Homélie du 5ème dimanche

du temps ordinaire

7 février 2010 (C)

                                         

« Faut-il vraiment tout laisser »  pour suivre Jésus ? Ne faut-il pas plutôt apprendre à Le chercher, à Le reconnaître, à Le suivre, au cœur  même de nos lieux de vie, dans la banalité de notre quotidien, dans ceux  que nous n’avons pas choisis et avec lesquels nous vivons, membres de notre famille ou membres de notre communauté ?

Il semble bien que la réponse soit « oui », car Jésus n’est jamais ailleurs que là où nous sommes. Inutile donc de tout abandonner pour répondre à son appel, au contraire.

Si la tradition, l’évangile, l’ancien testament , foisonnent d’exemples de femmes et d’hommes qui ont répondu à Son Appel, c’est bien pour nous aider à nous interroger sur notre propre vocation.

Les trois textes de ce jour nous présentent trois appels bien différents.

Isaïe, dans une vision toute apocalyptique, entre en relation avec la Toute Puissance du Seigneur de l’univers. Son appel prend une forme particulièrement  surnaturelle, faisant intervenir les Séraphins.

Paul, aussi, est appelé, dans une vision, par le  Christ Ressuscité. Il sait reconnaître la force agissante de la grâce en lui et ne retient rien pour lui-même.

Simon Pierre est appelé de façon beaucoup plus simple, beaucoup plus humaine, a-t-on envie de dire, même si le surnaturel ne manque pas dans ‘la pêche miraculeuse’.

Mais, en écoutant répondre ceux qui sont appelés, il est un point fondamental sur lequel ils se rejoignent. Isaïe s’exclame: « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ». Paul reconnaît de son côté: « je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. » Et Simon Pierre tombe aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, éloigne-toi  de moi, car je suis un homme pécheur. »

Tous font la découverte du Seigneur au cœur même de leurs péchés, de leur indignité, de leur échec. Il me semble même que nous pouvons voir là, un signe très fort d’une rencontre authentique avec Celui qui est le Tout Autre, Celui dont la différence même est appelante. Se risquer alors à une telle relation implique immanquablement de mesurer sa propre petitesse. Bien plus, c’est au cœur même de l’échec, de l’impureté, de la désespérance, que se déploie, le plus et le mieux, la Toute Puissance de la Présence du Seigneur. Car Dieu n’aime rien tant que le pauvre, rien tant qu’un cœur « brisé et broyé ».

Il nous faut donc alors nous risquer à la réponse la plus radicale qui soit, la seule réponse qui soit la vraie conversion : tout laisser pour Le suivre. Nous tourner vers Lui plutôt que vers nous-mêmes. Cela n’est pas naturel. Cela va même contre notre nature humaine. Oui, Il faut  l’intervention surnaturelle de la grâce pour nous aider à mourir à nous-mêmes, à tout abandonner, pour ne plus vouloir que suivre Jésus, Lui ressembler, Le contempler. Nous laisser travailler par la grâce et ne plus compter sur nos propres forces. Voilà bien la réponse de la vocation chrétienne. Apprendre, jour après jour, ce mouvement de décentrement  de nous-mêmes pour nous tourner toujours vers Celui qui est la source de tout amour, pour apprendre de Lui, dès aujourd’hui, à aimer comme Il nous aime.

Voilà bien, me semble-t-il, en quoi consiste tout appel de Jésus : faire naître en nous l’Amour, nous laisser guider tout doucement pour que cet amour grandisse, devienne vivant, prenne toute la place dans nos vies et qu’ainsi  nos vies Lui appartiennent. Rien d’autre désormais n’a la force de cet attrait.

 

Fr J-M

 

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