle paterne : « Pourquoi nous as-tu fait cela ? » Mais Lui, il a déjà assez de présence à soi pour être fidèle à la lumière qui l’habite, fidèle à sa source profonde, à son Père. Il le sera jusqu’au bout, jusqu’au Calvaire, quand après l’épreuve de la peur, et de l’angoisse, il s’abandonnera au Père. Et ce sera Résurrection.
On dit que sa mère n’a jamais oublié, qu’elle conserve tout en son cœur.
Fr. A-M.
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