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Homélie pour la messe du Baptême de Jésus 10 janvier 2010 (C) |
St Luc nous parle à peine du Baptême de Jésus.
Que nous dit-il ?
« Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. »
Rien ne distingue le baptême reçu par Jésus de celui reçu par les fidèles de Jean. L’image qui nous en est donnée est d’une profonde humanité, d’une totale humilité.
Tout comme ces femmes et ces hommes qui attendaient le Messie, Jésus a voulu venir à Jean, suivre le peuple, se mêler à eux, observer leurs rites. Voilà ce que Jésus est venu faire au bord du Jourdain. En faisant cela, Il vient chercher, Lui, le Verbe incarné, l’écho de ce qui L’habite et qui L’a conduit ici.
Et les paroles de Jean produisent cet écho; l’attente du peuple produit cet écho; l’immersion dans les eaux du Jourdain produit cet écho. Si Jésus veut vivre cela, c’est qu’Il recherche Son Père. Et tel que St Luc nous montre Jésus, nous pouvons Le voir priant longuement, silencieusement, peut-être un peu à l’écart, dans le désir qui L’a conduit vers le Baptiste, à la rencontre de Celui qu’Il nomme Son Père.
Rencontre de Lui-même aussi, vers une vie publique qui n’a pas encore commencé et que Jean proclame : « il vient, celui qui est plus puissant que moi…Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. » Jésus entend les paroles de Jean et la communion qui unit les deux hommes est telle que l’Esprit Saint Lui-même se manifeste sous l’apparence corporelle d’une colombe. Oui, l’Esprit est manifesté par la prière de Jésus qui trouve en Jean l’écho qu’Il était venu rechercher, là, au bord du Jourdain.
Jésus entend alors la réponse à Sa quête auprès du Baptiste: «c’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Ce qui peut s’entendre aussi : « c’est toi mon Fils bien aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. » Peu importe la formulation : c’est dans l’Amour et par l’Amour, que Jésus est engendré, qu’Il existe, qu’Il est un homme parmi les hommes, totalement empli de l’Amour par lequel Il est engendré.
Est-ce dès cet instant que Jésus se vit comme le Messie ? Impossible de le savoir. Est-ce important d’ailleurs ? L’essentiel n’est-il pas qu’Il entende la réponse de Son Père, la confirmation qu’Il cherche, le lien qui ajoute la Vieà sa vie ? Il rejoint l’humanité une seconde fois : quel est l’homme, en effet, qui peut vivre sans amour ? Aucun. Pour vivre il faut ajouter de l’amour à la vie. Nous savons bien d’ailleurs qu’il n’est pas de plus sûr moyen pour tuer quelqu’un que de l’envelopper de haine. En cet instant où le Père, le Fils, et l’Esprit Saint se manifestent, chacun et ensemble, de manière sensible, la vie connaît un sommet d’existence, la création une perfection vers son achèvement. Jésus, en communion d’Amour avec le Père est envoyé par l’Esprit-Saint. Désormais, Sa vocation humaine va pouvoir se déployer.
Jésus n’a pas décidé seul que le temps de Sa mission était advenu : Il est venu la recevoir auprès d’un autre homme, Lui qui était Dieu. Il eut pu vivre Son engendrement loin de tout regard mais Son Incarnation n’eut alors eu aucun sens. C’est en homme, parmi les hommes, en communion avec eux, en lien plus particulier avec l’un d’eux, qu’Il vient recevoir de Son Père l’Onction qui Le renvoie vers l’humanité qu’Il a revêtue dans le sein de Marie. Son baptême est bien cette seconde naissance par laquelle Il vient sauver l’humanité captive. Nul besoin pour Lui d’être lavé du péché d’Adam ; mais, pour nous, besoin de savoir que Dieu Lui-même a voulu que Son Fils fût confirmé dans l’Amour. Nous comprenons ainsi que Jésus revêt la vraie Vie pour nous la donner en partage. Son baptême est notre entrée vers le mystère de l’Amour qui est la Vie de notre vie.
Mais ce don ne nous est pas fait seulement pour nous-mêmes. Tout comme Jésus commence Sa vie publique auprès du Baptiste, sur les bords du Jourdain, après avoir quitté Nazareth, le baptême nous demande, à nous aussi, de nous quitter pour aller vers nos frères. C’est dans nos frères, par eux, et avec eux, que nous irons à la rencontre du Christ ; sinon, nous sommes des menteurs. St Luc nous le dit ici tout aussi clairement que St Jean. Aucune vocation ne peut se dévoiler sans ce renvoi, par Dieu, de l’homme vers ses frères. Redécouvrir la grâce du Baptême c’est toujours approfondir une relation d’Amour avec le frère qui me conduit très sûrement à Dieu si je m’oublie pour lui… !
Fr. J-M.
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