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Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire: 22 janvier 2006(B) |
« Les temps sont accomplis… »
Les trois lectures que nous venons d’entendre, en ce dimanche, nous laissent une forte impression par rapport au temps : le temps n’a plus de durée, il est comme contracté.
Jésus se manifeste, Il appelle, et « aussitôt » les disciples appelés laissent tout, et le suivent.
De même, dès qu’il aperçoit Jacques et Jean, Marc précise que Jésus les appelle « aussitôt ».
Du côté de Jésus comme du côté des disciples, nous sommes dans l’instantané, ou plutôt dans la radicalité. Oui, avec la présence de Jésus parmi nous, « les temps sont accomplis ». Désormais, avec Lui, le temps n’a plus la même signification car, vraiment, Dieu est là au milieu des hommes. Il s’est manifesté, il n’est plus temps pour nous que de Le trouver, et de Le suivre.
Le livre de Jonas, déjà, nous introduit dans cette attitude. Le Seigneur demande à Jonas de proclamer un message à la grande ville païenne de Ninive. Il a d’abord essayé de s’esquiver, et de refuser d’obéir, mais aujourd’hui, il se lève et s’en remet à son Seigneur. On pourrait d’ailleurs se demander si c’est le Seigneur qui lui a ordonné d’aller aussi vite ou si c’est Jonas qui veut en finir le plus rapidement possible avec cette mission délicate. De fait, est-il pensable humainement de parcourir en une journée une course qui ne peut se faire qu’en trois jours ? Bien sûr que non ! Mais, en quelques phrases, l’auteur veut nous dire : « Allons ! Il n’est plus temps ! Il n’est plus temps pour les discussions, ni pour les marchandages, pas plus que pour les tergiversations ou les refus ! »
C’est maintenant que Dieu veut entrer en relation avec Ninive !
Par conséquent, son serviteur doit se plonger dans l’immédiateté de sa mission. De fait, « aussitôt les habitants de Ninive crurent en Dieu » et changent leurs habitudes de vie. Et Dieu lui-même, aussitôt qu’Il voit le changement de leur cœur, n’a nul besoin d’explications, ni de démonstrations ou de supplications. Aussitôt, Dieu renonce au châtiment.
Il en va de même dans la page d’évangile de Marc. Du reste, cette page pourrait être mal interprétée, si nous oubliions que l’amour de Jésus nous renvoie toujours à l’amour de nos frères et nous pousse à devenir, d’une manière ou d’une autre, des « pêcheurs d’hommes ». On pourrait croire en effet, à la lecture de l’évangile de ce jour, qu’André et Pierre semblent se détourner de ce qui est leur travail. Quant au père de Jacques et Jean, il a sûrement dû apprécier très modérément de se retrouver seul avec ses seuls ouvriers, sans ses fils. Marc ne nous le dit pas car ce n’est pas là la pointe de son récit.
Il nous invite plutôt à comprendre comment la présence de Jésus transforme nos vies et leur donne une nouvelle orientation. Quand Jésus nous déclare que « les temps sont accomplis », il nous signifie clairement que plus rien n’est à vivre de la même façon. L’incarnation de Dieu en Jésus, encore si proche dans nos mémoires, son Epiphanie parmi les hommes, nous introduisent très vite dans le ministère de Jésus. La semaine dernière, Jean nous montrait Jésus choisissant en Simon la pierre sur laquelle il voulait bâtir son Eglise. Aujourd’hui, la liturgie nous aide à nous immerger nous-mêmes dans ces temps nouveaux que Jésus inaugure. Oui, « les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche ». Mais, au-delà de toutes les manifestations divines qui viennent de nous être données, il importe que nous fassions advenir ce Règne de Dieu ! Jésus nous dit comment cela peut se faire: « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».
Cette transformation, immédiate, totale, radicale, de part et d’autre, entre les disciples et Jésus, est pour nous aujourd’hui !
Saint Paul aussi, dans la seconde lecture, nous traduit, avec d’autres mots, le comment. Il ne s’agit pas de quitter sa femme, de ne plus pleurer, de ne plus être heureux, de ne plus consommer, de ne plus tirer profit du monde présent. Non, il ne s’agit pas de cela, mais, désormais, il n’est plus possible de vivre tout cela « comme si », comme si la Bonne Nouvelle n’était pas advenue avec Jésus, présent dans nos vies, au commencement et à la fin de tout : de tout amour conjugal, de toute joie, de toute peine à supporter, de toute entreprise humaine à mener à bien !
Faire advenir le Règne de Dieu dans nos vies, c’est donner sens à l’incarnation de Jésus, en vivant de sa présence. C’est vivre du Christ, comme l’exprime si heureusement St Paul quand il dit : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. »
Alors, effectivement, le temps n’a plus la même signification, car, d’une certaine manière, Jésus nous donne, dès ce monde, de participer au monde de Dieu, à son infini !
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