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Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire 14 février 2010 (C) |
Jésus a une façon bien curieuse de s’adresser à la foule nombreuse qui le suit. « Heureux, vous les pauvres, vous qui avez faim, vous qui pleurez, vous qui êtes haïs et rejetés ».
Comment sait-Il cela ? Comment peut-Il penser que parmi ces gens ne se trouvent pas de personnes riches, rassasiées, respectées, gaies? Sans aucun doute, il y en avait !
Mais Jésus les regarde différemment. La pauvreté dont Il parle n’est pas d’abord un manque d’argent ; ni la faim, d’abord un manque de nourriture alimentaire, ni les pleurs, d’abord une peine passagère ; et le rejet et l’insulte ne sont pas seulement le fait de difficultés relationnelles. Non, il s’agit de tout autre chose, me semble-t-il.
En apparence, il s’agit d’une population bien ordinaire: « il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule nombreuse venue de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon ». Toute cette foule bigarrée entend les paroles qui s’adressent aux disciples. Ces derniers, qui, pour l’instant, ont décidé de Le suivre, ne sont pas coupés du reste des hommes, de tous ces gens qui sont peut être seulement intéressés, ou intrigués, curieux tout au plus. Mais Jésus connaît bien ce qui pousse ses disciples à Le suivre. C’est le désir qui les habite. Un désir très fort. Un désir qui s’appelle pauvreté, faim, pleurs, diffamation et rejet par ceux qui ne veulent pas regarder ce désir au fond de leur cœur.
Jésus partage ce désir.
Jésus connaît la même pauvreté, celle qui ne peut s’apaiser autrement qu’en possédant « le Royaume des cieux », c’est à dire l’Amour.
Jésus connaît la même faim. La faim qui n’est pas seulement de pain. La faim de l’Amour reçu et donné, du partage en vérité.
Jésus connaît les mêmes pleurs. Les pleurs qui jaillissent pour se désoler devant les malheurs qui surgissent de tous les manques d’Amour.
Jésus connaît la haine et le rejet. La haine surgissant du cœur qui refuse l’Amour offert et qui veut l’éloigner, le salir, le détruire. Car rien n’effraie plus que l’Amour qui vient en contradiction des séductions et des faux semblants dont il est si facile de se satisfaire.
Mais Jésus sait aussi que dans cette pauvreté, dans cette faim, dans ces pleurs, dans ce rejet et cette haine, se trouve le vrai bonheur.
Tout l’enseignement de Jésus est là. Lui, connaît l’intimité de Dieu. Il trouve dans la relation parfaite, qui L’unit à son Père, la source de Sa richesse, la source de Sa satiété, la source de Sa joie et de Sa récompense. Il sait aussi que dans le cœur des femmes et des hommes, qui l’entourent, habite ce même désir, mais en creux. Jésus ne veut que leur partager le vrai désir. C’est là Son seul but.
Tout était dit, déjà, dans le Livre de Jérémie : « béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espoir. » Oui, tout est dit dans ce regard tourné d’abord vers le Seigneur.
Se tourner vers le Seigneur en toutes circonstances. Croire, dans l’échec et dans le malheur, que Dieu Seul peut nous sauver. L’appeler et Le suivre. Quelle conversion ! Quelle grâce pour qui ordonne sa volonté, sa mémoire, son cœur, pour ne plus rien attendre que l’Amour éternel de Dieu !
Pour devenir crédible, pour que les femmes et les hommes osent croire qu’ils trouveraient le bonheur parfait dans cette seule quête d’une intimité totale avec Dieu, il fallait que cette Parole s’incarnât. Il fallait Jésus pour nous apprendre à dépasser les réalités visibles dont nos pauvres limites cherchent toujours à se contenter.
Surtout, il fallait que Jésus Ressuscite. Victoire totale de l’Amour sur toutes les forces de la mort, sur toutes les morts que sont la richesse, la satiété, les rires, la recherche des honneurs ou encore le bien que l’on dit de nous. Maudites sont les relations vécues « tandis que le cœur se détourne du Seigneur ». C’est une mort que de « mettre notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement ».
Le bonheur… véritable, la béatitude… parfaite, c’est le Christ Ressuscité, car en Lui, nous qui sommes morts, au cœur de notre péché, nous sommes déjà ressuscités, nous aussi, avec Lui et en Lui. Résurrection… car Foi en l’Amour plus fort que tout, Espérance de l’Amour vivant au-delà de la mort, Charité de l’Amour qui transfigure tout.
F. J-M
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