Homélie pour le

4ème dimanche

du temps ordinaire

31 janvier 2010 (C)

 

« Tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville… jusqu’à un escarpement… pour le précipiter en bas ! »

Pourquoi cette violence des gens de Nazareth, à la fin de l’épisode que nous rapporte l’évangile d’aujourd’hui ?

Au début de notre texte, ces mêmes personnes semblaient favorablement disposées à l’égard de Jésus qui leur avait présenté sa venue comme le début de la réalisation des promesses concernant le Messie. « Tous lui rendaient témoignage et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. »

Mais voilà que Jésus qui lit dans les cœurs sait bien que ses compatriotes pensent avoir plus que d’autres un droit aux miracles déjà accomplis ailleurs.

Ils pensent aussi connaître Jésus parce qu’Il a vécu au milieu d’eux pendant près de 30 ans déjà. Ils pensent surtout qu’Il leur appartient, qu’ils ont en quelque sorte des droits sur Lui et qu’ils devraient au moins être prioritaires et bénéficiaires privilégiés, sinon exclusifs, des miracles accomplis par Jésus.

Et c’est ici que l’atmosphère va changer radicalement. Jésus ne veut pas entrer dans leur jeu. C’est alors de la part de ses concitoyens le passage brutal d’une attitude d’accueil parce que intéressés aux faveurs possibles, à une réaction de rejet de celui qui ne répond pas aux attentes bassement matérielles.

En fait, ils croyaient connaître Jésus mais leur connaissance était toute superficielle. Ils connaissaient Jésus de leurs yeux de chair et non des yeux du cœur. L’évangéliste Mathieu explique qu’ils « ne croyaient pas » et que donc l’essentiel de ce qu’est Jésus leur échappait complètement. L’essentiel est invisible aux yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur.

Dans notre 2ème lecture Saint Paul est catégorique : « J’aurais beau avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, s’il me manque l’Amour, je ne suis rien », je ne sais rien, je ne connais rien ni personne, ni encore moins le Christ.

C’est cette vérité essentielle que Jésus souhaite pouvoir révéler à ses concitoyens, et à nous aussi bien sûr.

L’Amour de Dieu, le seul authentique Amour, le seul Amour Parfait, ne souffre pas d’être traité en termes de propriété sur laquelle certains pourraient s’estimer avoir des droits. L’Amour vrai est totale liberté, entière gratuité. C’est un don à recevoir et à partager pour qu’il reste don.

Dieu et Ses dons ne sont la propriété de personne. Tout est don gratuit, fruit des largesses que Dieu concède librement, à qui IL veut et comme Il le veut. La parabole des ouvriers de la dernière heure nous fait bien comprendre cela. Le fait que nous soyons tous différents et recevions chacune et chacun des talents bien personnalisés, vient nous dire que Dieu ne fonctionne pas en logique de répartition identique pour tous, mais qu’Il donne à chacun sa part de cadeaux bien particuliers, en signe précisément de cet Amour unique et spécial pour chacun de Ses enfants.

Notre bonheur à tous, notre salut à tous n’est pas de concevoir les moyens d’y accéder, Dieu s’en occupe bien mieux que nous. Il ne s’agit pas pour nous de concevoir notre bonheur mais simplement de le recevoir. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis, mais moi qui vous ai choisis ! » Et Il ne nous choisit pas parce que nous y avons quelque droit, Il ne nous comble pas de Son Amour en réponse au nôtre ; comme si nous pouvions être aimables en dehors de Lui.

A chacune et à chacun  Il déclare Son Amour et Le donne de toute éternité. « Avant même de te former dans le sein de ta mère », déclarait-Il à Jérémie dans la 1ère lecture, « je te connaissais ».

Oui, je te connais vraiment, dit Dieu aujourd’hui à chacune et chacun d’entre nous, je te connais parce que je t’aime de toute éternité. Apprends à aimer comme moi je t’aime, et alors, tu découvriras peu à peu qui je suis, car je suis l’Amour ! Redeviens enfant et accueille-moi, accueille mon Amour tel que je te l’offre, laisse-toi être aimé à ma façon et alors tu découvriras le bonheur authentique pour l’éternité, car « l’Amour ne passe pas » !

Et cet Amour que tu reçois, partage-le autour de toi généreusement, c’est la seule façon de demeurer dans mon bonheur. Tu es comme un miroir amené à réfléchir la lumière qu’il reçoit. Empêcher ce don à l’extérieur, c’est te couper toi-même de la source de la lumière et retourner dans les ténèbres.

Garde les mains ouvertes devant moi, pour recevoir toutes ces graines de bonheur que je te destine, pour m’offrir la louange d’action de grâces et permettre à tes frères et sœurs humains de cueillir, dans tes mains, la part des dons que je te confie pour eux. Amen !

 

Paul Couvreur, M.E.P

 

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